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Cécile Ballot-Beaupré- Souvestre 1808-1831

Cécile Ballot-Beaupré est une lointaine cousine d’Emile Souvestre. Elle le retrouve à Nantes où il s’est installé en 1828. 

Ils se marient en 1830 et Souvestre dans un article qu’il rédige fait une description de la jeune femme dont nous ne connaissons pas de portrait.

C’est une belle déclaration d’amour. « Son œil noir, son pâle visage, ses boucles d’oreille de perles blanches, son chapeau violet suspendu au-dessus de mon piano ouvert, ses gants jetés sur mes livres et ses ouvrages de femme dans la corbeille que je lui ai donnée. Elle partout, partout, Et maintenant je comprends pourquoi je suis né, j’aime à vivre ! ……Elle à moi, elle à moi, elle à moi… c’est ma pensée, elle à moi ».

Marie-Françoise Bastit-Lesourd, octobre 2014-mars 2016

 

Cécile Marie Victoire naît à Morlaix le 28 mai 1808. Son père Yves Etienne Ballot-Beaupré est  âgé de 28 ans et sa mère  Marie Félicité Victoire Peyron de 43 ans. Elle est la petite dernière après deux frères et une sœur.

Ses parents demeurent 1 rue Villeneuve, section de la Roche à Morlaix.

Cécile vit jusqu’à l’âge de dix ans à Morlaix et croise son grand cousin Émile Souvestre lorsqu’il revient dans la ville pour les vacances scolaires. La famille Ballot-Beaupré quitte la Bretagne Nord en 1817 et va déménager au gré des affectations du père qui a un poste dans les services des Douanes.

Victoire et ses enfants partent pour Nantes rejoindre leur époux et père mais font tout d’abord une étape à Pontivy où Alexis l’aîné des garçons est lycéen. Victoire n’a que quelques heures pour embrasser son fils qui les attendait depuis midi. La diligence a pris beaucoup de retard et n’est arrivée qu’à dix heures le soir et repart le lendemain à cinq heures du matin. L’entrevue est vraiment très brève.
A Nantes, Victoire est éblouie par la ville, ses maisons superbes, ses animations et elle constate que les nantaises sont très élégantes. La famille s’installe quai de la Fosse, au 86, non loin des bureaux de la douane. Les appointements du père sont maintenant de 2000L.

Victoire signe ses courriers « Beaupré », patronyme sous lequel est répertorié son fils Augustin inscrit au lycée royal de Nantes. Il reçoit pour la distribution des prix de l’année scolaire 1818-1819, le 4ème accessit de mémoire. Il fait la connaissance de jeunes garçons qui seront plus tard un appui pour Émile Souvestre. Il est le condisciple, en particulier, d’Eugène Charles Bonamy (1808-1861) dont le frère Auguste est polytechnicien et est saint-simonien quelques années plus tard. En 1835, Eugène Bonamy est co-auteur avec Ange Guépin d’un ouvrage sur « Nantes au 19ème siècle ».

J’ignore où Cécile et sa sœur firent leurs études. Il existe à Nantes à cette époque un grand nombre de pensions pour jeunes filles mais les Ballot avaient-ils les moyens financiers pour offrir cela à leurs deux filles  ? En tout cas les lettres de Cécile montrent une écriture soignée et fluide sans fautes d’orthographe. Peut-être reçurent-elles des cours par leur mère ?
Victoire correspond avec le cousin de son époux, Aimable Pinchon, lui aussi employé des Douanes et par ses courriers nous suivons les débuts de carrière difficiles du jeune Aimable. Elle lui propose de venir les rejoindre à Nantes et qu’il travaille au bureau de la Marine avec leur fils aîné Alexis qui a pris un poste de commis après avoir terminé ses études en 1818. Aimable Pinchon, après plusieurs années d’incertitudes, est titularisé et poursuit une carrière très honorable puisqu’il termine directeur des Douanes à Brest.

La famille Ballot-Beaupré ne retourne pas en Bretagne-Nord.

Après quelques années à Nantes, Étienne Ballot Beaupré est muté à Bourgneuf, dans le marais, au sud de Pornic-44-, pour le contrôle des saulniers et de la contrebande du sel.

Le 18 février 1827, sa mère, Victoire, décède à Bourgneuf -44- Elle est âgée de 61 ans. Son époux, receveur principal des Douanes, ne lui survit pas longtemps car il meurt quelques semaines après, le 21 juillet [1], laissant deux filles de dix-neuf et vingt-et-un ans non encore « établies ». Selon l’acte de décès son lieu de résidence est toujours Bourgneuf mais ses filles – si elles n’étaient pas déjà sur Nantes – s’y installent près de leurs frères dès lors qu’elles sont orphelines.

CÉCILE et ÉMILE SOUVESTRE

Les liens entre les deux familles sont très serrés car le père d’Étienne Ballot était témoin lors de la naissance de l’écrivain dont le propre père, Jean Baptiste Souvestre, était témoin au mariage des parents de Cécile. C’est donc tout naturellement qu’Émile a retrouvé ses lointains parents lors de son arrivée à Nantes. Augustin Ballot est à l’époque répétiteur dans une institution et nous pouvons supposer qu’il joua un rôle pour aider Souvestre dans sa recherche d’emploi après son échec parisien.

Augustin le frère de Cécile qui est à ses débuts répétiteur dans l’institution  Massin (?) a rencontré une jeune femme, Louise Saignard et est devenu père en 1827 d’un petit garçon qu’il reconnaît et deux ans plus tard d’une petite fille, Athénaïse. Augustin  est encore mineur et c’est son grand-père, son tuteur venu de Trün dans l’Orne -le berceau de la famille Pinchon- qui est présent pour le mariage qui vient régulariser la situation en février 1830 et Émile Souvestre est témoin.

La rencontre de Cécile et  Émile Souvestre nous est parvenue à travers les courriers que ce dernier échangea avec son ami rennais, le poète Édouard Turquety. Il lui fait ses confidences et à partir du moment où Cécile entre officiellement dans la vie de Souvestre, elle correspond elle aussi avec Turquéty, se désolant du mal de vivre du poète.

Le premier courrier la mentionnant date de septembre 1829. Émile souvestre vit à Nantes depuis un an et demi et travaille beaucoup.

  • «[…] j’ai éparpillé  mes jours et mes illusions  à ces fruis , je sens qu’il est temps de  conserver le peu qui me reste et surtout  de les donner en garde à quelqu’être  qui sache consoler et guérir –  je l’ai trouvé, mon ami,  et heureusement , elle est pauvre et orpheline ; elle est  assez malheureuse  pour arriver jusqu’à moi sans descendre c’est beaucoup n’est-ce pas ? – c’est elle qui lit vos  vers avec tant de bonheur,  qui me les récite avec tant d’âme-  vous êtes maintenant notre ami Edouard. On me demande de vos nouvelles où en sont vos vers, vos tristesses de cœur ».

Il termine ce passage en disant : « vous serez content de ma marie, mon ami car je crois qu’elle vous aime déjà autant que moi ! ».

1843 inspiré en plus tonique de la litho de Tony Toullion in Les Contemporains; recadré MFB

 E.Souvestre jeune,

inspiré de la litho de Tony Toullion in Les Contemporains 1843

 Le courrier suivant, Cécile est très présente et « seuls les usages du monde font qu’ils ne peuvent encore mettre en commun leur vie mais ce sera chose faite après Pâques ».

 Le mariage a lieu le 20 avril[1] 1830 et sont présents pour cet évènement les deux frères de Cécile qui signent comme témoins aux côtés d’Alexis Papot qui deviendra le beau-frère de Souvestre lors de son remariage. Si sa soeur Athénaïs est là, sa signature n’apparaît pas sur l’acte et nous n’avons aucun renseignement sur son devenir.

Cécile est orpheline lors de son mariage et c’est son aïeul Jean Alexis Ballot originaire de Trun dans l’Orne qui est présent pour la cérémonie. Cécile est dite « domiciliée de droit à Trun et de fait à Nantes, rue Dugommier ».

Cécile et Turquéty

Cécile va joindre des mots d’encouragement aux courriers que son époux adresse à Turquéty et tenter de mobiliser quelques espérances chez le poète rennais, faisant valoir ses propres expériences de souffrances et de déchirements. Elle souhaite que le partage de leur récent bonheur apaise Turquéty.

En mai 1830 le mariage réussit bien à É.Souvestre qui dit « ne pas s’être aperçu que le temps marchait » et combien « tout lui parait si beau, si pur, si coloré de teintes délicieuses », même s’il se souvient que « les tristesses d’âme reprennent avec ce beau soleil ».

 

Lettre N°26 bis  Nantes le 22 mai pour la première partie de la lettre mais elle est postée le 7 juin arrivée le 8.                                                 BC 73    456

Débutée par Cécile                                                                               Nantes  le 22 mai 1830

 

L’empressement que vous avez mis à me témoigner une amitié que j’ai sollicitée  et par laquelle vous vous trouvez intimement lié à notre bonheur m’a vivement touchée et a encore augmenté  s’il était possible, l’intérêt que vous m’avez inspiré. Combien j’apprécie la confiance que vous me montrez; croyez à ( ..?)  la sincérité avec laquelle elle a été recueillie, aussi ne parlez pas de remerciements je vous prie, ne suis-je pas heureuse d’avoir obtenu votre affection au seul titre d’amie de votre Emile ?  Maintenant je possède comme lui les  droits qu’il a sur votre cœur        . Vous me l’avez promis ; vous recevrez nos consolations, vous les goûterez offertes par les sentimens les plus affectueux ; nous tâcherons de leur donner un charme qui pourra les rendre efficaces. Je veux encore vous prouver que le bonheur n’est pas une chimère et qu’il existe réellement. Nous serons deux  et tous les deux guidés par notre amitié si vive, si tendre.. – cette noire mélancolie qui semble vous accabler  est causée par des espérances qui vous furent chères, et dont vous avez été frustré.  Moi qui suis si heureuse d’être aimée je peux vous plaindre     …oh oui ! C’est en m’entourant de tout mon bonheur que je sais mieux encore vous comprendre et compatir à vos douleurs ; mais aussi ne pouvez-vous retrouver quelque tranquillité ? Croyez bien que vos maux les plus réels sont toujours exagérés par notre imagination. Vous regretterez de douces illusions, et leur perte vous ôte le repos de l’esprit et le calme du cœur. Est-il donc fermé à de nouvelles espérances ? il y a encore des âmes qui sauront entendre la vôtre ; ne les chercherez vous pas ?  Oh ayez plus de confiance dans l’avenir, notre Emile ne fut pas toujours heureux, vous fûtes souvent témoin de ses crises mélancoliques. Peut-être comme vous  il regrettait le passé (l’isolement attriste encore les souvenirs.) maintenant le bonheur semble avoir tout effacé- il a trouvé tout l’amour qui peut remplir son cœur comme je vous approuve quand  vous désiré(sic) le plaisir de la vie domestique  il est simple obscur quelquefois mais solide et plein de charme. On trouve tout le bonheur dans son intérieur.

Les distractions que le monde peut nous offrir sont si fugitives, si pauvres en comparaison des réalités délicieuses  d’une vie embellie par l’objet qui possède

Suite sur le côté de la feuille

 nos affections. Vous voyez que je vous parle de la félicité dont je jouis ; je voudrais vous y faire participer en vous voyant heureux ; si la sincérité d’une amitié tendre et dévouée peut adoucir vos peines, comptez sans réserves sur l’affectueux attachement de votre amie. C Souvestre         

 L’écriture de Cécile est droite claire et lisible.

 E.Souvestre joint deux jours plus tard sa propre lettre, enjoignant à son ami de suivre le vers de Lamartine : 

  •  « oublions, oublions, c’est le secret de vivre » et il lui fait part du changement positif intervenu dans sa vie depuis son mariage : « vous me demandez comment je suis. Bien mon ami, heureux comme à l’ordinaire (car maintenant le bonheur loge chez moi) « .

 Fin août, Cécile justifie le long temps où elle a laissé E.Turquéty sans nouvelles par une indisposition peu grave mais douloureuse qui l’a retenue alitée plusieurs jours, E.Souvestre de son côté était également souffrant avec le bras bloqué pendant deux semaines mais ce qui a plus inquiété la jeune femme, c’est la révolution de juillet et la participation active de son époux, la laissant seule, tremblante, à la maison. Ses craintes étaient fondées car en réponse aux émeutes, une fusillade Place Louis XVI fit plusieurs morts et avec ses amis Ange Guépin, Rocher, Ménard, Mellinet, Souvestre « prit l’initiative d’ouvrir une souscription à 75ctmes pour élever un monument aux victimes de la fusillade mais les modérés s’y opposèrent. Cependant mention en fut faite sur la colonne par la suite[1]. » 

Colonne Juillet 1830 cimetère Miséricorde Nantes

Nantes, la colonne commémorant les journées de juillet; cimetière de la Bouteillerie photo MF Bastit-Lesourd

Maintenant que le calme est revenu, ils envisagent tous deux un séjour de vacances à Morlaix dans sa famille qu’elle a quittée toute jeune. Cécile est impatiente de faire la connaissance lors de l’étape à Rennes de « celui qui aime si bien mon Emile » écrit-elle mais elle se désole de ne jamais lire qu’il goûte au bonheur.

 Lettre N°27,  Nantes, le 26/27  août 1830       BC 74    457

Cécile

Nantes le 20 août 1830

Je ne sais trop comment me justifier après être restée si long-temps sans vous écrire. Vous m’accusez peut être de négligence et pourtant j’ai de bonnes raisons à opposer aux jugemens téméraires que vous pourriez porter. Je dois vous les faire connaître, parce qu’il m’est pénible de penser  qu’un trop long silence me fait juger défavorablement par vous. D’abord une indisposition peu grave mais douloureuse m’a retenue plusieurs jours. Mon mari alors était aussi un peu souffrant, et encore plus gêné que moi, puisqu’il ne pouvait se servir de sa main droite, une enflure subite nous a fait craindre un panaris. Jugez quelles étaient mes inquiétudes ! heureusement qu’elles n’étaient pas fondées. Au bout de quelques jours nous avons été parfaitement rassurés. Notre Emile en a été quitte pour tenir son bras en écharpe pendant deux semaines ; mais après  tous ces petits ennuis sont venues les terreurs de la révolution (vous avez sans doute su comme notre ville a été maltraitée)  plus de repos alors, un coup de fusil me faisait tressaillir. Craignant à chaque instant que mon mari sortit, j’étais dans des angoisses continuelles. Je me trouvais enfin sans force pour faire face à l’orage. Malheureusement je suis née sans courage surtout en temps de guerre. Oh alors je suis tout à fait  déraisonnable. Aussi ai-je beaucoup souffert dans ces dernières circonstances de mon peu d’énergie. Maintenant même que tout semble tranquille, je vous assure qu’il faut peu de chose pour renouveller(sic) mes frayeurs. Qu’allez-vous penser d’une femme si pusillanime ? vous allez en avoir une idée peu avantageuse qu’elle est fixée ; vous ne vous y attendiez pas sitôt n’est ce pas ? peut être aussi n’est ce encore qu’une espérance ; mais je suis pressée de vous la faire partager nous avons l’intention de passer un mois en Bretagne. Nous profiterons pour effectuer ce voyage du temps des vacances qui sera vers le 15 ou le 20 du mois prochain. Nous partirons par Rennes où nous resterons une couple de jours. J’ai une joie parfaite avec la pensée que je vais revoir ma famille que j’ai quittée quand j’étais si jeune encore. Je ne suis pas moins impatiente de connaître l’ami qui aime si bien mon Emile et dont l’amitié m’est aussi bien douce. Je ne puis vous dire avec quel plaisir nous formons tous ces projets  nous sourions à tous ceux que notre imagination nous présente avec une confiance complète. Puissent-ils se réaliser ? quelques fois je suis inquiète  de ne pas recevoir de vos nouvelles, faut il donc une réponse pour avoir une lettre de vous ?  Songez bien que nous sommes maintenant d’anciennes connaissances et qu’il ne faut pas être si sévère- nous sommes si heureux quand vous nous dîtes que vous croyez au bonheur…..pourquoi ne pouvez vous aussi nous dire que vous le goûtez…..

 En plus sur autre face

Je suis forcée de vous quitter, je n’ai plus de papier. Je vous en prie, une réponse prompte. Mon Émile s’unit à moi pour vous renouveler  l’affection la plus dévouée.   C. Souvestre 

 Lors de leur passage à Rennes, elle est émerveillée par le logement de la famille Turquéty et l’ambiance familiale qui y règne ainsi que Souvestre le rapporte ensuite à son correspondant.

«  j’aurais dû vous écrire plutôt mon ami, n’eut-ce été que pour vous remercier vous et votre famille de la demi-journée délicieuse que vous nous avez procuré à Rennes. Ma femme surtout qui ne connaissait pas encore cet intérieur était émerveillée. En sortant de chez vous elle me dit qu’elle s’était amusée plus qu’elle ne l’avait fait depuis un an. Elle ne tarissait pas sur cette affectueuse bonté de votre père, sur la tendresse caressante de votre mère, sur leur union sur leur bonheur et  par-dessus tout sur cet air de douce félicité et de pieuse humanité qui respirait autour d’eux. J’aurais voulu que vous puissiez l’entendre faire votre éloge à tous ; elle parlait bien  dans ce moment ».  É. S

A Morlaix le couple retrouve famille et amis et ils sont très sollicités, souffrant même d’indigestion avec toutes ces agapes auxquelles ils sont invités.

Les Souvestre reviennent à Nantes début octobre 1830 mais Cécile est souffrante, et le jeune époux ne supporte pas l’état de sa femme qui se prolonge. Il voudrait bien avoir son ami près de lui pour pleurer à son aise. Il se sent délaissé par sa femme qui est dans un grand état d’abattement, allant jusqu’à envisager de s’en sortir par la froideur tellement son cœur est froissé.

En novembre 1830, une lettre préfigure la perte qu’il va vivre quelques mois plus tard 

  • «  et ma femme qui refuse de se coucher et qui est là étendue dans un fauteuil, sans mouvements, comme un cadavre. Ce n’est qu’une fièvre dit-on mais elle me repousse avec tant de froideur, il y a dans son regard quelque chose de si fixement indifférent que rien que de la voir me serre le cœur ».

Cécile est enceinte et Souvestre annonce l’heureuse nouvelle à son ami :

  • « mon âme a transporté toute son énergie du monde idéal dans la vie positive. Il y a une saison où les arbres fleurissent puis ils ne portent plus que des fruits. – je suis arrivé à la saison des fruits mon ami ! = bientôt je vais être père – qu’il y a d’avenir dans ce mot ». là encore s’ouvrira pour moi un monde de rêves…. Mais de rêves que l’on n’écrit pas. = et quels nouveaux devoirs mon ami – il ne m’est plus permis de perdre mon temps à de suaves illusions ; mon enfant aura besoin d’un protecteur, d’un ami…il faudra travailler pour lui …après la vieillesse viendra ; douce et entourée de souvenirs mais plus froide recherchant plus le soleil du corps que celui de l ‘âme… »

Cécile poursuit la lettre ensuite en s’excusant de son état de faiblesse continuel.

  • « J’ai tant d’excuses à vous faire Mr.Edouard que je suis fort embarrassé de quelle manière entreprendre ma justification ; vous parlerais je de mon état de fatigue , de souffrance dans lequel je suis presque continuellement depuis mon retour  non je ne vous en dirai rien , puisque si ma situation me laissait la faculté de penser souvent à vous, j’aurais aussi bien pu vous le témoigner ; mais  enfin il faut s’excuser quand on est coupable, et je ne peux m’en prendre qu’à ma paresse, bien condamnable sans doute et que vous pardonnerez j’en suis sûre. Maintenant vous savez qu’il n’y a (pas) oubli, ni négligence  je suis plus tranquille   l’idée que vous pouviez douter de mon affection me serait tout à fait pénible car depuis que j’ai fait connaissance avec votre famille je suis encore plus jalouse de conserver la votre. Je garde un tendre souvenir de toutes les bontés dont votre excellente mère nous a comblés ; priez la de penser quelques fois à vos amis et je vous aurais une double obligation de me l’avoir fait connaître. mon Emile vous a parlé je crois d’un  album qu’il comptait m’offrir je réclame quelques unes de vos pensées Mr Edouard-  oh je vous dirai même que je le désire bien vivement. Veuillez songer à ma demande  et ne la laissez pas sans réponse. je vous en prie.  Ecrivez nous souvent,  vous avez plus de temps que mon mari  et nous sommes si heureux de recevoir  vos lettres. Parlez moi de votre famille et ne vous oubliez pas dans vos entretiens du soir. Adieu Mr mes amitiés respectueuses à ceux qui vous entourent et croyez à l’affection de votre amie C. Souvestre »

 Elle trouve beaucoup de ressemblances entre les idées poétiques de son époux et celle de son ami :

  • « Vos vers ont toujours eu sur moi un charme irrésistible.  Avant de vous connaître je trouvais en lisant vos esquisses poëtiques tant de rapports dans les idées avec celles de mon Emile. Les mêmes sentimens étaient exprimés. Vous peignez si bien les peines du cœur et notre ami avait eu aussi de ces tristesse je savais que vous les connaissiez, que vous les aviez  partagées et mon cœur fut d’accord avec le sien pour vous aimer ».

La naissance[2] du bébé Souvestre est attendue pour le printemps 1831 mais la grossesse se passe mal et l’état maladif de Cécile fait qu’É.Souvestre ne peut consacrer de temps à écrire à ses amis. Il a laissé plusieurs courriers d’É.Turquéty sans réponse, tout comme il doit une réponse à Hippolyte Lucas. Il se reproche de faire une lettre bien plate mais qui, cependant, témoigne de son amour pour son correspondant.

La famille Ballot est accablée par plusieurs disparitions. Louise Adèle Saignard, épouse d’Augustin Ballot Beaupré, décède  le 18 septembre  1830 à Nantes suivie dans la tombe par leur fillette,  Athénaïse-Adélaïde, 10 mois plus tard, le 17 juillet 1831.

Puis c’est le drame. Cécile meurt[3] le 29 mai 1831, quelques jours après avoir mis au monde le 9 mai un petit Emile Alexis qui ne lui survit que quelques semaines[4].

Un court billet vient faire part du dramatique décès de Cécile morte des suites de l’accouchement.

  • « Edouard, Cécile est morte ! ….morte mon ami !… avant-hier … entre mes bras. – il me reste d’elle un fils = je ne puis vous écrire autre chose –  Cécile est morte –  j’ai vu son agonie… tous ses membres froidir … devenir roides….du jour du jour me criait-elle,  réchauffe-moi… j’ai froid – son dernier mot a été : j’étais trop heureuse !..

  Adieu mon ami je n’ai rien  à  dire d’autre chose  

Cécile est morte…   je ne pleure pas…    plaignez-moi »

 Non signée

Un mois après, le 28 juin, E.Souvestre détaille à son ami Edouard l’agonie de sa jeune épouse et il fait appel  à lui pour avoir son soutien amical.

C’est dans l’activité qu’ E.Souvestre va trouver un dérivatif à sa douleur :

  • « Mon cher Edouard je cherche partout de l’occupation, j’ai besoin d’écraser ma vie réelle sous la vie de la pensée afin de ne pas succomber – je viens de passer mardi avec Mellinet; le « Lycée armoricain » qui sera la « Revue de l’Ouest » désormais m’appartient en propre- il faut que vous en deveniez rédacteur avec moi […] Vous me promettez de me faire des articles en prose – pour les vers je ne suis pas en peine quand le vent d’automne va venir, votre cœur les secouera comme le vent le fait des feuilles mortes ».

photo MF B

Tombe Souvestre Ballot-Beaupré, Nantes, cimetière Miséricorde

Photo M-F Bastit-Lesourd 2011

Trois mois s’écoulent et doucement Souvestre remonte la pente mais ses douleurs sont ravivées par le souvenir de sa jeune femme. Il va se dire incapable d’apporter des paroles de consolation à E. Turquéty et l’on sent un certain agacement sur le sentimentalisme égoïste de ce dernier.
Émile Souvestre fréquente toujours ses deux beaux-frères et son collègue Alexis Papot. La sœur de ce dernier est tombée amoureuse du jeune veuf et il va chercher à fuir mais alors qu’il annonce son départ à la jeune femme elle laisse échapper ses sentiments et Souvestre dit à son ami É.Turquéty avoir répondu à sa déclaration. Le mariage a lieu en mai 1832 et dès le lendemain de la cérémonie le couple quitte Nantes pour Morlaix car Souvestre ne veut pas vivre dans les lieux où les souvenirs de Cécile, sa première épouse, seraient trop présents.
Quelques jours avant, le 2 mai, Augustin Ballot-Beaupré s’était lui aussi remarié avec Jeanne Chaillou, sœur de l’un de ses condisciples du lycée de Nantes.

Les liens avec la famille Ballot-Beaupré vont se poursuivre et leur patronyme apparaît sur le faire-part de décès de Marie la seconde fille de l’écrivain.

Alexis Ballot-Beaupré, l’aîné des enfants poursuit son ascension dans les bureaux de la Marine. Il est nommé Commis principal en 1831.
Il épouse à St Denis de la Réunion, le 1er octobre 1835, Marie Philippine Clémence Julie PRÉAU de la Baraudière. Elle est la cousine germaine de Gustave Bonin de la Bonninière de Beaumont plus connu sous le nom de Gustave de BEAUMONT qui fut l’ami d’Alexis de Tocqueville avec lequel il fit un voyage en Amérique en avril 1831.

  • Leur premier fils, Marie Clément Jules Alexis Ballot-Beaupré, nait à la Réunion le 15 septembre 1839 où son père est inspecteur de la Marine. Il fait une carrière dans le Droit. Il décède à Paris le 16 mars 1917. Sa sépulture est au cimetière du Père Lachaise.
    Le procès DREYFUS
    Le second procès de Dreyfus à Rennes est suivi de près par Marie Souvestre, seconde fille de Souvestre et Nanine Papot, alors directrice d’un établissement d’enseignement supérieur pour jeunes filles à Londres car c’est ce fils d’Alexis, frère aîné de Cécile, qui est président de la Chambre Civile en remplacement de M. Quesnay de Beaurepaire qui était anti-dreyfusard.
    Le 29 mai 1899, Alexis Ballot-Beaupré fait une déclaration sur la démonstration du faux en écriture d’Esthérazy qui servait de support à l’accusation.

Le décès d’Alexis Ballot-Beaupré père est annoncé dans « La Feuille d’annonces de Morlaix » du 3 août 1871.

 

ELEMENTS GENEALOGIQUES  de la famille de Cécile

( données  M-F Bastit, site geneanet , enrichies de celles d’un descendant de Jean Bonaventure Pinchon x Marie Thiraux.   voir site  www.geneabreizh.fr, )  

Mariage de ses parents à Locquénolé – Finistère le 10 frimaire an VIII :
Yves Étienne Alexis Augustin BALLOT BEAUPRÉ né le 1780 à Carrouges-61-
Le père de Cécile est le fils de Jean Alexis Ballot-Beaupré et de Jacqueline Cécile Pinchon originaires de Trun en Normandie. Il a aussi des liens de parenté avec son épouse du fait d’alliances Pinchon/Peyron.

Avec

M.M. Victoire Félicité PEYRON née le 1765 ou 1766.
Elle est la fille de Jean Baptiste Peyron (1704-1766) et de Louise Thiraux (1726-1778), sa seconde femme, épousée le 9 juillet 1754 en la Collégiale de Carrouges. Son père après une carrière de militaire, avait obtenu un poste de receveur d’un grenier à sel dans l’Orne. Il est donc possesseur d’un office royal de perception de la gabelle, l’impôt sur le sel, ce qui lui assure un revenu très important.
Ce château de Carrouges reste un élément central dans la vie d’Émile Souvestre, qui dans le premier numéro de sa revue « La Mosaïque de l’Ouest », créée en 1845, traite de ce site avec pour illustration la grille du château.
Le couple a neuf ou dix enfants dont deux épousent des cousins Pinchon.
Le frère de Louise, Jacques Thiraux, vit à Morlaix avec son épouse mais ils n’ont pas d’enfants et vont se proposer d’accueillir leurs neveux. Au décès de Louise en 1778, les filles Peyron viennent à leur tour vivre à Morlaix chez leur oncle Thiraux qui est receveur des douanes.
Après la révolution, Jean Baptiste Nicolas Peyron, fils aîné du couple, achète en 1792, la propriété du Pencleu à proximité de Doëlan -56- Il y fait venir sa sœur Victoire, pour tenir son ménage. Je ne sais si elle y resta après que son frère eut épousé en 1796, une toute jeune fille de vingt-trois ans sa cadette, Catherine Bosc, âgée de 17 ans.

En 1799 ou 1800, le jeune Ballot-Beaupré demande sa ?, tante ou cousine en mariage.
Le couple est marqué par une grande différence d’âge : 14 ans de plus pour l’épouse
Ils ont quatre enfants.
Pierre François Alexis né le 7 avril 1801.
Boursier complet de la ville de Morlaix pour le collège de Pontivy où il entre en 1815. Il termine ses études en septembre 1818.
Il entre dans la marine comme commis à Nantes le 28 octobre 1822 et est ensuite nommé Commis principal le 16 juin 1831 puis Sous-Contrôleur le 5 septembre 1841 et Contrôleur adjoint le 23 décembre 1847 et enfin inspecteur le 10 mai 1858.
Officier de la Légion d’Honneur, il ne figure pas dans la base Leonore.
Le 1er janvier 1860, il est en résidence à Paris à l’Administration Centrale du Ministère de la Marine.
Le 7 juin 1855 il constate en tant qu’inspecteur-adjoint de la Marine, l’exactitude des services de M. le capitaine de frégate J.J. Feillet époux d’Eugénie une fille de Francine Souvestre-Pinchon. In dossier Feillet archives de la Défense à Paris.Voir article sur Jules Feillet et son épouse.
Edmée Athénaïse Charlotte née le 29 à 11h du soir = le 30 floréal an 11.
Son père est alors commis expéditionnaire au bureau des douanes.
J.Baptiste SOUVESTRE ingénieur, 44 ans est témoin.
Pas de nouvelles de son devenir.

 Augustin Joseph François Etienne né le 4ème jour complémentaire de l’an 13 = ?? 1804 1805.
Son père est alors receveur des déclarations au bureau principal des douanes de Morlaix et est âgé de 26 ans, sa mère de 40 ans.
La famille réside dans le quartier des Halles à Morlaix.
Les témoins sont Étienne Noël Jean Ballot, préposé des douanes et oncle, propriétaire à Lanvau -56-. Ainsi que J.B Souvestre, ingénieur, oncle par alliance. Signent Joséphine Pinchon, 2 Ballot et 1 Ballot-Beaupré.

Augustin épouse en premières noces Louise Adèle Saignard dont il a eu deux enfants nés en 1827 et 1829. Seul le garçon Augustin né en 1827 survit. Adélaïde née en 1829 meurt le 17 juillet 1831 et c’est avec son décès que j’ai supposé un temps  que c’était Athénaïse, sœur de Cécile qui mourrait juste après sa sœur.
Il régularise en présence de son aïeul, Jean Alexis Ballot-Beaupré – 1747-1832- de Trün, seul membre survivant de la famille et tuteur d’Augustin. Leur grand-mère Jacqueline Cécile Pinchon – 1754-1830-  s’éteint en 1830. Est-ce ce nouveau deuil que Souvestre mentionne dans un courrier à Turquéty où il évoque  « sa nièce en deuil ».?
Le 1er juin 1929 l’acte de mariage est enregistré à Trun et la cérémonie se déroule à Rezé -44-, le 25 février 1830 et les enfants sont reconnus à ce moment. La maman meurt six mois après la cérémonie.

Augustin se remarie le 2 mai 1832 avec Louise Jeanne Chaillou  dont un frère Théophile était élève au Lycée royal de Nantes en 1828 et dont un parent notaire signait comme témoin sur un acte de ?? C’est aussi un Chaillou qui faisait partie de la municipalité nantaise pendant la Terreur et qui s’opposa à Carrier.

Au bout de quelques années pendant lesquelles il enseigne les langues, Augustin Ballot-Beaupré est recensé comme notaire aux environs de Nantes, à Saffré où il vit avec le fils de sa première union et les trois autres qu’il a eus avec son épouse Jeanne appelée Jenny, Alfred puis Léon et Ernest. Une petite fille est née en 1835 mais n’a vécu que deux mois, Cécile Désirée.

Cécile Marie Victoire née le 28 mai 1808. Son père est dit âgé de 28 ans et sa mère 43 ans.
Ses parents vivent 1 rue Villeneuve section de la Roche à Morlaix.

 

Marie Félicité Victoire PEYRON

Fille de Jean Baptiste PEYRON qui épouse [ en X1 Rosalie Palyard du Breuil] et en X2 en 1754, Marie THIRAUX 1726-1778 dont enfants qui suivent :

  •  Jean Baptiste Nicolas, né le 9 décembre 1755. Il épouse en 1796, Catherine BOSC née en 1779
  •  Adélaïde qui épouse en 1790 Aimable Alexandre Le ROY
  •  Marie dite Manon ou Marion -1761-1808- qui épouse à Morlaix en 1783  son cousin germain François Bonaventure PINCHON dit PINCHON-BEAUMANOIR -1751-1808-. Il est né à Saint-Front, diocèse du Mans et lors du mariage il reconnaît Pierre François né le 17 décembre 1782 à Morlaix paroisse St Martin. L’année suivant le mariage naît François Marie Pinchon – le 15 janvier 1784- qui deviendra l’époux de Françoise Catherine dite Francine SOUVESTRE, demi-soeur d’Emile Souvestre. C’est de ce couple Pinchon/Souvestre que je descends.
  • Rosalie Julie qui épouse son ? neveu PINCHON
  • Zacharie et Rémy décédés jeunes
  •  Charles Jacques François décédé en 1826 près de Guingamp. Se marie à Plestin avec ?

 

 Yves Étienne André Alexis BALLOT-BEAUPRÉ 

Fils de Jean Alexis BALLOT-BEAUPRÉ, ancien huissier de la connétablie de Trun (61) né le 24 octobre 1747 et de Jacqueline Cécile PINCHON, née le 22 octobre 1754.
Frère de :
– Louis Bonaventure, né le 8 novembre 1787 à Trun, lieutenant Ambulant des Douanes Royales.
Lors de son mariage avec Marie Noëlle Estrade le 23 avril 1819 à Morlaix, il est mentionné un dissentiment entre les parents sur le mariage et seul le père donne son consentement

Autres BALLOT-BEAUPRÉ
– Théophile Désiré né le 23 frimaire an 7 (13 décembre 1798) à Trun dans l’Orne. Entre dans les douanes. Son dossier mentionne : 1,692 m, étudiant, garçon, aucune ressources. Victoire le cite dans ses lettres « mon frère » terme employé au titre de beau-frère.
– sans doute Joseph Alexis Bonaventure époux de Jeanne Collet, également employé des Douanes.

 

 

 


[1]  Christiane Desamis, Annales de Nantes et du pays nantais N°258, 1996, p.19 sources : Doctorat de G.Frambourg.

[1]Etat civil de Nantes, enregistrement N° 78, le 20 avril 1830 mariage en présence de la mère de Souvestre et du côté de Cécile,  de son aïeul paternel Jean Alexis Ballot-Beaupré. Les témoins sont Alexis Papot, professeur demeurant rue Gresset, Ange Guépin, médecin, Auguste François Etienne Ballot-Beaupré répétiteur demeurant rue des Carmélites et René Marie Luminais, marchand demeurant rue Mondésir. La mariée réside rue Gresset.

[2] Etat civil de Nantes, enregistrement N° 241, le 9 mai 1831 naissance d’Alexis Emile au domicile de ses parents rue de la Rosière.  Pierre François Alexis Ballot-Beaupré, commis de marine de 1ère classe et d’Auguste Ballot-Beaupré, professeur.

Etat civil de Nantes, enregistrement N° 451 décès à 1h du matin le 29 mai 1831, déclaré par Ange Guépin et Marc François Joseph Lesant.

[4] Etat civil de Nantes, déclaration du décès de l’enfant le 29 septembre par les fidèles amis, A.Guépin et .F.J Lesant. Lettre N°34  Nantes,  le 31 mai 1831    465    BC 91


[1] ADLA, Tables décennales des décès, année 1823-1832,  acte N°85.[1]

AD 29, 1T 380, Le collège royal de Pontivy de 1808 à 1839.

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