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Caroline Dussault 1833-1887

DUSSAULT Caroline médaillon par Millet tombe cimetière d'Avon

DUSSAUT Caroline médaillon par Millet tombe cimetière d’Avon

Enseignante et compagne de Marie Souvestre, elle dirige de concert avec cette dernière l’école des Ruches à Avon puis après leur séparation en 1883, Caroline Dussaut reste seule directrice. Elle meurt le 5 juillet 1887, probablement d’une overdose médicamenteuse. 

Son action pédagogique est totalement éclipsée par la charismatique Marie. 

Marie-Françoise Bastit-Lesourd, 

Notice en construction 2009- juin 2015

Caroline Dussaut est la compagne de Marie pendant un quart de siècle. En s’appuyant sur les courriers que le breton Guillaume LeJean, proche de la famille Souvestre envoyait à un autre ami commun, Charles Alexandre, secrétaire d’Alphonse de Lamartine, nous pouvons proposer l’année 1859 comme étant celle de la rencontre des deux jeunes femmes.

Après des années de recherches pour  mieux cerner Caroline Dussaut je peux maintenant apporter un début d’éclairage sur cette femme.

BIOGRAPHIE 

La famille de Caroline a des origines modestes et il est probable qu’elle eut à gagner sa vie et donc se fit institutrice. Mon hypothèse est qu’elle faisait partie de ces jeunes sous-maîtresses de pension, tout comme Louise Michel qui fréquentaient, en compagnie de femmes de la bourgeoisie, les cours du soir de la rue Hautefeuille à Paris et que c’est dans ce cadre que Marie et Caroline se croisèrent.

Caroline naît à Sèvres (comme cela est indiqué sur le recensement d’Avon) le 26 juin 1833 mais ses parents sont originaires de l’Ouest.

Son père, Désiré Dussaut est marchand de bois et de charbon de terre ou de pierre et sa mère se nomme Adélaïde Séré. tous deux ont trente-trois ans et ont déjà deux enfants, une fille Horély ou Aurélie née le 8 août 1829 et un garçon, Charles né en 1831. Une nouvelle fillette, Léontine Modeste vient agrandir la famille le 15 juin 1836.  A l’époque Désiré est devenu « commis-marchand » et la famille a quitté le domicile de la rue Vaugirard à Sèvres pour le 142 rue Royale.

La famille de Pierre Désiré est originaire de la région du Grand-Lucé où ses ancêtres étaient tisserands ou teinturiers.  Son père signe l’acte de naissance en date du 19 fructidor an 8 à Courdemanche, un village à flanc de coteaux, sur la rive droite de l’Étangsort.

Adélaïde Séré ou Sérée (comme cela est parfois écrit dans les actes) est née au Mans le 5 février 1800. Elle est  la fille de Charles François Séré qui dans cette période suivant la Révolution occupe le poste de concierge à la Maison de l’Evêché où il vit avec Adélaïde Chauvin son épouse. Lors de la naissance de sa fille il appose une signature pleine d’assurance qui dénote une bonne aisance vis-à-vis de la pratique de l’écrit.

A ce jour nous ne savons pas où eut lieu le mariage des parents d’Adélaïde Dussaut.

Nous ne retrouvons la trace de la famille Dussaut qu‘en 1858 lorsque Charles le frère aîné d’Adélaïde se marie à Saint-Martin-des-Champs en Indre-et-Loire avec une jeune agricultrice, Joséphine Buron. Aucune signature Dussaut autres que celles du marié et de son père ne figurent sur l’acte. Le couple Dussaut/Séré est séparé car Désiré vit à Montoire où il est agent d’assurances, profession aussi exercée par son fils, et madame Dussaut est marchande à Versailles et a envoyé son consentement.

Caroline Dussaut est enseignante et a passé plusieurs années en Allemagne avant de revenir en France.

Suivant les courriers que le breton Guillaume Le Jean, proche de la famille Souvestre envoyait à un autre ami commun, Charles Alexandre, secrétaire d’Alphonse de Lamartine nous pouvons proposer l’année 1859 comme étant celle de la rencontre des deux jeunes femmes. Marie Souvestre la nomme ‘Lina » dans ses courriers à Jane Strachey. Déjà à cette époque Lejean écrivait qu’elles étaient allées à Roscoff sur la côte bretonne disant de Caroline : « elle se croit phtisique » alors que vraisemblablement elle ne souffrait pas de cette pathologie. Tout au long de leur vie commune Julie soignera sa compagne qui souffre de migraines ou de problèmes respiratoires les empêchant parfois de voyager à leur guise.

Caroline Dussaut et les Ruches

Lorsque Olivia alias dorothy Strachey conte son arrivée  aux Ruches la mésentente entre les deux enseignantes agitait déjà l’école et divisait les élèves en deux camps selon leurs affinités. Elle indique que Caroline Dussaut ne professait pas. Elle décrit les deux femmes comme n’étant pas « distinguables » à ses yeux sinon que Julie lui semblait plus vive et Cara plus aimable avec une voix « toute douceur et caresse », « des manières engageantes et pleines d’affection ». Dorothy décrit une femme gracieuse, « jolie et languissante » dont le médaillon sur sa tombe, oeuvre du sculpteur Millet ne reflète aucunement le portrait donné par Olivia.

Les portraits des deux enseignantes me questionnent beaucoup quant à leur ressemblance.  

L’affabilité de Cara et son charme naturel gagnaient la confiance des parents qui leur confiaient leurs filles.

DUSSAULT Caroline médaillon par Millet tombe cimetière d'Avon

DUSSAULT Caroline médaillon par Millet tombe cimetière d’Avon

Marie Souvestre  jeue, détail.

Marie Souvestre jeune, détail. 

 Olivia évoque aussi  la mauvaise santé perpétuelle de Cara qui l’aurait contrainte à ne s’occuper que des petites classes et cela au gré de ses problèmes de santé qui boulversaient tout l’ordre de la maison. Une femme capricieuse qui imposait à toute l’école ses humeurs et ses soucis. Olivia attribue par la voix de l’enseignante d’italien qui a pris place dans le coeur de Julie le côté « malade imaginaire » de Cara et quelques pages plus loin, elle décrit des scènes dramatisées:

  • Ce ne sont que sanglots et gémissements! elle prétend qu’elle va mourir et que nous faisons tout pour hâter sa mort!
  • Elle ne cessait de crier : tu ne m’aimes pas! Personne ici ne m’aime!

Cara se plaignant sans cesse et Julie patiente et prévenante répondant par la douceur et la tendresse.

Mais Olivia n’est-elle pas de parti pris pour Julie que par ailleurs nombre de témoins décrivent comme une femme bien loin de cette image de contenance d’elle-même et qu’elle décrit aussi par ailleurs comme ayant des « manières brusques et des épigrammes acerbes »?

La rupture

Les relations entre les deux directrices se déteriorent donc et l’arrivée de nouvelles enseignantes vient briser leur couple. Caroline noue une relation avec madame Geisler l’enseignante de langue allemande tandis que Marie Souvestre se lie avec Paolina Samaïa, professeur d’italien qui restera à ses côtés jusqu’à la fin de sa vie.

Les actes de séparations des biens entre Caroline et Marie sont signés en 1883 et C. Dussault reste seule à la tête de l’établissement qui reçoit toujours des jeunes filles issues des milieux dirigeants très aisés.

La jeune Daisy dont Jean-Marc Rivière a publié le journal intime est arrivée à l’école dans cette période de scission et au mieux aura croisé Marie Souvestre le temps de quelques semaines ou quelques mois.

Le devenir des RUCHES

  • Gertrude JONES DUSSAUT

Barbara Caine dans son ouvrage sur la famille Strachey écrit à plusieurs reprises que l’école des « Ruches » fut fermée en 1883, juste après le passage de Dorothy Strachey comme élève à Avon en 1882 mais en fait le pensionnat continua de fonctionner sous la direction de Caroline Dussaut et après son décès en 1887, madame Geissler professeur d’allemand fut autorisée à prendre la direction de l’école. Gertie Jones-Dussaut la fille adoptive de Caroline n’a que vingt ans à l’époque et lorsqu’elle eut acquis les diplômes nécessaires elle assura la continuité du pensionnat jusqu’à son mariage en 1902.

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Gertie est une fillette de sept huit ans lorsqu’elle est « adoptée » par Caroline Dussault. De parents anglais et dernière d’une famille de plusieurs enfants nous ne savons pas par quel biais elle rencontre la française après le décès de sa mère. Les Indes et l’entremise de Jane Strachey pourraient être à la source de son adoption.

Gertie grandit aux Ruches avec pour compagne de jeux et d’études la petite cousine de Marie Souvestre, Berthe Papot et toutes deux eurent à vivre la séparation de leurs mères adoptives et les conséquences pour elles-mêmes.

Gertie bébéficie d’une instruction soignée comme toutes les filles de l’école et tout particulièrement en musique. C’est un point commun avec celui qui devient son époux, Bréthous-Lafargue. Ils ont une fille Laura.

Gertie a elle aussi de nombreuses amies anglaises mais leurs noms ne se recoupent absolument pas avec ceux des jeunes filles élèves de Marie Souvestre.

SOURCES 
AD 72 5 Mi 19  naissances an VIII pluviose 16,  vue 20 sur 120,  naissance Adélaïde Séré

AD 41- Registre 1MIEC225/R2, acte N° 11;  vue 116; union Dussaut/Buron :

Un commentaire sur “Caroline Dussault 1833-1887

  1. La correspondance entre André Gide et Dorothy Bussy (avec annexes, dont des lettres de Roger Martin du Gard) revient sur la genèse du roman Olivia. Publié d’abord en anglais, à la Hogarth Press et traduit (je dirais même réécrit) en français par Dorothy Bussy et Roger Martin du Gard pour être édité à Paris… R.M. du G. avait « reproché » à Olivia de présenter – dans son introduction, en italique dans l’édition du Livre de Poche, comme réels ou issus de la réalité, des faits dont ils savaient fort bien qu’ils ne l’étaient pas – ce qui est surtout bousculé, c’est la temporalité. Toutefois, cela laisse rêveur… Le but de Dorothy Bussy était bien plus d’écrire un roman court, qui soit dans la lignée de « La princesse de Clèves », « Adolphe », « La porte étroite », etc. Et elle ne cesse de répéter dans sa correspondance que sa relation d’amitié amoureuse envers Gide est présente de manière insoupçonnable dans son roman.

    Et dans sa correspondance avec Gide, D.B. ne mentionne jamais Marie Souvestre (mais bien un envoi de thé par Eleanor Roosevelt à qui Dorothy Bussy a enseigné) – ce qui indique qu’elle l’a connue personnellement. Une biographie d’Eleanor Roosevelt parue il y a un an ou deux, plutôt deux, parle d’Allenswood et de Marie Souvestre, mais pas des Strachey par contre.

    Ce qui est certain, c’est que Dorothy Bussy avait rédigé son manuscrit déjà avant la guerre, l’avait soumis à André Gide (qui était un ami du couple Simon Bussy et Dorothy), qui l’avait considéré assez distraitement et jamais proposé à l’édition. Ce n’est qu’après la guerre, qu’elle l’a fait lire à John Lehmann, qui l’a fait lire à ses collaborateurs d’édition, puis à Leonard Woolf et tous ont été enthousiastes. Gallimard a été écarté d’office comme éditeur, car peu enclin à éditer Dorothy Bussy, alors assez âgée, et c’est Stock qui en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, a lancé l’édition.

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