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Marie Souvestre 1835-1905

SOUVESTRE Marie british school vendu 80L juillet 2014

Marie Souvestre portrait anonyme mis en vente en 2014; école anglaise

 


Cet article est issu de celui que j’ai publié en 2005 dans la revue des Cahiers de l’Iroise et que j’avais intitulé à l’époque « Marie Souvestre, féministe et pédagogue » . J’avais également grandement participé à l’encyclopédie en ligne Wikipédia ce qui avait contribué à diffuser l’image d’une femme féministe. 
Après avoir poursuivi mes recherches pendant de nombreuses années, je ne dirais plus cela de Marie Souvestre qui eut certes une vie exceptionnelle mais dont les engagements pour les droits des femmes ne sont pas repérables. Son action s’inscrit plutôt dans la lignée des philanthropes du 19e mais ne peut être qualifiée de « féminisme ». Je me propose de mettre peu à peu sur ce blog ses amitiés et les correspondances trouvées en ligne en particulier avec son amie Jane Grant Strachey.

Dans le même sens, je ne pense pas que Marie Souvestre ait clamé haut et fort ses racines bretonnes. Certes elle était fière de son père mais  revendiquait avant tout d’être une intellectuelle parisienne et plusieurs propos de son entourage laisseraient plutôt percer de sa part un certain mépris pour la province et les provinciaux, Bretagne y compris. 

Les lettres de Marie Souvestre à Jane Grant Strachey  écrites en français sont  conservées à la London Metropolitan University, Bibliothèque des femmes qui a mis en ligne des résumés en anglais de chacun des courriers qui couvrent la période de 1870 à 1896.

Marie-Françoise Bastit-Lesourd 2005-2017   

Marie SOUVESTRE  Biographie succinte

Le 30 avril 1835, l’écrivain Emile Souvestre, alors en poste à Brest, vient déclarer la naissance de sa deuxième fille, Marie-Claire, née l’avant-veille. Sur l’acte signent deux témoins, l’un professeur de langues et l’autre un parent, Aimable-Auguste Pinchon, qui, s’il ne connaît pas de célébrité particulière de son vivant, sera l’ancêtre d’Yvonne Vendroux, l’épouse du général de Gaulle. Les familles Souvestre et Pinchon sont très liées à d’autres familles morlaisiennes comme Peyron, Beau, Andrieux.

Angélique Anne  Papot, sa mère, n’a aucun lien avec la Bretagne-Nord car ses parents sont de la région nantaise ou angevine. Comme nombre de bourgeois progressistes de l’époque, sa famille est très soucieuse des questions d’instruction. Son père puis son frère Alexis sont enseignants.

Quelques temps après la naissance de Marie, son père ayant de nouveau eu de graves problèmes de santé aggravés par le climat breton, la famille Souvestre part dans l’est, à Mulhouse où Emile prend un poste d’enseignant. Cette ville a connu un fort développement et « la Société industrielle de Mulhouse, composée de protestants, constitue de nombreux comités qui étendent leurs actions de la chimie aux beaux-arts, avec la création de tout un réseau d’écoles et de musées, dû à l’initiative d’industriels et de banquiers qui s’intéressent aux œuvres sociales » . Adah-Ana, la troisième fille naît le 27 juin 1836 .

La haute bourgeoisie protestante est en avance sur ce que nous pourrions nommer le féminisme et l’émancipation des femmes ainsi que l’éducation populaire. En effet, les épouses protestantes des familles dirigeantes prennent une place importante dans cette démarche philanthropique et « c’est un trait propre aux œuvres protestantes que la part active qu’y prennent les femmes. La Société biblique, celle des missions, les œuvres pour l’école, comportent toutes, soit un Comité des Dames, soit une Société des Dames, soit une Société auxilliaire de femmes. » Mais cet engagement dans la société n’est pas doublé de revendications féministes sur la place des femmes et Nanine Papot-Souvestre restera elle même dans la soumission à cette place d’épouse et de mère dans l’ombre de son époux tout en ayant ses activités propres.

Des propos maladroits d’Emile vont lui causer quelques désagréments relationnels . Il va alors quitter Mulhouse pour Paris et s’y fixer durablement. C’est donc là que Marie  grandit, dans le quartier du Château d’Eau.

Ses parents avaient un temps été attirés par la doctrine saint-simonienne qui, elle aussi, accorde à la femme un rôle important mais les femmes ne seront pas nombreuses qui, à l’instar d’ Eugénie Niboyet , protestante, s’engageront dans de réelles revendications féministes. Ces femmes dont Nanine, malgré tout attentives à un certain nombre de questions, créent et écrivent dans des revues féminines mais également des publications pour la jeunesse. Ces deux domaines connaissent un accroissement considérable avec la création d’une cinquantaine de titres et Nanine Papot-Souvestre y a sa place. C’est donc dans cette ambiance de femmes culturellement engagées mais pas forcément dans le militantisme que Marie grandit. Si nous faisons référence aux positions de sa mère, dans son roman,  Trois mois de vacances», il s’agit  d’éradiquer chez les enfants  tous les mauvais penchants développés au collège ou au pensionnat de filles. Nous pourrions avancer l’hypothèse que c’est elle qui s’est chargée de l’éducation de ses filles. Elle leur a enseigné l’anglais qu’elle même pratiquait couramment et si l’on considère le roman  Olivia, Marie s’exprimait également en allemand et en italien. La répartition traditionnelle des acquis scolaires réserve les sciences et les mathématiques aux garçons, la littérature et les langues aux filles. Si le titre de l’un des nombreux ouvrages d’Emile Souvestre peut faire croire qu’il vivait en philosophe reclus sous les toits, le cercle de ses amis était très étendu et la vie sociale et culturelle de la famille très dense. Nombre des connaissances des parents de Marie, qu’elles soient dans le domaine culturel, politique ou artistique, sont très concernées par tout ce qui touche à l’instruction.

Swanton-Belloc Louise par David d'Angers

Swanton-Belloc Louise médaillon par David d’Angers

Les Belloc sont des amis très proches, originaires de l’Ouest . Né à Nantes, Jean-Hilaire est plus âgé qu’Emile dont il fera le portrait conservé au musée des Beaux-Arts de Morlaix . Il est peintre et directeur de l’école de dessin qui débouche sur les arts décoratifs. Louise Swanton, son épouse, est une femme de lettres très active dans le mouvement de développement de la presse féminine. Elle participe à la création de plusieurs revues et sera l’une des rares femmes portraiturée par le sculpteur David d’Angers. Les trois enfants du couple, Louise, Adélaïde et Louis sont un peu plus âgés que les filles Souvestre. Elle est aussi traductrice.

 Louise Swanton-Belloc est la grande amie d’Adélaïde de Montgolfier qui écrit elle aussi. Toutes deux tiennent un salon où se retrouvent nombre de personnalités du monde artistique et littéraire. Les questions d’éducation et plus particulièrement de l’éducation des filles sont débattues dans ces assemblées.

  • Un autre couple est très présent dans la vie de la famille, Jules Michelet.
    Jules Michelet par Thomas Couture

    Jules Michelet par Thomas Couture

    (Il fut un temps précepteur des enfants Belloc) et sa seconde épouse Athénaïs Mialaret , beaucoup plus jeune que lui, est proche en âge de Marie. Lors des évènements de 1851, Souvestre recommandera à son ami de se rendre à Nantes où le frère de Nanine, Alexis Papot, l’aida à trouver un logement rue de la Haute Forêt mais les Michelet n’y restèrent qu’une année puis partirent pour l’Italie en juin 1853. Ces liens perdureront longtemps puisque Marie devenue adulte verra très souvent l’historien et son épouse et sera fidèle à ses conférences jusqu’au décès de celui-ci en 1874. L’année 1875 est aussi celle où l’épouse anglaise de Louis Belloc seul fils des Swanton Belloc, Elizabeth Rayner-Parkes, regagne l’Angleterre avec ses deux enfants juste après le décès de son époux. Elle avait été une ardente féministe mais devenue veuve, elle désengagera du militantisme.

Marie semble avoir eu un caractère peu facile et affirmé dès l’enfance et nous pouvons imaginer que les relations entre le père et la fille étaient complexes. Adah-Ana dit que Marie, comme leur père, était dure avec ses amies. Elle pouvait tenir des propos décapants et féroces, disant plus tard au sujet d’une de ses élèves plutôt lente, « j’aime les bêtes » ! Pourtant ce qui est le plus souvent retenu c’est son enthousiasme et son charisme.

Marie est âgée de 19 ans lors du décès d’Emile à Montmorency, où la famille louait un pavillon pour les loisirs. Ce serait elle qui serait partie à cheval quérir un médecin pour son père. Des années plus tard, le journaliste du Fureteur Breton invita Madame Souvestre-Beau à Montmorency pour tenter de retrouver les lieux mais sa mémoire resta vague. Noémi, l’aînée des trois filles, se marie en 1853, avec le collaborateur de son père, Eugène Lesbazeilles, et a une petite fille, Suzanne.

LEJEAN Guillaume Les Contemporains

Les amis de leur père, Guillaume Lejean et Charles Alexandre s’inquiètent du devenir des trois femmes mais notent que « Marie prend les choses en main » . Ils évoquent aussi les amies de Nanine, les « bas-bleus », du terme anglais blue- shocking, que l’écrivain ultra-conservateur Barbey d’Aurevilly avait utilisé dans un pamphlet très venimeux pour attaquer les femmes revendiquant leur place et des droits civiques et tout particulièrement Eugénie Niboyet. Nanine Papot-Souvestre  fréquentait donc ces femmes militantes et son époux fatigué depuis quelques années avait du mal à supporter l’activité de son épouse et s’en plaignait à ses correspondants.

Marie Souvestre et l’instruction des filles

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Marie Souvestre par Alfred Beau,  coll partic.

Dans sa jeunesse, Marie fréquente la bourgeoisie intellectuelle de gauche, les milieux anarcho-républicains et ceux qui se réclament de la « libre pensée », c’est à dire sont pour le libre développement des idées et de la conscience, la libération des femmes et la réforme de l’éducation.

Si nous en croyons le roman « Olivia », Marie ne possédait pas le « Brevet de capacité », diplôme donnant le droit d’exercer le métier d’institutrice. A cette époque, lorsqu’une femme du fait du décès de son père ou de son époux se trouvait privée de ressources, elle n’avait souvent pour solution que de devenir enseignante, comme ce fut le cas par exemple pour Henriette Renan, mais cette profession n’avait aucune reconnaissance et était très mal rémunérée. Il n’en est rien pour les dames Souvestre qui gardent une certaine aisance mais après quelques années où elle reste près de sa mère, Marie va cependant faire le choix de prendre son autonomie.

« Les Ruches » à Fontainebleau.

A la différence de nombre de femmes qui se sont tournées vers les classes populaires et la création de Salles d’asile, Marie Souvestre va viser les classes aisées et l’enseignement supérieur. Elle s’engage, avec l’appui du ministre de l’instruction le fouriériste Victor Duruy, dans la création d’une école à Fontainebleau, non loin de Paris et accessible par le train.

 En association avec Caroline Dussaut, sa compagne depuis 1859, Marie fonde une première maison d’éducation,  » Les Ruches  » à Fontainebleau puis à  Avon, 22 avenue du Chemin-de-Fer où elles font construire un pensionnat, long bâtiment en briques rouges entouré d’un parc,  pour y éduquer des jeunes filles “selon les libres usages anglais”. Elles furent rapidement surnommées “les abeilles”.  Elles y apprenaient la calligraphie, le dessin, le solfège, la composition et la poésie française mais  également l’allemand, l’anglais et  l’italien. Pour soutenir les deux directrices,  les sous-maîtresses et les membres du personnel étaient d’origine étrangère afin de développer la pratique des langues

.Some memories

photographie figurant dans l’opuscule publié après sa mort par une ancienne élève,

Some memories of Marie Souvestre.

Si nous en croyons l’ouvrage  Olivia, les fonds nécessaires auraient été apportés par Julie, alias Marie Souvestre, appuyée par des amis de ses parents. En effet au regard du contrat de mariage de sa jeune sœur Adah-Ana qui épouse Alfred Beau, l’artiste morlaisien en avril 1858 et apporte 13.892 francs de dot , cela s’avèrerait très insuffisant pour les superbes bâtiments de brique rouge au cœur d’un grand parc. Caroline Dussaut, alias Cara ou Lina, assurait la direction pédagogique. Les familles dirigeantes d’Europe vont donc y inscrire leurs filles pour qu’elles reçoivent un enseignement supérieur. En France, depuis Napoléon les lycées leurs sont totalement interdits et donc l’enseignement secondaire. La première qui passe le baccalauréat après maints combats, est une femme déjà institutrice, Julie-Victoire Daubié en 1865.

Aux Ruches, les jeunes filles sont environ trente-cinq et chacune est logée dans une petite chambre. Elles ont des cours de littérature, de langues mais également de musique et dessin. Leur sont aussi dispensés des cours de gymnastique suédoise. Marie Souvestre, admiratrice de Michelet, y assure les cours de littérature et d’histoire qu’elle assure le plus souvent dans la bibliothèque.

Marie Souvestre ex-libris source AFCEL répertoire GMN JL Réf. S0853

Ex-libris de Marie Souvestre

 Grande lectrice, elle avait également hérité des livres de son père et la bibliothèque est un lieu magique pour ses élèves. Plusieurs  jeunes filles sont devenues des femmes influentes du monde artistique ou politique dont l’une à travers un roman, Olivia , mais celui-ci est à considérer comme œuvre de création avec sa part de fiction. L’auteure est Dorothéa Strachey, née en 1866, fille de Jane Grant-Strachey, amie anglaise de Marie Souvestre et féministe engagée, mais une étude des dates et des événements du roman qui ont souvent été pris pour réalité révèle des écarts entre le personnage de Julie et la vie de Marie Souvestre.

La guerre franco-prussienne et la Commune de Paris

Lors de la guerre franco-prussienne, Marie se réfugie à Florence avec son amie Lina où elle rejoint ses amis Jules Michelet et sa jeune femme Athénaïs Mialaret

Michelet Mialaret Athénaïs Album Mariani 2nd vol Gallica - Copie

Athénaïs Michelet Mialaret  Album Mariani Gallica

et c’est dans cette ville qu’elle fait la connaissance de Jane Grant-Strachey dont elle devient proche.  De retour en France Marie réouvre le pensionnat qui connait une période de prospérité avec un grand nombre d’élèves  venues du monde entier.

 

 

 

 

 

 

 

Peu de temps avant leur mésentente les deux directrices font appel à l’architecte William Bouwens afin qu’il fasse les plans pour l’agrandissement de l’école. Bouwens travaille pour des gens fortunés dont plusieurs banquiers anciens saint-simoniens comme les Perreire. Il construit aussi l’Hôtel Cernucci pour abriter les collections du propriétaire.  Avec son épouse, il figure dans la liste des souscripteurs pour l’association des « Amis de Marie Souvestre ».

La rupture et l’installation en Angleterre

Les relations entre Marie et sa compagne se détériorent et Marie Souvestre prend la décision de quitter la France en 1883 et d’ouvrir un pensionnat à Allenswood dans la banlieue londonienne. Elle y accueille des jeunes filles de familles dirigeantes d’Europe et des Etats-Unis  dont celle qui deviendra la première dame américaine, Eléanore Roosevelt.

1880 correspond aussi à l’obligation par Jules Ferry de créer des établissements d’enseignement supérieur pour les jeunes filles et cette décision est peut-être à l’origine des « évènements » mentionnés dans cette même notice.

A Londres, elle retrouve son amie, Jane Strachey-Grant, mère de famille nombreuse mais aussi très engagée sur le plan politique. Supporter du vote féminin Jane Strachey fonde en 1866 la Women Local Government Society pour promouvoir les droits des femmes mais dans les courriers qu’elle échange avec Marie Souvestre nous ne trouvons pas trace de propos sur les droits des femmes et leurs opinions respectives sur ce sujet.

La famille Strachey vécut pendant quelques années en Indes et revint à Londres en 1879. L’année suivante naît Lytton qui se fera à travers le Bloomsburry Group, le défenseur de l’homosexualité masculine après la rigueur de l’époque victorienne.Très critique envers les femmes, il évoquera avec affection et admiration Marie Souvestre. Il eut l’occasion de la rencontrer à Allenswood où il allait régulièrement car ses sœurs y furent élèves ou enseignantes et il assistait aux cours de français. Cette période eut lieu avant ses neuf ans car avant cet âge, il eut un précepteur puis intégra une école.

Le roman Olivia paru anonyment fut en fait écrit par Dorothy Strachey qui fut élève à Avon puis enseignante à Allenswood où Marie Souvestre ouvre une nouvelle école à partir de 1882. Elle raconte les souvenirs d’une jeune fille dans un pensionnat, les amours « saphiques » et la rivalité entre les enseignantes. Les évènements dramatiques qui font le ressort de l’intrigue du roman, ont eu lieu dans la réalité en 1887, année où Catherine Dussaut, restée directrice des Ruches à Avon, décède de manière énigmatique d’une over-dose médicamenteuse. A la date de 1887, Marie dirigeait donc depuis plusieurs années le pensionnat d’Allenswood mais l’épisode de la rupture entre Cara et Julie et les nouvelles amours respectives de chacune des directrices s’est produit vers 1879/1880.

Le projet éducatif de Marie est l’autonomie des femmes.

Marie Souvestre est une pédagogue aux idées avancées sur certains points mais elle fait  régner dans son établissement une discipline de fer. Elle enseigne la littérature et l’histoire. « Un esprit sain dans un corps sain » était aussi l’esprit de l’école d’Allenswood où elle fait construire un gymnase. Le soir étaient organisées des  “causeries” afin d’ouvrir les intérêts des jeunes filles sur les questions contemporaines et les amener à se forger des opinions personnelles.

M.Souvestre Bibliothèque Allenswood

Marie Souvestre  image tirée du livre d’Emil Ludwig mais dont les costumes ne correspondent pas à l’époque où Eléanor Roosevelt fut élève.La photo daterait-elle alors juste l’arrivée de Marie à Londres en 1882?

 Eléanor Roosevelt à Allenswood

Marie Souvestre âgée, portrait envoyé à Eléanor Roosevelt. Franklin.D.Roosevelt Library, photo libre de droits.

Dorothéa Strachey est enseignante de littérature anglaise lors de la venue au pensionnat d’Allenswood entre 1898 et 1902, d’une autre élève qui aura un parcours célèbre, Eléanor Roosevelt et grâce à laquelle nous avons un autre aperçu de cette femme extraordinaire que fut Marie. Une grande affection va les réunir et Eléanor retournée aux Etats-Unis demande à son enseignante un portrait
qu’elle conservera sur son bureau, et elle sera fidèle toute sa vie aux préceptes de cette dernière. Ce portrait photographique est une reproduction du tableau mis en vente en 2014.

J’ai demandé  en 2005 à la bibliothèque Roosevelt de l’état de New York les correspondances conservées entre Marie Souvestre et Eléanor ainsi que ses bulletins scolaires et j’en reproduis ci-dessous quelques éléments:

  • Allenswood le 2 oct 1902, « Ma chère petite, je viens de remettre à votre tante Mme Robinson, le portrait que vous m’avez demandé»…..

Eleanor est une excellente élève et les appréciations de ses bulletins scolaires sont élogieuses.

  • Terme de septembre à décembre 1899 « Elle a le plus aimable caractère… »
  • de janvier à avril 1900 : « she is the most amiable girl I have even meet… M.Souvestre
  • de Mai à juillet 1900 en français : « travaille le français avec beaucoup d’intelligence et de goût et fait des progrès mais ne sait pas encore assez travailler personnellement ».
  • Septembre à décembre 1901 : »Digne de toutes louanges. Elle est consciencieuse affectueuse, pleine d’égards envers les autres….. » M.S mai à juillet 1902, “Elinor has had the most admirable influence in the school ……and personnaly I fel a dear friend…….” M.S.( L’écriture de Marie Souvestre est quelque fois désorganisée et peu lisible )

Son intelligence et son caractère ont séduit Marie Souvestre qui obtient de la grand-mère de la jeune fille l’autorisation de l’emmener en voyage en Europe.

Eléanor Roosevelt dans une interview  » Microphon Duet » rappelle le « côté libéral de Marie Souvestre, son enthousiasme à faire partager par les élèves ses convictions mais le respect, également, des positions différentes de la sienne » .

L’affaire Dreyfus

Lors du procès Dreyfus à Rennes en 1898, Marie est du parti des « dreyfusards » et en suit de très près le déroulement. C’est un breton de ses lointains parents, Alexis Ballot-Beaupré qui est magistrat à Rennes. Elle avait gardé des liens avec cette famille qui apparaîtra sur le faire-part de décès en 1905 . Opposée à la politique britannique lors de la guerre des Boërs, Marie Souvestre marque ouvertement ses convictions pro-boërs , bien que liée à plusieurs familles dirigeantes telles que Chamberlain. Mais en même temps, «elle accepte que les élèves anglaises manifestent leur joie devant le succès anglais en Afrique du sud tandis qu’elle-même se retire dans la bibliothèque avec les autres élèves, pour leur faire un exposé sur les droits des petites nations ».

Marie Souvestre voyage beaucoup, en France mais également en Italie où lors d’un séjour elle emmène Eléanor Roosevelt. Elle se rend aussi régulièrement en Suisse, pays où elle avait séjourné avec ses parents en 1852-53, et est à Genève et à Mont en Cuny l’été 1902, peu de temps après le départ d’Eléanor.

  • Genève, le 9 juillet 1902, Ma chère petite, ……….je suis heureuse de penser que ces 3 années d’un travail si soutenu et si productif de votre part ont aussi été un temps de joie et de repos pour vous et qu’ils seront au bout de votre adolescence et au début de votre jeunesse une période vers laquelle vous vous retournerez longtemps avec satisfaction et sérénité
Souvestre Marie Allenswood âgée site inconnu Pinterest

Marie Souvestre dernières années image Pinterest source inconnue 

Ce 2 mai 2017 j je trouve la source de cette image :

http://www.wimbledonsociety.org.uk/userfiles/file00532016_Essay_Second_Prize.pdf

Vous pourrez y voir également de nombreuses vues de l’établissement d’Allenswood.

Mon blog ne figure pas dans les sources et pourtant d’évidence il a été consulté.  

Les dernières années de Marie

Au début du XXème siècle, les femmes étant encore et pour plusieurs années, sous la tutelle de leurs époux, Marie Souvestre avait institué son beau-frère, Alfred Beau, époux d’Adah-Ana, son exécuteur testamentaire. Elle lègue ses biens à sa compagne Paolina Samaïa, enseignante d’italien à Allenswood, Mademoiselle Baïetto, dans le roman « Olivia ». et pour le reste fait différents legs à ses neveux. Sa sœur Noémi est décédée et Adah-Ana se rendra encore à Londres pour régler différentes affaires. Son testament conservé aux archives de Quimper en date du 29 septembre 1909 est rédigé à Allenswood, Wimbledon Park, London.Faire part décès Marie Souvestre mars 1905 (3)

Marie décède le 30 mars 1905, après une maladie de trois mois selon la notice nécrologique conservée à la bibliothèque E.Roosevelt mais en fait un cancer la rongeait depuis plusieurs années.

 

Le journaliste nous donne un aperçu de son caractère. « Son débit passionné, son sens de la vérité » évoquent un caractère entier et bien éloigné de l’image de Julie, la directrice du roman Olivia.. « sa masculine impatience laissait à penser qu’elle n’aimait pas les filles lentes », mais aussi son sens de l’amitié : « dans sa vie tourbillonnante, elle gardait du temps pour ses amis ». Marie avait conservé « un ardent et jaloux amour de sa patrie, mais l’Angleterre, était le pays des amis » .Puvis de Chavannes Virgile déd à Melle Souvestre
Ce même article nous renseigne sur les liens qu’elle eut au long de sa vie avec les milieux culturels et artistiques. « La bibliothèque d’Allenswood comportait aussi des sculptures et des œuvres, les travaux d’amis artistes tels que Rodin, Barbedienne, Puvis de Chavannes  et  d’autres encore».

 

 

 

 

 

 

Elle laisse une partie de sa fortune à sa dernière compagne, Paolina Samaïa, enseignante d’italien et fait des legs à ses petits-neveux descendants de ses deux soeurs, Noémi et Adah-Ana.

20130626 Immeuble M.Souvestre Paris passage Melun (3)

Marie Souvestre médaillon figurant sur l’immeuble impasse de Melun photo M-F B 2011

Par testament, elle fait des legs pour le bien-être des travailleuses montrant ainsi son souci des questions sociales ceci dans la continuité de la pensée et des actions de ses parents qui avaient été influencés par les doctrines de Saint-Simon et de Fourier.

En 1906, une « Fondation Marie Souvestre » est créée à Paris, impasse de Melun ainsi qu’un « Prix Marie Souvestre » est instauré à Londres et attribué à une femme remarquable pour ses actions.

Maison ouvrière Marie Souvestre invitation à l'inauguration par Paolina Samaïa

UNE INAUGURATION

  • La Société philanthropique a fait hier une bonne action et ajouté un bon exemple à tous ceux qu’elle a déjà donnés. Nous avons décrit l’œuvre si originale des « logements-ateliers » qu’elle vient d’instalier, au coin de la rue d’Allemagne et du passage de Melun, dans l’immeuble nouveau que lui permit d’édifier, l’année dernière, une importante donation. L’oeuvre a été inaugurée dans l’après-midi d’hier, en présence d’une assistance où s’empressaient les plus notoires collaborateurs et de nombreux amis de la Société. Parmi eux
  • Le prince A. d’Arenberg, président de la Société le comte d’Haussouville et M. Alexandre Ribot, de l’Académie française; Mme A. Ribot M. Georges Picot, de l’Académie des sciences morales et politiques le comte de Choiseul, le baron de Boucheporn, M. W. Chabrol, Mme Guillaume Beer, M. Eugène Marbeau, le docteur Boutarel; M. Bernard Beau, neveu, et Mme A. Beau, sœur de la donatrice M. David Canon, Mlle Samaia, Mmes Chamberlain, Laffitte, J. Toussaint, Marcilly, Lejeune, Florence E. Boyec, Debenham M. Bouvens van der Boyen, etc. Une tente avait été dressée dans la cour d’entrée de l’immeuble, au fronton duquel est sculpté le médaillon de Mlle Marie Souvestre. A deux heures, les invités de la Société s’y trouvent réunis. M. Georges Picot prend le premier la parole,
  • L’éminent orateur rappelle l’enquête poursuivie il y deux ans par la commission des habitations économiques, qu’il préside. C’est de cette enquête (nous l’indiquions hier) qu’est sortie l’idée de l’expérience d’aujourd’hui. A Lyon et surtout à Saint-Etienne, on avait vu des milliers de tisseurs et de rubaniers ayant, tout à côté de leur habitation, un atelier où ils travaillaient en famille, à l’aide d’un métier mû par la force électrique. On constatait, d’autre part, que la petite industrie occupait à Paris des milliers d’ateliers étroits, mal éclairés, d’un prix élevé et éloignés du logement de famille.
  • Fidèle à sa mission, la Société philanthropique était en présence d’un besoin nouveau à satisfaire, d’une habitation à créer. Par une admirable rencontre, un don manuel d’une importance exceptionnelle lui a procuré le moyen de réaliser ses projets. 50 logements et 50 ateliers, avec moteurs électriques permettent d’offrir aux ouvriers de Paris l’habitation la plus favorable à leur travail, la plus hygiénique, et pour tout dire d’un mot l’atelier de famille.
  • Ce « don manuel », fait au nom de Mlle Marie Souvestre à la Société par Mlle Samaia, est donc un des plus utiles, un des plus opportuns qu’elle ait reçus. En une éloquente allocution, le prince A. d’Arenberg remercie la donatrice, explique à quels besoins répond l’expérience qui va être commencée grâce à elle, et quel intérêt social considérable s’attache au succès d’un tel exemple. La petite industrie parisienne est gênée dans son essor .dans sa santé matérielle et morale, pourrait-on-dire par les conditions mauvaises de ses installations. Que l’initiative d’aujourd’hui trouve des imitateurs et la voilà transformée; M. Ribot parle à son tour, et l’improvisation de l’éloquent orateur n’est pas moins chaleureusement applaudie que les précédentes. Nous disions hier que Mlle Marie Souvestre avait partagé entre la France et l’Angleterre sa carrière d’éducatrice. Ainsi s’explique la présence d’amis nombreux venus de l’autre côté de la Manche pour s’associer à la manifestation d’aujourd’hui.
  • Et ainsi s’atteste, ajoute A. Ribot, la puissance des souvenirs que Mlle Souvestre a laissés dans le cœur de tous ceux qui ont éprouvé son action bienfaisante et goûté le charme de l’originalité souvent hardie de son esprit.
  • Elle a voulu que la plus grande partie de sa fortune fût attribuée à des œuvres d’utilité sociale. Mlle Samaia, confidente de sa pensée, n’a pas cru pouvoir mieux se conformer à ses instructions qu’en donnant à la Société philanthropique les moyens de réaliser l’idée, conçue par M. Picot, de mettre à la disposition des ouvriers de la petite industrie tout ensemble des logements sains d’un prix peu élevé et des ateliers de famille pourvus de la force motrice par l’électricité.
  • C’est là, conclut M. Ribot, un des exemples les plus intéressants qui pouvaient être proposés à l’émulation des philanthropes, de tous ceux dont le rêve est de contribuer à « accroître le bien-être et la dignité des ouvriers, et maintenir parmi eux l’unité de la famille ».
  • La Fondation Marie Souvestre est mieux qu’une manifestation de philanthropie elle est « un gage, donné aux travailleurs, de l’esprit de solidarité qui, en dépit de certaines apparences, unit entre eux les divers éléments de notre société ».
  • L’inauguration s’est terminée par une visite des locaux. Nous avons dit que douze familles y sont déjà installées. Trente-six places sont encore à prendre Les candidats ne manqueront pas. Em. B.

 Le Figaro 

 L’école d’Allenswood a perduré plusieurs années, d’abord sous la co-direction de Paolina Samaia et Adah Souvestre -Beau soutenues par une équipe au nombre de laquelle nous retenons les noms de la principale miss Florence Boyce, collaboratrice de Marie Souvestre et sa compagne pendant plus de 20 ans, de mesdames Jeanne Dozats et Margaret Morison.

Jeanne Dozat est dite nièce de Marie Souvestre mais les renseignements généalogiques en ma possession ne me permettent pas de relever la lignée.  Jeanne a un frère enseignant qui recherche un poste pour les vacances d’été.

Allenswood Wimbledon park Paton's list of schoolsAllenswood paton's list of schools

 

Dans un second temps plus tardif l’école fut transférée dans le Surrey à Benfleet hall.   

école M.Souvestre

 

 

Courriers de Marie Souvestre à Jane Grant Strachey

http://www.nationalarchives.gov.uk/A2A/records.aspx?cat=106-927&cid=7#7 http://www.lse.ac.uk/contact/Home.aspx Women’s Library @ LSE. GB 106 7JMS/ 02 – Papers of Jane Maria Strachey, correspondance of Jane Maria Strachey Le contenu de ce catalogue sont la propriété de la London Metropolitan University, Bibliothèque des femmes aujourd’hui installée dans la LSE Houghton Street London WC2A 2AE UK Droits de l’ accès aux archives base de données sont la propriété de la Couronne, © 2001-2012

Des portraits de la famille Strachey

peuvent être consultés sur le site Photographs Album details for shelfmark MSS Eur F127/107

Strachey Collection: Miscellaneous portraits of members of the Grant family.

 

Letters from Ethel Chamberlain to Neville Chamberlain  http://calmview.bham.ac.uk/Record.aspx
Extent 127 items
Date 1891-1897
Description Letters from Ethel Chamberlain to Neville Chamberlain 10 May 1891 to 27 January 1897.

Includes letters relating to Ethel Chamberlain’s schooldays at Marie Souvestre’s boarding school ‘Allenswood’ in Wimbledon, London.

3 commentaires sur “Marie Souvestre 1835-1905

  1. Je voudrais savoir un peu plus sur le personalité de làutre directrice a les Ruches, melle c.Dussault—si elle ressemble a melle Clara, dans le livre « Olivia »…ou non. Et comment fut sa morte?,suicide ou est-ce quélle et tué ..par la prof.Allemande….

    • Bonjour,
      Je n’ai que peu de renseignements sur la biographie de Caroline Dussault.
      Les courriers que Marie Souvestre et Caroline ou Lina adressent à Jane Grant Strachey montrent que Caroline Dussault est très souvent malade et souffre beaucoup. Marie croit même une fois qu’elle ne survivra pas à la pneumonie.
      Je pense que Caroline usait comme à l’époque de produits opiacés pour soulager ses souffrances et qu’elle serait morte d’une surdose.
      Je ne sais rien de la personnalité de l’enseignante d’allemand mais je n’ai rien lu sur un geste meurtrier de sa part.
      Le prénom de Marie Souvestre est Marie Claire et dans le roman elle est mademoiselle Julie.
      M-F Bastit

  2. J’ai écrit un commentaire ou l’autre (mais je me rends compte que je me suis trompée d’adresse e-mail). Moi aussi, la personnalité de Caroline Dussault m’intrigue, si on se réfère au roman d’Olivia, elle souffre de migraine – c’est déjà suffisant pour en faire une personne physiquement et moralement fragile et si les seuls médicaments (avant l’aspirine ou plutôt l’acide acétyl-salycilique) sont des dérivés opiacés, cela entraîne une dépendance (et de nouveaux maux de tête)… Sans compter les maladies difficilement « soignables », faute d’anti-biotiques ou de vaccins.

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