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Prosper Saint-Germain 1804-1875




P StGermain litho mariage breton

 Artiste peintre et grand ami d’Emile Souvestre,

article paru dans la revue Les Cahiers de l’Iroise, n° 204, Janvier-Juin 2006  

et enrichi régulièrement de nouvelles données.

Marie-Françoise Bastit-Lesourd, 2001- février 2017

 L’ouvrage de Bénézit différencie deux artistes, Prosper St Germain né à Brest élève de Leloir qui expose au salon en 1841 et 1850 et Jean-Baptiste Prosper St Germain, élève d’Alexandre Colin qui débuta au salon en 1863 et fut primé en 1867 pour une « Fête villageoise », aquarelle plus traits de plume.

Il s’agit en réalité d’un seul et même artiste, Jean-Baptiste Prosper MARIE dit Saint GERMAIN, né à Paris, le 4 messidor an 12.

acte naissance P.St.Germain

Biographie

Ses parents  résidaient à Paris avant de venir s’installer à Morlaix où son père a trouvé un travail à la Manufacture des Tabacs. Dans la capitale il exerçait le métier de marchand-tapissier et la famille Marie comportait nombre de tapissiers et de passementiers. Depuis Colbert quatre manufactures florissaient, au Louvre, dans le  faubourg St Honoré, à La Trinité et au faubourg Saint Germain d’où vraisemblablement  était issue cette famille. La fabrication des tapis de haute-lisse nécessitait un pré-travail de dessins ou cartons qui étaient effectués par des artistes réputés. Le grand-père, Gabriel Marie, maître-tapissier, est l’époux de Françoise Challe  et donc a noué des alliances avec les Challe[1] ou Schaal  peintres du Roi, eux-mêmes alliés à Boucher ou Nattier ainsi que plus tard à Colin. C’est donc du côté paternel de Prosper, un milieu d’artistes très proches du pouvoir.

Avec la révolution, les manufactures de tapisseries ont décliné alors que celles liées au tabac étaient en expansion. De même, avec l’évolution de la mode, les passementiers ont vu chuter la production de rubans. C’est sans doute cette raison qui a fait venir  Philippe Marie s’établir en Bretagne avec son fils et sa fille en 1804 mais peut-être est-ce en lien avec des évènements familiaux car c’est également l’année du décès de Gabriel Marie, alors rentier à Saint Germain en Laye[2].

Philippe Marie décède en mars 1813 à Morlaix et Prosper est donc orphelin  à l’âge de neuf ans. Sa mère, Thérèse Plaideau, ne retourne pas vivre à Paris et reste en Bretagne.

Emile Souvestre et Prosper ont presque le même âge et vont nouer une amitié qui traversera les années et perdurera après le décès de l’écrivain en 1854, avec sa veuve et ses filles. Les deux garçons reçoivent une scolarité à Morlaix et St Pol de Léon puis Emile part à Pontivy en 1818[3].  De cette époque de la jeunesse de Prosper, un dessin du conteur aveugle[4] et de sa maison près de la rivière au trait encore gauche et malhabile. Aux archives de Quimper, conservé dans « l’Album breton »[5], des « Mendiants du Finistère un jour de tournée » sont signés des initiales P.S.G  d’un graphisme très scolaire.

 

COLIN Alexandre, autoportrait

COLIN Alexandre, autoportrait

Prosper  fait des études artistiques.

Il est dit, suivant le dossier conservé aux archives de la Marine[6], avoir été l’élève  du peintre Alexandre Colin, né en 1798, et qui est en fait son cousin germain et lui-même apparenté à Leloir[7] dont il est fait mention comme ayant été l’autre maître de Prosper. La comparaison entre le seul tableau à l’huile de St Germain à ce jour répertorié et conservé au Vieux Musée de Laval, « Noce en Basse-Bretagne»[8], montre de grandes similitudes avec le style d’A. Colin, visages lisses et conventionnels comme par exemple dans son tableau « Couple de paysans italiens » daté de 1867.  La scène est traitée sans aucun souci de réalisme documentaire et dénote une formation très classique avec un souci de recherche esthétique.

Les amitiés de jeunesse

Les deux jeunes morlaisiens sont toujours en relation et Emile retrouvera Prosper Saint Germain durant ses années parisiennes. Plus tard c’est ce dernier qui  visitera son ami à Nantes où Emile est installé tout d’abord de 1830 à 1833. Emile  travaille dans un premier temps chez le libraire Camille Mellinet et il fréquente les jeunes bourgeois républicains aux idées nouvelles sur l’engagement social et culturel organisés autour de la personnalité de Mellinet. Prosper Saint Germain fera le portrait de l’imprimeur nantais, lithographe comme lui, portrait mentionné dans le répertoire de personnalités bretonnes de Granges de Surgères[9] et dont une reproduction se trouve à la médiathèque de Nantes.

Mellinet Camille portrait détail par P. St Germain 1836

Emile Souvestre a pour ami Ange Guépin, cela est connu, mais également d’autres jeunes gens originaires de Morlaix  ou rencontrés au cours de ses études qui sont issus de la moyenne bourgeoisie, Aristide et Prosper Andrieux, (fils du négociant-papetier morlaisien François-Marie Andrieux, grand ami de Thomas Dobrée), Adolphe Billault, collégien à St Pol de Léon puis lycéen à Rennes avec Aristide Andrieux et ensuite étudiant en Droit avec Emile.

Pour  plusieurs[10], ils furent saint-simoniens mais le répertoire des saint simoniens[11] ne fait pas mention des patronymes Marie ni  St Germain.

Si nous partons du postulat, « les amis de mes amis sont mes amis », le cercle des connaissances d’Emile Souvestre sera donc pour une part celui de Prosper St Germain. La correspondance échangée entre le morlaisien Charles Alexandre et Guillaume Le Jean témoigne de ces liens communs mais d’autres ouvrages renforcent cette idée. Nous relèverons tout particulièrement le nom de Guieysse Pierre-Eugène, également saint simonien, qui est dit dans un article sur « Les Guieysse, une famille lorientaise »[12], « proche parent d’Ange Guépin » mais ce ne sera que plus tard à la maturité. Il est commissaire général de la marine d’abord à Lorient puis à Brest. Son fils Eugène Louis Marie naît dans cette ville le 5 février 1835. E.Souvestre, son ancien condisciple de Pontivy y réside à la même époque et, Marie, sa seconde fille y naît en fin avril. Outre son activité professionnelle, Eugène Guieysse est artiste peintre et illustrateur de talent. Tout ceci contribue à l’implantation de Prosper dans le milieu parisien des illustrateurs.

La consultation des fichiers de la bibliothèque  de l’Arsenal à Paris (Salle Doucet, illustrateurs) qui conserve les archives des St Simoniens mais également 100 000 estampes ne fait apparaître ni le patronyme St Germain ni celui de Marie.[13]

Emile Souvestre se marie une première fois en 1830 avec une lointaine parente, Cécile Ballot-Beaupré, mais elle décède peu de temps après avoir mis au monde un petit garçon qui ne vit que quelques semaines. Il se remarie rapidement avec une jeune femme de son âge, Anne Papot mais le nom de Prosper n’apparaît sur aucun des deux actes et nous pouvons supposer qu’il n’est pas auprès de son ami dans ces années-là.

A ce jour, il n’est pas identifié de représentation de l’écrivain ou de sa famille par Prosper St Germain, mis à part le portrait d’Adah-Ana dont il est fait mention par guillaume Le Jean et dont la trace est perdue.

Nous ne connaissons pas non plus de portrait de P. St Germain lui-même.

Saint Germain Prosper autoportrait possible -litho-mariage-breton

S’agirait-il à la manière des peintres de la Renaissance d’un auto-portrait de l’artiste inclus dans un tableau? Visuellement ce personnage est la figure centrale de la lithographie.  

Prosper Saint Germain et Morlaix

Prosper Saint Germain restera toujours attaché à Morlaix où sa mère vit jusqu’en 1845 et où sa sœur aînée, Louise a fondé une famille avec Louis-Marie Le Pichon, enseignant.

  • Le 13 novembre 1824, mariage de Louise Thérèse Françoise MARIE SAINT-GERMAIN née le 22 vendémiaire an 10 à Paris avec Pierre Louis Le PICHON né le 3 messidor an 5 à Morlaix instituteur veuf de Marie Thérèse Legez décédée le 5 avril 1822; fils d’Olivier instituteur public et de Marie LOZACH tous deux décédés.  Les témoins sont Ange Prosper Le Pichon instituteur 22 ans, frère ; Jean Louis Le Jeune, commis, 45 ans; François Petit de Grainville, 39 ans, lieutenant et François Tranchovant, instituteur, 38 ans. 

Ils ont trois filles nées en 1825, 1826 et 1828.

Le « Journal de Morlaix » de 1836 donne aux morlaisiens des nouvelles de cet artiste et dans le N° 47, les informe qu’il expose au Salon plusieurs œuvres : – Une aquarelle : Paysan dévoré par la maladie, position désespérée de sa jeune femme derrière lui. – Une aquarelle gouachée, Cromwell – Croquis de Bretagne. Mais qu’en 1838, Mr Saint Germain, ami et compatriote de Souvestre, n’a rien exposé.

1839, Invention de la photographie.

P.St Germain, breton

Plus tard, en 1839, « la Feuille d’Annonces de Morlaix »[15] communique à ses lecteurs que « Mr St Germain installe un cours de dessin à dater du 10 juin prochain pour les jeunes personnes dans l’institution de Mme Le Pichon, rue St Melaine, et pour les jeunes gens, Grand Venelle N°5 ». Sa sœur Louise qui est  l’épouse d’un instituteur enseigne donc également aux jeunes filles de la ville.

Alfred Beau a 10 ans et son frère aîné, Léopold, aquarelliste, lithographe, l’a sûrement guidé dans ses premiers pas mais il vit à Lesneven où il enseigne le dessin. Alfred a donc  bénéficié de l’enseignement de P St Germain et perfectionné sa pratique auprès de lui.

En 1839, le 15 juin, « L’Echo de Morlaix » propose à ses lecteurs une « Vue du portail de l’église St Melaine, dessinée sur pierre par Mr Saint Germain et impression sur papier Jésus en supplément ».

En février 1842, la librairie Guilmer, met en vente des « Souvenirs de Bretagne », scènes intimes  dessinées d’après nature et lithographiées à plusieurs teintes par St Germain, publiés à Paris par Jeannin.

La machine à daguerréotyper n’a pas remplacé l’art de lithographier et Prosper St Germain pratique également la photographie comme nombre de ses contemporains. La gravure sur bois garde toute sa place dans l’illustration des revues jusque dans les années 1870 où se répand la technique du report photographique sur bois qui va atteler les métiers de la xylographie au fac-similé photographique[16].

Par ailleurs la présence d’artistes renommés dans la région morlaisienne serait peut-être à mettre en lien avec Prosper Saint Germain. En effet, Alexandre Colin, « petit maître du romantisme » chez lequel Prosper reçut une formation,  est ami de Delacroix et a effectué en compagnie de ce dernier, en 1825, un voyage à Londres avec les aquarellistes Bonnington et William Wild. Nous retrouvons trace de séjours de ces artistes à plusieurs reprises dans le pays de Morlaix en particulier autour de 1850 pour Wild.

Le « Journal de Morlaix » N°47 de 1836 dans sa rubrique « Visite au Salon » présente deux autres artistes connus des morlaisiens, Mayer et Gilbert, « habiles peintres de marines mais trop de genre de batailles navales ». Gilbert est enseignant à Brest à l’Ecole de la Marine de Porstein qui forme les équipages de ligne. Il est ami d’Eugène Isabey depuis la campagne d’Algérie en 1830 et ce dernier visite la Bretagne à plusieurs reprises notamment vers 1850.

Prosper Saint Germain, illustrateur

Dessinateur accompli, il illustre de nombreux ouvrages pour son ami Souvestre mais également pour d’autres écrivains : En 1841, il illustre « La Bretagne pittoresque », avec des paysages ou des personnages. – « Un puits dans les sables du Bourg de Batz », non loin de Piriac (44) où Emile se rend régulièrement en vacances avec les siens. – «Le cloarec» , «Un repas de noce», «Costumes de Cornouailles» ou «Scènes de pardons et pèlerinages».

En 1844, Prosper St Germain et Adolphe Rouargue[18] illustrent « La Bretagne » de Jules Janin.

Les différentes illustrations nous montrent la diversité des genres abordés par P.St Germain qui vont des paysages aux sujets historiques et bien sûr au folklorisme documentaire fort prisé à cette époque.



P.St Germain, druides

L’illustration d’ouvrages n’est pas un métier en soi et est liée aux gens de lettres mais également à la presse qui est grande consommatrice d’images. Les appellations nouvelles de  » journaliste » et d’  » illustrateur » vont s’imposer à cette époque du milieu XIXème en lien avec la formidable expansion de la presse écrite.

En 1845-46, Prosper Saint Germain collabore à la revue de son ami,  La Mosaïque de l’Ouest et en est le directeur artistique[19], pour le premier numéro. L’exemplaire, consulté à la bibliothèque d’Etudes de Brest[20], comporte un grand nombre d’illustrations de P.St Germain mais également d’autres artistes originaires de Bretagne et amis de Souvestre : Jules de Jaëgher et O. Penguilly L’Haridon[21].

Ces dessins nous donnent aussi une idée des déplacements de ces artistes qui croquent différents paysages de l’Ouest, de la Normandie ou de Paris.

P.S.G dessine pour ce numéro, une vue générale de Caen, les usines royales d’Indret, les jardins de l’Abbaye de Pont Levoy, St Sauveur de Blois, le château d’Ouzain ou encore une vue de la Trappe de Mortagne. Il dessine également des personnages, études de mœurs.

Bretonnes portraits par P.St Germain

Par contre, son nom disparaît du numéro suivant alors qu’il est présent par de très nombreuses illustrations.

En 1847, selon Mme D.Delouche paraît une série de grandes lithographies de Morlaix à partir de dessins de St Germain. Il est aussi co-auteur avec son cousin Alexandre Colin d’une lithographie sur les personnages de légendes bretonnes, elfes, korrigans et autres créatures imaginaires qui fleurissent dans les contes bretons, visible aux Champs libres, la médiathèque de Rennes.

Prosper St Germain participe aussi à d’autres revues telle L’Illustration fondée en 1843 par Paulin[23] et ceci dès le premier exemplaire, pour toute une série de vues des différents opéras parisiens[24]et d’autres illustrations. Ce journal se veut, avant tout, traiter de l’actualité avec le support de l’image et ne pas affirmer ouvertement d’orientation politique marquée. Charton, le grand ami de Souvestre, en est l’initiateur et le rédacteur en chef pour la première année. Le réseau St Simonien est à l’œuvre pour l’embauche de P.St Germain.

Dans le tome II, il propose une vignette sur un « Simulacre de combat naval dans la rade de Brest » et encore une «scène de magnétisme dans l’opéra comique de Cagliostro ». Il est aux côtés d’autres artistes plus connus, Johannot, Bertall[25], Andrew, Best et Leloir, ces trois derniers lithographes et graveurs souvent réunis sous le sigle ABL.BREST par Jules Noël

1843, est également l’année de l’invention d’un outil de base pour le monde journalistique et littéraire, la machine à écrire.

Sa collaboration se poursuit avec, dans le tome IV de 1845, le portrait d’un de ses camarades morlaisiens, A.Billault qui poursuit une brillante carrière politique mais ce dernier, bien que républicain, ne s’associait pas aux rêves du socialisme sur le mode « des philosophes et penseurs qui refont la société commodément sur le papier de leur cabinet »[26], visant sans doute d’anciens condisciples comme E.Souvestre. Il refusa de prendre part à la campagne des Banquets.

1848-49. C’est la période où son ami Souvestre a tenté de se faire élire député de Morlaix et échoué dans sa tentative, ce qui, selon sa fille Adah-Ana dans « Les causeries du 19e [27]» publiées tardivement, affecta durement son père. Autour de l’écrivain gravite, selon Prosper Levot[28] dans le long article qu’il lui consacre, « un groupe d’amis choisis, Edouard Charton, Charles Lemonnier, le poète Boulay-Paty, les peintres Laemlein, Belloc et St Germain, le pasteur Monod, le docteur Guépin, le naturaliste Rouault, cercle d’hommes distingués qui venaient se délasser une fois par semaine auprès de l’un des causeurs les plus fins et les plus bienveillants. ».

Prosper St Germain est aussi mentionné dans les conclusions de « La Bretagne ancienne et moderne » de Pitre-Chevallier : « nos peintres et nos sculpteurs MM. Penguilly, Mayer, Jugelet, St Germain, Blondel, Suc, Ménard etc 

Il faudrait ajouter dans les connaissances, sinon les amis de St Germain, d’autres illustrateurs croisés sur des projets communs: Adolphe Leleux et encore Tony Johannot qui travaillent comme lui à l’illustration de l’ouvrage de Souvestre,  Les merveilles de la nuit de Noël  ou celui de Pitre-Chevallier.

Prosper Saint-Germain a parcouru la Bretagne et séjourné à Camaret où il retrouvait un de ses cousin germains, Toudouze chez lequel il croisait Eugène Boudin, Léon Couturier, Sahib. (Les Cahiers de l’Iroise, 1960, juillet-septembre, G-G. Toudouze: « Une amie des peintres, madame Rosalie Dorso de Camaret ». p.153.

Pourtant présent dans les mêmes revues aux côtés d’artistes qui ont conquis une notoriété St Germain restera un inconnu du grand public et son nom n’a pas traversé les années.

Mes recherches dans les différents dictionnaires d’artistes et l’interrogation de Mr Pierre-Lin Règnier qui a en charge le «fonds Goupil »[29] à Bordeaux ne mentionnent pas cet artiste, pourtant il a eu une production importante et au milieu des centaines d’illustrateurs de cette période, il est de ceux qui ont été distingués par la Légion d’Honneur qu’il obtint en 1865[30].

 En 1854, le décès de l’écrivain met fin à une grande amitié et collaboration mais Prosper garde des liens très forts avec les dames Souvestre puisque les filles d’Emile seront présentes lors de sa fin de vie[31]. La famille de Souvestre resta proche des Charton et du couple Michelet et P.St Germain poursuivra également la fréquentation de Charton, éditeur du « Magasin pittoresque ».

Professeur de dessin à l’école de la marine de Brest

Brest, le château

 L’illustration n’est pas un réel métier et est aléatoire. Une illustration se négocie suivant sa taille, sa place, le fait que l’artiste grave ou non lui-même et pour finir, sa notoriété. Prosper St Germain qui signe PSG, ne gravait pas lui-même car est accolé à ses productions, « x del[32] » suivant les graveurs. Sa rémunération pourrait s’estimer entre 10 et 50 francs le dessin par comparaison avec celles d’artistes dont les noms sont plus connus tel Bertall[33].

Ses revenus, (tout comme ceux de Jules de Jaëgher[34]) sont donc irréguliers et sans doute insuffisants, alors Prosper postule pour se faire embaucher comme enseignant à l’école de la Marine à Brest. Ce sera chose faite le 1er octobre  1851, à titre provisoire. Il est titularisé l’année suivante, le 4 septembre 1852 comme professeur de dessin de 4ème classe.

Guillaume Lejean et Charles Alexandre[35], amis de Souvestre, dans leurs courriers mentionnent  ces deux artistes. Jules qui a obtenu son poste de professeur de dessin au lycée de Brest voit sa rémunération baissée et pour subsister, il  retouche des photographies. Pour Prosper Saint Germain, les deux amis relèvent sa nomination sur influence de Ch Alexandre comme enseignant à l’école de la marine à Brest et son embarquement sur le navire-école le « Borda ».

P.St Germain professeur de dessin sur le Borda, appréciations

Nombre de connaissances ou amis étaient employés dans la marine. C’est le cas du frère de Prosper Levot, du père de Julia Mancel-Pinchon, d’Eugène Guieyesse, d’Octave Penguilly L’Haridon. Ce milieu avait été un ferment tout d’abord pour la franc-maçonnerie puis, dans les années 1830, pour la diffusion du saint-simonisme.

La photographie tient une grande place dans la pratique de l’illustration des revues

et dans les liens de Prosper St Germain avec cet art, nous noterons la présence à Brest entre 1849 à 1852 d’un photographe qui connaîtra dans les années suivantes une très grande notoriété, Eugène Disdéri. Il a ouvert un atelier au 42 de la rue du Château[38] à quelques maisons du logement de Prosper. Son épouse, Geneviève-Elizabeth Francart, pratique aussi la photographie et est connue pour ses vues prises en extérieur[39] alors qu’à cette époque cette pratique demandait de la force vu la lourdeur du matériel qui devait être transporté en carriole. En 1852, le couple Disdéri et un autre artiste, le peintre Diosse vont présenter aux brestois un projet gigantesque, un diorama[40] de 110m de long mais ce sera un gouffre financier et Eugène Disdéri quitte la ville. Par contre, son épouse demeure encore quelques années à Brest et elle est très proche d’un collègue de Prosper St Germain, Eugène Collet-Corbinière, passionné lui aussi de photographie.

Avec le peintre Mayer, Saint-Germain participe  en 1855 à un ouvrage en collaboration avec madame Disdéri, ouvrage qui mêle dessins et photographies de vues de Bretagne.

1850-52, débuts de la photographie sur négatif papier.

1854, Disdéri lance la  photographie « carte de visite » qui va participer à l’essor de cette nouvelle pratique, perçue rapidement comme une menace pour les  Beaux-Arts par sa capacité de reproduction aisément accessible à un grand nombre.

En 1855, P.St G navigue  en Manche indique G.Lejean.

Un long article dans  L’Illustration, T.8 de 1846, avait présenté la vie sur le navire-école le BORDA et mentionné que les professeurs ne vivent pas à bord et sont logés dans l’entrepont. La grande chambre sert de salle à manger et de salle de réunion pour tous les membres de l’état-major du vaisseau. Les élèves arrivent la première semaine d’octobre et sont organisés en pelotons de 12 élèves. Ils sont réveillés le matin à 5 heures par la battue de la diane. Ils ont 3 récréations dans la journée et inspection tous les dimanches.

Vers 1855, la couleur supplante le noir et blanc en lithographie.

Le géographe Guillaume Lejean est plutôt critique sur le talent de l’artiste à propos d’un portait d’Adah-Ana, la plus jeune fille d’Emile Souvestre, dont « les yeux seuls seraient ressemblants » portrait qui fut effectué lors d’un séjour de la jeune fille à Brest, chez sa tante Eugénie-Aimée Pinchon, épouse de Jules-Jean Feillet qui l’accueillit quelques temps après le décès de son père. En 1857, la fille de Souvestre va rencontrer chez une autre cousine Pinchon, Angélina, l’épouse du papetier Aristide Andrieux, celui qui va devenir son mari, Alfred Beau.

Au Salon de 1859, la photographie bénéficie pour la première fois d’un espace d’exposition attenant à celui de la peinture.

Le 16 août 1860, Prosper St Germain est nommé Professeur de 1ère classe et  cinq ans plus tard, le 11 août 1865, est fait Chevalier de la Légion d’Honneur. Le dossier de P.St Germain est élogieux, tant sur le plan de ses qualités d’enseignant que sur son caractère aimable.

La bibliothèque de la « Maison de Balzac » à Paris comporte un très grand nombre de journaux du XIXème  et des données sur les différents illustrateurs qui œuvrèrent à cette époque mais rien sur Prosper St Germain.

Prosper Saint-Germain est témoin pour le remariage à Paris de son cousin Alexandre Colin dont la première épouse Marie Juhel, artiste peintre également était décédée pendant leur séjour à Nîmes où Colin était directeur de l’école de dessin.

Saint-Germain est fait Chevalier de la Légion d’Honneur.

Atteint de troubles nerveux il fait une cure dans les Pyrénées organisée par la Marine qui envoie les marins soigner les maladies vénériennes contractées. Il est ensuite frappé d’hémiplégie et ne peut plus assurer son enseignement mais doit être présent alors il se fait porter à bord. Ses incapacités physiques portent préjudice aux élèves mais l’administration le maintient à son poste et ne reconnait son invalidité qu’au bout de deux ou trois ans et il est alors mis en retraite. Il vient vivre à Paris où il demeure passage Vincennes N°52 dans le 2ème arrondissement.

Son dossier au service historique de la Défense à Paris, CC7 ALPHA 2235 donne des renseignements sur ses dernières années:

Le 22 juin juin 1869 Saint-Germain a une première attaque cérébrale qui le laisse diminué mais il se fait transporter à bord pour assurer son enseignement. Sa santé qui laissait à désirer devient très mauvaise à partir de 1870. Malade pendant la majeure partie de l’année crainte qu’il ne puisse reprendre son service mais il a repris et « fait ce qu’il peut son état de santé étant déplorable ».  Il ne peut corriger les dessins des élèves du fait même de son genre de maladie ». En 1872 il est reconnu « impotent » et il vaudrait mieux le mettre en disponibilité jusqu’à l’âge de la retraite que de le conserver en activité pour faire un semblant de service nuisible aux élèves.En 1872, il subit visite et contre-visite médicales et le médecin Duburquois établit le diagnostic de myélite chronique et fait un certificat de convalescence.   Il est enfin débarqué le 11 janvier 1872 et un suppléant est nommé.

En 1873 il a 22 ans de service et il sollicite la faveur d’être mis en non-activité temporaire pour terminer le temps qui lui manque et avoir droit à une pension de retraite. Il lui faudra donc quatre ans pour voir sa demande aboutir.

Il meurt à Paris le 25 avril 1875 entouré par la veuve et les filles d’Emile Souvestre mais peut-être son amie brestoise madame Disdéri-Francart, elle aussi repartie à Paris vers 1872 est-elle également à ses côtés pour ses dernières années?

ProsperStGermain-UnMariageEnBasseBretagne-CommuneDeBriec Laval musée

Prosper Saint Germain, Un mariage en Basse-Bretagne, Musée de Laval

Oeuvre de Prosper St Germain, catalogue partiel.

L’ancien musée de Brest conservait deux dessins et une toile (145×108), « Le retour de pardon à Plougastel-Daoulas », exposée au salon de 1867 et achetée par la ville en 1876. Avec la destruction de Brest suite aux bombardements de 1944, il n’en reste rien. Au musée de Morlaix, « Costumes des environs de Morlaix » 1837, P.St G del, V.Guilmer lith ( 0,29 x 0,230). « Costumes et scènes bretonnes », 1837, 6 lithos « Morlaix », 1839, illustré par St Germain et A.Rouargue. B.N.F Richelieu, Estampes : «  Rade de Morlaix, roche de Primel »1850, mine de plomb et gouache papier chamois ( 25,2 x 42,2 ) « Le Magasin pittoresque », 1847,  p.43 à 44 Mémoire sur le conteur aveugle et croquis de la maison, Skol Vreiz.

M-Françoise Bastit-Lesourd

BIBLIOGRAPHIE

BENEZIT Emmanuel, Dictionnaire critique des peintres, dessinateurs, graveurs et sculpteurs de tous les temps et tous les pays, Gründ, Paris, 1948-1955 –

DELOUCHE Denise, Un carnet de croquis et son devenir, F.H. Lalaisse et la Bretagne, éd de la Cité, Brest-Paris, 1985. –

DELOUCHE Denise, Les peintres et le paysan breton, ed URSA, Le Chasse-Marée, 1988, 216 p.

KAENEL Philippe, Le métier d’illustrateur 1830-1880, Rodolphe Töpffer, J.J. Granville, Gustave Doré, éditions Messene, Paris 1996 –

LE CLECH Marthe, Bretagne d’Hier- Morlaix, tome 4, L’imprimerie, auteur-éditeur, Plourin-lès-Morlaix, 2001.

Maîtron Jean, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Paris, éditions de l’Atelier 1997, T.4, 1789-1939, p.394-396.

Les illustrations de l’article , costumes et scènes historiques sont tirées de l’ouvrage de Jules Janin, « La Bretagne » et de « La Bretagne ancienne et moderne » de Pitre-Chevallier.

[1] Charles-Michel-Ange Challe, 1718-1778, Peintre ordinaire du Roi, dessinateur de sa chambre et de son cabinet et Jean-Frédérique Challe, 1752-1825, artiste peintre
[2] Cf généalogie aimablement communiquée par la famille Marie dit St Germain.
[3] Liste partielle d’élèves du Lycée de Pontivy entre 1806 et 1818, communiquée par Mr Gilles Blayo, historien de cette ville : 1811 Ballot-Beaupré ; 1813, de Blois de la Calande de Morlaix et Guépin ; 1814, Eugène Guyeisse ; 1815, Ange Guépin ; 1818, Emile Souvestre et Duval-Legris .
[4] Yann ar Gwen, le conteur aveugle, édition Skol Vreiz
[5] AD 29,  2.J.9, Album breton provenant de la famille Violeau.
[6] Notice communiquée par Mme Denise Delouche en 1997 et vignette de Mme Marthe Le Clech dans « Morlaix d’hier et d’aujourd’hui » tome IV « L’imprimerie » p.48, 49.
[7] Auguste Leloir, 1809 -1892 est en fait plus jeune que Prosper. Il serait plus vraisemblable qu’ils aient été formés dans le même atelier.
[8] Tableau exposé en 1863 sous le N° 1660, prix 2500f,  acquis par l’Etat et déposé au Vieux musée de Laval. WWW.archivesnationales , base Leonore
[9] Collection Dejabin, « Les représentants à l’assemblée nationale ».
[10] Liste des St simoniens, ISH Lyon, CNRS LIRE. Adolphe Billault de Nantes, François-Hyacinthe Dahirel de Lorient qui épouse Marine Andrieux. Dans cette même liste nous relevons deux noms également évocateurs de Morlaix : Hervé ex-officier de marine, ouvrier coupeur de cuirs à Paris et Jaégher ouvrier, or dans cette ville, en 1821, le capitaine Pierre Marie Hervé épouse mademoiselle Eugénie de Jaégher. Cette famille est parmi ce que H.Stoff et J.Ségalen[10]  dénomment les « forces vives de la cité ».
[11]Liste des St Simoniens, dictionnaire Maîtron
[12] Patrick Mahéo, Les Guieysse, une famille lorientaise. Bulletin de la Société polymatique du Morbihan, Tome CXXVI année 2000 p.183.
[13] ni celui d’autres artistes bretons de la même période tels que Beau Léopold ou Puÿo.
[14] Sur l’un des actes de naissance des enfants figure une signature enfantine, Fanny Marie et nous supposons donc que Prosper pouvait avoir également une sœur plus jeune née entre 1805 et 1813, date du décès de son père.  [15] Feuille d’annonces de Morlaix  du 8 juin 1839
[16] Philippe Kaenel, Le métier d’illustrateur 1830-1880, Rodolphe Töpffer, J.J. Granville, Gustave Doré, éditions Messene, Paris 1996.
[17]  « Vue de La Vallée, le Moulin blanc »,Huile sur carton, 37 cm x 27,5 cm, Collection particulière.
[18] Adolphe Rouargue, 1810-18 , dates précises non trouvées . Emile Rouargue 1795-1865, frère aîné.
[19]  Indication donnée par Mme Bärbel Plötner-Le Lay, ISH, Lyon, CNRS, LIRE.
[20] Bibliothèque d’études Brest  PB B 85
[21] Octave Penguilly L’Haridon, 1811-1870 ; officier, bibliothécaire de la marine et artiste. Egalement correspondant de Darwin tout comme Jean Baptiste Pierre Guépin 1778-1858, botaniste  .www. Darwin library
[22] Les contes normands et historiettes baguenaudières  par Jean de Falaise alias Charles Philippe de Chennevières-Pointel.( 1820-1889).
[23] Jean-Baptiste Paulin, (1793-1859), éditeur.
[24] Le théâtre de l’Opéra P. 41, le théâtre italien P. 74, la salle des concerts du Conservatoire, P.101.
[25] Albert Arnoux  dit Bertall  (1820-1882)
[26] Œuvres de M.Billault (1805-1863), Paris, imprimerie impériale. Notice biographique.
[27] Souvestre Emile, Causeries historiques et littéraires du XIXe,  éd par Adah-Ana Souvestre- Beau,  Paris 1907
[28] Levot Prosper, conservateur de la bibliothèque du port de Brest, Répertoire de biographies bretonnes 
[29] Fonds du collectionneur et éditeur Adolphe Goupil, 1806-1893, Paris, débute en 1829
[30] Archives Nationales, F/21/0179, Légion d’Honneur, dossier 25, série artistes
[31] Communiqué par Mme B.Plötner-Le Lay. I.S.H Lyon CNRS.
[32] Del pour « delitori » soit graveur.
[33] Bertall, alias Albert Arnoux (1820-1882)
[34] Jules de Jaegher (1816 – 1882)
[35] Guillaume Lejean et Charles Alexandre, Correspondance 1846-1869, Deux républicains bretons dans l’entourage de Lamartine et de Michelet, Paris, ed Jean Touzot, 1993- éditée et annotée par J.J Guiomar qui a assuré la préface.
[36] Les Guieysse, une famille lorientaise » déjà cité 
[37] Lointaine cousine de Souvestre . François Riou dit Kerhallet, important négociant de Brest sous la révolution.  Son frère Pierre épouse une fille de l’orfèvre morlaisien Le Goff dont une fille épouse J.Baptiste Souvestre.
[38] Gallica, « Annuaire de Brest 1850 », aucun photographe n’est répertorié à Brest.
[39] Ruines de la pointe St Matthieu et Groupe dans un cimetière.
[40] Description du procédé mis au point par Daguerre dans un article de MF B-L sur Léopold Beau, Le Lien N°85.
[41] Julien Viaud, 1850-1923.
[42] Il s’agit du troisième du nom. C’est l’ancien vaisseau « le Valmy » qui est affecté à cette fonction en 1863.
[43] Service Historique de la Marine de Brest, dossier des états de service de P.St Germain : 6M.148.
[44] Jacques Marie Gaston Onfroy de Bréville 1858-1931 peintre et dessinateur qui a exposé sous son patronyme de 1866 à 1892 puis exclusivement des dessins humoristiques sous le pseudonyme JOB. Cet artiste ne serait âgé que de 8 ans en 1866.

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