Prosper Andrieux 1811-1842

Prosper est le second fils de François-Marie Andrieux et de Marie Catherine Sébastienne RIOU.

Il naît le 17 juin 1811 au domicile de ses parents alors place de la Poissonnerie.

Comme son frère Aristide après des études sur Morlaix ou Saint-Pol de Léon, il est envoyé tout jeune au lycée de Rennes mais après le départ de son frère le père s’inquiète de l’influence de ses maîtres les jésuites qui dirigent alors l’enseignement sur Rennes et il fait le choix d’envoyer son fils à Nantes. Il confie son fils aux bons soins d’un ami franc-maçon comme lui; monsieur Châlot et le jeune homme arrive à Nantes où son père espère qu’il se liera d’amitié avec le fils de son ami Thomas Dobrée, gros négociant de la place nantaise.

  • Lettre de François-Marie Andrieux à Thomas 1er Dobrée A propos de son fils Prosper.

    Morlaix. le 2 Février 1827.

    Mon cher Ami.

    Je vous écris avec un peu d’humeur .je commence par vous le dire afin que le ton de ma lettre ne vous surprenne pas. 

    Ce n’est donc plus une rêverie que toutes ces manœuvres des Jésuites puisqu’elles viennent atteindre les individus à l’intérieur des familles, contrarier les vues des pères et mères et mettre presque les plus jeunes enfants si ce n’est en rébellion, du moins les y disposer quand l’âge et les nouvelles doctrines qu’on leur  inculque les auront fortifiés.

    Le second de mes enfants est resté au Collège de Rennes après son frère aîné que j’en ai retiré pour travailler aux Mathématiques et le pousser, s’il se peut à l’Ecole Polytechnique; il seconde ce plan de toutes ses forces, il travaille avec courage et une admirable assiduité.

    Son jeune frère, resté à Rennes a eu dans toute sa scolastique un succès brillant depuis la 6ème. Jusqu’en seconde, il a été à la tête de sa classe. Continuellement les fins d’années l’ont vu chargé de prix, ces prix, que nous avions déjà remarqués, étaient des oeuvres de Jésuites, tels: « La vie de St Ignace, celle de St louis de Gonzague etc… Nous n’y fîmes pas d’abord une grande attention, nous prîmes la grande dévotion du jeune homme pour une bonne habitude, et nous l’encourageâmes même. Il est entré cette année en rhétorique, il y garde toujours son rang, mais cependant depuis le milieu de l’année dernière qu’ il est entré dans la Congrégation et y a eu une « Dignité », nous avons remarqué, surtout dans son style, un certain relâchement, ses lettres qui étaient aimables et gaies, sont devenues niaises, à force de parler de dévotion. Enfin la position de son jugement est ceci: « La science et autres choses du monde ne sont rien, le salut est tout, il faut donc contempler son salut avant toute chose »

    Toutes ces méditations de salut et d’état ecclésiastique, travaillent une tête de l6 ans. Il est temps de faire finir l’effet en écartant la cause. Il y a à ce Collège de Rennes, un aumônier qui paraît être un fanatique.

    Voici mon plan : j’ai écrit à Mme Vve Mauffray qui est d’ici et qui demeure actuellement à Nantes sur la Fosse N°67. Je connais cette dame depuis de longues années, elle a marié sa fille à Mr Chalot, Voyageur de la Maison Colas, lequel Mr Chalot vient de s’associer à Mr Marion. J’ai prié Mme Mauffray de prendre chez elle mon fils. Elle ne me refusera pas cela, et vous, mon cher Tom, je vous prierai de le faire entrer au Collège Royal pour achever sa Rhétorique. Mon projet serait de l’envoyer à la fin du trimestre qui court.

    Nous verrons comme il prendra l’air de Nantes. Il y a à ce Collège, plusieurs jeunes gens de sa connaissance, mais le premier camarade auquel je le recommanderai sera Tom (Thomas II, qui construisit ce qui est actuellement le «Musée Dobrée ») il trouvera dans mon petit Prosper, un ami studieux et d’une grande douceur, un peu de timidité qui sera vite vaincue.

    Je désirerais beaucoup que voyez de l’avantage pour tous deux à suivre les mêmes maîtres, les Mathématiques, le dessin, la musique (chez nous, c’est le violon).

    Ce seront choses dont vous mesurerez et admettrez les possibilités par l’examen du sujet que je vous présenterai, car je ne suis pas de ceux -là qui disent avec le Hibou de La Fontaine: « Mes petits sont mignons, par dessus leurs compagnons ». Inutile que je vous conte tout le détail des motifs que j’ai, de retirer mon fils de Rennes. C’est l’avis pressant de toute ma famille et je dois m’y rendre, mon sentiment aussi se range tout à fait au sien et avec beaucoup de mécontentement sur certaines choses de Rennes.

    Je vous embrasse de tout mon coeur.

    Andrieux

    Lettre 13 du 3 avril  1827

    Merci de votre bonne lettre mon cher Tom,

     

    C’est une chose fort extraordinaire que la rencontre sans doute fortuite et de peu de hasard de notre aumônier et inévitable confesseur de Rennes, que le diable l’emporte avec ses recommandations  et ses garanties je désirais que Prosper eut été inaperçu à Nantes où il va habituellement pendant les premiers mois se trouver dérouté et n’aura probablement pas les premières places de la classe. Il entre chargé d’une renommée qui vient donner à son amour-propre une espèce de stimulant mais s’il ne peut la soutenir par sa composition, il va être découragé peut-être… J’ai donné de bonnes instructions à Mme Mauffray pour ne lui laisser que très sobrement du loisir.

    L’habit noir est je crois sans intention, nous avons du deuil, mais je ne le savais pas, C’est Mr Riou de Brest qui est mort il y a un mois.

    Plus je vois les œuvres théocratiques se développer, plus je me dégoûte de laisser aller mon fils.

    Oui, que nos enfants choisissent leur profession mais ne les laissons pas choisir une où la loyauté n’est pas, où la fraude serait sur eux la vie durant.

    Mon fils aîné va bien. Il ira à l’école polytechnique s’il n’a pas trop forte partie contre lui au prochain examen.

    Il nous faudra à Nantes un excellent répétiteur de mathématiques. J’ai bien recommandé cela à Chalot.

    Je ferai tout mon possible pour aller vous voir vers juin.

    Tout à vous,             Andrieux 

Les deux jeunes gens ne s’entendent pas du tout et François Marie Andrieux demande à son fils de s’excuser auprès de madame Dobrée pour s’être affronté au fils en sa présence.

Andrieux père malgré son ascension sociale reste quelqu’un qui ne veut pas se faire remarquer et pour son fils il lui fait faire un simple costume noir de la plus grande austérité,  lourde à porter pour un adolescent ou jeune adulte.

Les deux jeunes gens sont aussi en compétition sur le plan des études.

Lettre 14 , Morlaix  8  nov  1827

  • Ce que vous me dites mon cher Tom, ne me confirme pas ce que j’avais recommandé à mon fils à son départ d’ici, c’était d’aller voir Mme Dobrée, de lui dire combien il était mortifié de ce qui s’était passé, de toucher dans la main à Tom, puis de vivre en bons condisciples, tel était mon désir tout en vous priant de ne favoriser par vos bontés aucune rencontre si vous aperceviez rien de froid chez ces jeunes gens.

    Prosper m’a écrit qu’il avait rempli mes désirs, mais que Tom avait pris le large quand il aborda sa mère avec dit-il tout ce qu’il avait de politesse et de respect. Cela me satisfit parce que Prosper avait fait ce que j’en avais exigé, puis parce que se prétendant mal accueilli ou point accueilli de Tom je les ai vus séparés.

    Je ne me suis plus occupé la tête de cela, j’en ai bien assez par ailleurs et nous sommes mon cher ami, vous et moi bien différemment placés sous le rapport des soins tendres et minutieux que sans doute l’un comme l’autre nous aimerions donner à nos enfants et surtout en ce moment de leur âge où l’on doit écarter tout ce qui peut donner une mauvaise direction à leur esprit comme à leur cœur.

    D’abord mon cher Tom, j’en ai quatre vous qui n’avez qu’un fils, ils sont tous élevés loin de moi, je ne puis pas du moins pour mes garçons, faire autrement vous si vous pouvez et ce faites avec délices et avec profit pour Tom ( je parle de la scolastique car tous les moyens du monde ne m’empêcheraient pas de les envoyer ailleurs après cette étude) nous différons donc de position mais sans que je veuille dire que la vôtre vous fasse être plus tendre père que moi.

    La manière dont moi-même j’ai été élevé, l’enfance et l’adolescence la plus turbulente et je dirais la plus misérable ‘ pourquoi ne le dirais-je pas ?) qui ont été mon lot en entrant dans la carrière, carrière de dangers, carrière de coups de pieds, de calottes et de coups de cordes qu’à l’âge de nos enfants me distribuaient les gabiers d’une grande hune quand j’avais l’honneur de leur porter leur soupe là-haut et le malheur d’en verser en montant.

    Le croirez-vous mon cher Tom, je ressaisis  avec quelque plaisir ces souvenirs, j’énumère les périls de toute espèce dans lesquels ma carrière s’est poursuivie assez longtemps et je suis moins préoccupé (y ayant échappé sauf) de ces dangers que du plus au moins l’étourderie de nos enfants appelle toujours sur eux. Je me dis qu’à leurs défectuosités morales que j’ai en moi-même que ce que j’en ai pu accrocher d’instruction m’a amélioré que cette instruction a été bien mince quant à celle de l’école qui prépare si bien à l’autre, celle du monde que prodiguant ma bourse pour procurer de l’instruction à mes enfants, je dois espérer d’après ma propre  expérience et conviction qu’ils en retireront le même genre de profit que moi et en plus forte dose et sauf à les sermonner en toute occasion qui me semble utile, je les laisse aller sans trop m’en inquiéter, avec leurs petites défectuosités de caractère, un peu fataliste sous ce rapport je me dis que s’ils doivent, résistant à tous mes avis, insensibles à toutes mes bontés être dominés par     rien ne pourrait empêcher qu’ils fussent de mauvais sujets, qu’ils n’empoisonnent ma vieillesse et que j’en ai, (frustré de tant d’espérances dans lesquelles je me berce depuis leur enfance) le sort de tant de pères malheureux   ah mon ami la société en foisonne . Mais laissons de pareilles pensées et ne repoussons pas les couleurs de l’espérance.

    Quelle est donc cette lettre dont vous me parlez depuis le retour de Prosper . De Paris, je lui mandais de vous écrire, je ne lui ai dicté aucune lettre. Mettez-moi au courant de cela mon cher ami pour que je place encore un sermon s’il le faut.

    Ne m’oubliez pas auprès de votre excellente compagne et bien des amitiés à Tom car pour moi  qui l’aime beaucoup, je lui donnerais des baisers de tout mon cœur pour racheter les coups de mon humoriste de fils.

    Je suis tout ému de l’accident arrivé à Basse-Indre ; cette bombe était peut-être même sortie de chez moi, nous vous en avons envoyé quantité.

    J’ai moi-même arrêté les coups de marteau d’un de nos jeunes gens qui en débouchant une et faisant opérer d’une manière moins risquable pour vérifier si elle était vide, nous y trouvâmes beaucoup de poudre. Depuis on est sur ses gardes ici.

    Bonjour mon cher ami car je termine à minuit passé une journée de travail qui peut compter.   Andrieux

 

Prosper remporte un prix de physique et son père en pleure de fierté.

Les examens passés le jeune homme n’a pas vraiment de choix d’orientation et il doit « entrer au comptoir » paternel se former au commerce.

Le décès d’Andrieux père lors de l’épidémie de choléra de 1832 place les deux frères à la tête d’une entreprise en pleine expansion sans qu’ils aient eu le temps de se former.

Prosper se marie très jeune avec Pauline Jeanne Françoise Le Bozec

dont le père Magloire Jean François Marie (47 ans) est un « vieux lion républicain » de la ville de Morlaix, avoué et qui était le « bienveillant » des deux frères Andrieux car époux d’une Riou.  Sa mère est  Bonne Marie Françoise Marguerite Pellé des Forges.

La  cérémonie a lieu le 11 mai 1835 en présence de  Jean René Pellé des Forges négociant, ayeul; de Jean Guillaume Larrant, commerçant de 65 ans de Brest, grand oncle; de Marie Aristide Andrieux négociant 26 ans frère et d’Athanase Bourgeois commerçant de 70 ans, oncle germain par alliance.

Le couple va avoir rapidement trois enfants mais la tuberculose est à l’oeuvre et la jeune femme décède le 8 septembre 1841 suivie dans la tombe par son époux moins d’un an après le 5 mai 1842 .

Il confie ses enfants à son frère et à un ami, Cazin, descendant d’une famille de verriers du Nord.

Ils laissent trois orphelins.

  • Françoise Marie Mathilde  Andrieux    

    née le 28 avril 1836 qui à 17 ans devient le 10 octobre 1853, l’épouse de son oncle Théodore Le Bozec avec dérogation. Ce Théodore était considéré comme un élève médiocre et peu intéressant par les enseignants du lycée de Rennes.  Atteinte également de phtisie elle meurt le 21 août 1865  à Bagnères-de-Bigorre, dans les Pyrénées lors d’une cure pour tenter de restaurer sa santé. Son époux ne lui survit pas longtemps et meurt le 17 décembre 1864. Ils ont eu plusieurs filles. Après le décès de Prosper, elles seront dans la région des jeunes filles convoitées pour leur dot, héritage de la part de leur père dans la papeterie de Pleyber-Christ.

    • Marie Mathilde Pauline Le Bozec naît le 20 décembre 1854
    • Marie Pauline Françoise Le Bozec naît le 25 décembre 1855. Elle épousera à l’âge adulte Edouard René Marie Du Saussois Dujonc  1846- 18??, un lieutenant au 110e de ligne et originaire de Pontrieux. Il quitte l’armée en 1871 après avoir été grièvement blessé et l’administration perd sa trace après quelques années. (LH dossier en ligne Léonore). Le mariage a lieu à Morlaix le 25 février 1878  mais le type de blessure reçue ne pouvait apparemment pas donner de descendance au couple.
    •  Magdeleine Caroline Alice Le Bozec née le 29 mars 1858 rencontre également un officier de cavalerie originaire du Bouscat, Pierre Armand Godefroy Geoffre Lanxade de Bondy (dossier Léonore en ligne) qu’elle épouse le 20 août 1888. Elle est veuve en 1907. Ils demeuraient 17 rue Faraday à Paris.
    • Berthe Marie Aline Le Bozec née le 29 octobre 1859
    • Mathilde Marie Eulalie Le Bozec  née le 20 mai 1863 se marie également avec un militaire, Emile Xavier Euvrard  (né le 16 juin 1855), Capitaine au 22ème bataillon de chasseurs à pied breveté en garnison à Morlaix. Domicilié de droit à Voray (Haute Saône).
  • René Marie Gustave Andrieux

    né le 21 février 1837 .  Il décède célibataire à Alger où il exerçait la profession d’avocat le 16 octobre 1869.

  • Emilie Marie Alice   Andrieux

    née le 13 septembre 1838; semble sans descendance.

     

Ces nièces Le Bozec tout comme Alice Andrieux recevront l’héritage de la sœur d’Aristide et Prosper, Marie Rose Pauline Louise Andrieux épouse Loriot née le 7 mai 1816 lorsqu’elle décédera sans descendance directe le 10 avril 1900 à son domicile 15 quai de Tréguier.

Alice Andrieux propriétaire du château de Trevert en Plouigneau et demeurant auparavant quai de Tréguier à Morlaix

 ses nièces;

Magdeleine Caroline Alice née Le Bozec épouse Lanxade demeurant à Paris rue;

et Mathilde Marie Eulalie née Le Bozec veuve Euvrard demeurant à Paris rue du Faubourg St Honoré n°70;

Il n’est pas fait mention de Marie Pauline Françoise épouse Du Saussois ni des autres sœurs. 

Testament Alice ANDRIEUX 1901 (1)Testament Alice ANDRIEUX 1901 (2)

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