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Eugène BOURGEOIS  1818-1847

Eugène BOURGEOIS & Emile SOUVESTRE, article paru dans la revue de généalogie du Finistère, Le Lien, n°  en 2009

M-F Bastit-Lesourd 2008-2016

En cette année 2007, le Royal  Opéra de Londres reprend à l’affiche un des ses succès, Stiffélio, opéra de Giuseppe Verdi sur un livret d’Emile Souvestre et d’Eugène Bourgeois qui est joué du 20 avril au 10 mai à Covent Garden.

Cet opéra fut créé à Trieste en 1850 et le livret est directement tiré d’une œuvre des deux bretons : « Le Pasteur ou L’Evangile et le Foyer »,  pièce créée à Paris en 1849 au Théâtre de la Porte St Martin qui connut le succès et fut remarquée dans les revues de critique littéraire telle que La Revue Suisse.

La place de Souvestre a dernièrement été reconnue par les différents travaux qui ont paru autour du bi-centenaire de sa naissance mais son comparse Eugène Bourgeois reste dans l’ombre.

Eugène Bourgeois est un proche parent d’Emile Souvestre

Claude Eugène Hippolyte Bourgeois, né le 12 mars 1818 à Morlaix, est plus jeune que Souvestre d’une douzaine d’années.

Sa famille maternelle est alliée à diverses familles du monde du négoce de Bretagne nord.

En effet, il est le fils d’Athanase Bourgeois qui a épousé Marie Françoise Agathe Riou, 21 ans, née le 26 février 1784 à Brest, fille de Pierre Marie Riou et de Marie Jeanne Le Goff, fille d’orfèvre, domiciliés section de la Roche à Morlaix. Pierre Marie Riou, négociant en vins, est le frère du très fortuné négociant et armateur de Brest, François Riou dit Kerhalet et lui-même, âpre au gain, s’est forgé une fortune tout à fait honorable bien que loin d’égaler celle de son frère.

Par contre du côté paternel, l’acte de mariage indique qu’Athanase Bourgeois n’est pas du tout originaire de l’Ouest mais vient d’une région éloignée, le département du Mont-Blanc dans les Alpes. Le père d’Athanase, Joseph (né en 1726)  est propriétaire à Villard[1] dans la vallée de Beaufort où il vit avec son épouse, Anne Marchand (née en 1738).20140816 Villard sur Doron Arêches Beaufort  (72).jpg

Les témoins du mariage sont : Claude Louis Bourgeois, 42 ans, frère, négociant à Lyon et Pierre Joseph Bourgeois, négociant à Villard qui ont donc traversé la France pour être présents à l’occasion de cet évènement familial. Paul Le Goff, oncle maternel et Pierre Guigot, médecin sont les témoins du côté de l’épousée.

Le patronyme réel d’Eugène et ses frères est BOURGEOIS-GAVARDIN. Dans cette région de la Savoie, il est fréquent d’associer un deuxième patronyme qui peut être celui de l’épouse et selon M.Delaglière tous les BOURGEOIS de cette région sont des BOURGEOIS-GAVARDIN. Il indique aussi que la famille possèdait la terre des « Praz » équivalent de « Les Prés », dans un endroit pentu.

Quel parcours ou quel négoce a conduit Athanase Bourgeois dans la ville de Morlaix ? A cette époque les transports par mer étaient plus sûrs et il est donc possible qu’il soit arrivé par voie maritime. La méditerranée avec le port de Gênes est distante de 500 kms environ de Villard et après avoir dominé les échanges commerciaux, Gênes perd de son importance au profit du port de Marseille. Les guerres napoléoniennes ont également été source d’un brassage de population très important.

Alliances du côté maternel :

Une sœur d’Agathe Riou, Jeanne Aimée Laurette, est l’épouse de François Bernard Marie Beau, négociant morlaisien et oncle de Léopold et Alfred Beau.

Catherine, une autre sœur née le 5 avril 1781,  épouse le 31 août 1808 à Morlaix le négociant François Marie Andrieux. (D’où descendance vers MF Bastit-Lesourd CGF 4402).

Une autre fille du couple Riou/Le Goff, Marie Pauline, née le 11 novembre 1784 à Morlaix, épouse à Morlaix le 14 juillet 1806, Alexandre Jean-Baptiste Michel de Durand Dubraye né le 25 novembre 1782 à Toulon et élève de l’administration de la Marine. Les témoins sont Joseph Caffarelli, 56 ans grand officier de la Légion d’Honneur et conseiller d’État et préfet maritime de Brest ; André Chalvet, 29 ans commis principal de la Marine ; et du côté de l’épouse : René Masson 57 ans, chef de brigade de la Marine et officier de la Légion d’Honneur, beau-frère ; Paul Le Goff, 51 ans marchand orfèvre, oncle et Souvestre (non précisé mais sans doute J.Baptiste, père d’Émile). Ils auront au moins un fils, Alexandre.

Athanase Bourgeois, père, est dit « praticien ». Son épouse périt lors de l’épidémie de choléra de 1832 qui décime la population de Morlaix et Eugène est alors âgé de quatorze ans.

Eugène a au moins deux frères aînes :

• Athanase né le 17 février 1809 à Paris est élève du lycée de Rennes[2] avec le groupe de jeunes gens de Morlaix dont ses cousins, Aristide et Prosper Andrieux, Alexandre Durant Dubraye, ceci à l’époque où Émile Souvestre poursuit ses études de Droit dans cette ville.

  • Mariage d’Athanase Bourgeois avec Hippolyte Adeline Gerdret le 5 novembre 1838. (N°4390) AM Rennes, table des mariages 1793-1892 :

• Victor-Amédée.  Né selon Kerviler à Morlaix le 22 octobre 1815 et connu sous le nom de BOURGEOIS-GAVARDIN[3]. Il est licencié en droit à Rennes en 1827.

En 1834, Athanase Bourgeois fils aîné et Victor Amédée Bourgeois signent tous deux le registre d’état civil lors du mariage d’Aristide Andrieux, papetier avec une des quatre nièces de Souvestre, Angélina Pinchon, à Taulé. (A.M Taulé).

Amédée apparaît également régulièrement dans les revues littéraires aux côtés de l’écrivain Emile Souvestre, Qualifié de « poète sentimental », il collabore tout comme E.Souvestre, Nanine Souvestre, Evariste Boulay-Paty, Marcelline Desbordes-Valmore, Marcel Guyeisse, de la Mennais, Edouard Corbière, à « La Revue de Bretagne » de Marteville et Lefas qui parait en 1833. Il participe aussi à « La Revue Bretonne » du brestois Alexandre Bouet aux côtés de Joseph Danguy des Déserts (qui publie sous le pseudonyme de Lennoch), Grivel, Daniel Miorcec de Kerdanet, Prosper Levot et E. Souvestre.

Victor Amédée Bourgeois retournant dans la région  d’où est originaire sa famille paternelle publie en 1849 « Carnet de Voyage aux Alpes de Savoie ». Alphonse de Lamartine dont le morlaisien Charles Alexandre fut le secrétaire, en fait l’éloge et écrit :

  • « Ce sont deux fragments empruntés à un livre charmant et élevé, aux Lettres de voyage de M.Amédée Bourgeois, jeune écrivain distingué, né, comme Laurence, sur les bords orageux de la mer de Bretagne.
  • Jocelyn a le vol de l’aigle : il plane sur les hauts lieux. M.Amédée Bourgeois reste à terre : musa pedestris. Il donne le détail de ce paysage d’ensemble[4]. ».

Mais il faut également prendre en compte que dans sa jeunesse Lamartine vécut en Savoie pendant quelques années et qu’il y noua peut-être amitié avec des membres de la famille Bourgeois, relation dont aurait profité ce jeune homme.

En 1851, Guillaume LeJean dans un courrier qu’il adresse à Charles Alexandre mentionne que « Bourgeois est parti pour Tréguier ».  Il ne peut s’agir d’Eugène qui est décédé à cette date et nous supposons alors qu’il parle de Victor-Amédée. Ceci est confirmé par R.Kerviler dans son ouvrage de Biobibliographies bretonnes qui précise qu’A.Bourgeois est parti à Tréguier s’installer comme négociant et banquier en 1852. Il publia sous le pseudonyme de B.C ou B.Coz ou sous son nom un grand nombre d’ouvrages.

ENFANCE & ÉTUDES d’Eugène

J’ignore où Eugène fit ses études[5]. Sans doute étudia t-il le droit à Rennes  puisqu’il devient notaire, achetant la charge pour le canton de Taulé. Tout comme son frère aîné, il est attiré par le monde des lettres et va lui aussi se lancer dans la carrière littéraire et tenter sa chance à Paris.

 

Le 28 mai 1838, À Taulé, Eugène contracte mariage avec Joséphine Guillou née le 3 décembre 1819. Ils sont très jeunes tous les deux.

Elle est fille de :

  • Yves Marie Guillou né à Morlaix le 1er juin 1786, fils de Bizien, homme de loi  DCD le 14 avril 1790 à Morlaix et de dame Marie Jacquette Eulalie Caroff.  Yves Guillou est décédé le 3 janvier 1832 à Morlaix.
  • et d’Adélaïde Marie Joséphe Pinchon. Née à Taulé le 3 juillet 1787. Fille de François Bonaventure Pinchon, négociant et juge de Paix domicilié à Penzé. Et de Marie dite Manon  Peÿron, cousine germaine de son époux. Mariés à Taulé le 14 juin 1808.

Témoins : dame Marie Jacquette Caroff, mère ; Mr André Lapous, négociant de Morlaix, cousin ; Yves Marie Guillou, propriétaire à Lanmeur, oncle ; François Bonaventure Pinchon, père ; Marie Peyron, mère ; Mr Jean Baptiste Peyron, Taulé, oncle ; Mr Alexandre. Tous signent.

Adélaïde est sœur d’Aimable Pinchon, douanier et sont donc ½ neveu et nièce de Souvestre.

Les témoins sont Charles Barazer Lannurien, notaire ; Auguste Daniélou, avocat ; F.M Pinchon, percepteur à Penzès et Gilbert Pinchon, contrôleur aux sels des mines de Huelgoat. (Archives municipales de Taulé ).

Il existe donc des liens très étroits entre les familles Pinchon, Souvestre, leurs alliés Andrieux et les Bourgeois

En 1841 et 1845, Eugène Bourgeois est témoin pour la naissance des deuxième et troisième enfants de Jules Feillet, enseigne de vaisseau et d’ Eugénie Pinchon autre nièce d’É.Souvestre : Henri né le 31 octobre 1841 et Paul Aristide Marie né le 25 octobre 1845. Eugénie Marie Lucie, fille aînée du couple Feillet était née le 1er novembre 1838 à Taulé.

Notaire à Taulé, Eugène Bourgeois signe un bail en 1844 aux côtés des sieurs Droniou, Duplessis et Lair.

En 1846, deux mariages viennent conforter ces liens.

Eugène Bourgeois est témoin pour deux mariages.

– Alexandre Droniou épouse Fanny Souvestre nièce de l’écrivain. Le marié, pharmacien à Vieux-Marché est du même âge qu’Eugène et sans doute sont-ils amis d’enfance. La famille Droniou fait partie du même cercle de négociants qui investissent leur fortune dans différentes affaires et sociétés de la région.

– Le deuxième mariage est celui de Hyacinthe Droniou avec Aménaïde Lucie de la Hubaudière.

Sa CARRIERE LITTERAIRE 

Il est difficile de trouver des renseignements sur Eugène Bourgeois.

Un site étranger fait mention d’Eugène Bourgeois comme l’un des collaborateurs d’Alexandre Dumas père qui, tout en étant reconnu comme auteur prolifique, l’est aussi pour les nombreux aides qu’il embauchait. Il est dit en avoir fait travailler « quatre-vingt-dix au moins et grassement payés ». Il les chargeait de consulter les archives et rédigeait ensuite l’ouvrage mais pour certains il reconnaissait n’avoir posé de sa main qu’une virgule. La  Bibliothèque dramatique de Martineau de Soleinne, ouvrage paru en 1844 mentionne page 218  la participation d’Alexandre Dumas à la rédaction de « Jeannic le breton ».

Eugène Bourgeois  est régulièrement éliminé des nomenclatures. Mais, J.M. Quérard lexicographe d’origine rennaise tout comme une partie de la famille Bourgeois, prend la défense du morlaisien dans son ouvrage « Les supercheries littéraires, galerie des auteurs », paru en 1847, et mentionne en note de bas de page du chapitre XXXIII :

  • « Cette pièce n’ayant point été annoncée dans la « Bibliographie de la France »  de 1842, il va sans dire que les continuateurs de la littérature française contemporaine ont omis le nom de M. Eugène Bourgeois dans leur nomenclature et qu’ils devraient omettre de rappeler à l’article de M.Dumas sa part à cette pièce ».

En 1831, Alexandre Dumas vit une passion pour Mélanie Waldor, dont la famille est originaire de Nantes et dont le père à l’époque de la Révolution s’était opposé au cruel Carrier. Mélanie Waldor correspondra par la suite avec Émile et son épouse Nanine mais, en 1831, il est peu probable que Souvestre ait eu des liens avec le couple Waldor/Dumas. A cette date, Eugène Bourgeois est un adolescent de treize ans.  Ce n’est qu’à la fin de l’année 1836 que Souvestre et sa famille s’installent définitivement à Paris où ils accueillent nombre de jeunes bretons désireux de suivre une carrière de littérateur. Ce sera Eugène Bourgeois mais également Jules Duplessix-Kergomard.

De 1831 à 1843, A. Dumas fera jouer plusieurs de ses pièces avec pour acteur fétiche, Bocage,  qui sera également régulièrement à l’affiche pour les pièces du morlaisien.

From A Bibliography of Alexandre Dumas père by Frank Wild Reed, qui mentione Eug. Bourgeois et ajoute qu’il est bien connu que A.Dumas était son collaborateur actif:

Original edition : Paris, Beck, 1842, 8vo. of two columns, forming part of the « Repertoire Dramatique des Auteurs Contemporains. References: Quérard: « Supercheries Littéraires Dévoilées, » Vol. I., Columns 1073-74. Lecomte: « Alexandre Dumas, » pp. 116, 184. Gautier: « Art Dramatique, » Série II., pp. 187-88.

 

De la collaboration d’Eugène Bourgeois avec E. Souvestre, nous relevons :

« Charlotte», drame en 3 actes précédé de « La fin d’un roman », prologue. In-12 1846 chez Lévy. 60ctmes. Joué au théâtre du Vaudeville en juillet 1846. in le Répertoire de biographies bretonnes de Prosper Levot, 1857 ; et in Histoire de l’art dramatique en France depuis 25 ans de Théophile Gauthier, Paris, Hetzel, 1859.

  • Un drame en 5 actes et 6 parties, « Le Pasteur ou l’évangile et le foyer » paru chez Lévy frères en 1849 au prix de 60c.

Il est joué pour la première fois en 1849 suivant les actes du colloque de Morlaix, au théâtre de la porte St Martin avec l’acteur Bocage (1797-1863). Le thème est directement tiré du protestantisme.

Eugène Bourgeois est donc décédé depuis deux ans lorsque cette pièce, fruit de sa collaboration avec É.Souvestre, connaît le succès mais ceci n’empêcha cependant pas quelques semaines plus tard la faillite du théâtre.

Le thème de la pièce « Le Pasteur » s’appuie sur la question du protestantisme et différentes hypothèses sont avancées pour expliquer ce choix. La question de la fréquentation des protestants par Émile Souvestre est bien antérieure à son voyage en Suisse et à sa rencontre avec Vinet. De par la proximité des mines de Poullaouen et les ingénieurs et techniciens d’origine étrangère, allemands notamment, il a eu tout loisir d’avoir des ouvertures vers le protestantisme mais également la littérature allemande. A Landerneau aussi existe une importante « colonie allemande ».

Le monde du négoce est aussi une autre ouverture possible et conjointe vers le protestantisme. En effet, nombreux sont les négociants d’origine étrangère et protestants qui croisent la route des morlaisiens. Le nantais Thomas Dobrée fréquente le négociant et papetier François Marie Andrieux. Des amis ou associés de Dobrée, protestants pour la plus part,  viennent chez ces morlaisiens et des liens plus ou moins directs se poursuivent à travers les années.

C’est ainsi que la famille de Frédéric de Coninck, riche négociant  d’origine danoise et associé de T. Dobrée pendant de nombreuses années, est en filigrane dans la vie de l’écrivain. Un parent, A.L.Charles de Coninck (1814-1872) soutiendra les productions théâtrales de Souvestre qui seront jouées très tôt au Danemark. Dès 1840, quatre ans donc après l’arrivée de Souvestre sur Paris, ses pièces sont à l’affiche du Kongelige Theater.

Souvestre, Émile: Fabrikanten Skuespil i 3 Akter af Émile Souvestre. Oversat af Sille Beyer. [Paa Folketeatret:] Oversat af A.L.C. de Coninck under Titlen: Fare og Frelseoversat af Sille Beyer(1803-1861)oversat af A.L.C. de Coninck (1814-1872) (premiere 07-05-1840 på Det kongelige Teater) (opførelser 1748-1889: 9)

Dès 1839 Émile Souvestre est traduit en danois pour: Fortællinger (1839) (sources idem)

Par l’intermédiaire de la famille de Coninck, il faut aussi relever la fréquentation par Souvestre du pasteur J.F Monod qui sera un de ses très fidèles amis, régulièrement présent aux jeudis de l’écrivain à Belleville. (Alliances de Coninck/Monod). J.F Monod est le fondateur des « Écoles du Dimanche » et a participé au mouvement de restructuration du protestantisme « Le Réveil », mouvement caractérisé par les engagements sociaux et politiques.

Cette question du protestantisme mise du côté de Souvestre peut aussi être à replacer du côté de son collaborateur et de la famille Bourgeois. En effet dans un courrier du géographe Guillaume LeJean à Charles Alexandre il fait mention de  « la conversion de Bourgeois au catholicisme » et ironise sur « sa gastrite morale… ». De toute manière ils ont tous deux fréquenté le même milieu mais pour Eugène Bourgeois qui est plus jeune, je mentionnerai qu’à son époque était arrivé sur Morlaix le pasteur Jenkins qui fut une figure très importante de la vie culturelle morlaisienne.

– « Le lion et le moucheron », drame en 5 actes, in 12, en 1850 qui parait donc 3 ans après la mort de E.Bourgeois chez Giraud et Dagnaud. Ce thème du lion et du moucheron, Émile Souvestre le reprend dans plusieurs de ses œuvres. C’est ainsi qu’il apparaît dans  Scènes de la vie intime, dans la nouvelle intitulée « Savenières », dans  « Les derniers bretons », T.2, dans « Scènes de la chouannerie » où il parle de « la guerre des moucherons contre le lion républicain ».

Eugène Bourgeois a écrit seul,

–          « Jeannic ou le gérant responsable ».

En 1841, Eugène a 23 ans et il fait paraître sous son seul nom un drame en prose en 5 actes : Jeannic le Breton, ou le gérant responsable, joué pour la première représentation au théâtre de  la Porte St Martin à Paris, le 27 novembre. Théophile Gauthier dans son ouvrage « Histoire de l’art dramatique en France depuis vingt-cinq ans » paru en 1859 fait le résumé de l’intrigue. 

  • Après les guerres de Vendée, vers l’époque du Directoire, un chevalier veut faire un journal. Le comte d’Auray fournira l’argent. Ils cherchent un gérant pour le courage ce sera Jeannic le breton qui malheureusement a reçu une instruction des plus négligée et ne sait pas lire. Le journal va calomnier un jeune journaliste républicain talentueux et l’affaire se terminera par un duel entre ce dernier et le chevalier puisqu’il ne peut s’en prendre à Jeannic. En effet la fille de ce dernier est tombée amoureuse du jeune homme.

 

Un homonyme Auguste Anicet Bourgeois

Auguste Anicet Bourgeois (1806-1871), auteur de très nombreuses pièces de théâtre qui a travaillé dès 1832 avec A.Dumas pour la pièce « Thérésa », avec pour acteur le nantais Bocage. Il est donc parfois difficile d’attribuer certaines pièces à l’un ou à l’autre.

 – « Madame Panache » créée le 18 août 1845 au théâtre des Variétés. Collaboration avec Deligny. Mais il n’y a aucune initiale devant le patronyme ce qui questionne sur la participation d’Eugène ou celle d’Auguste Anicet Bourgeois. Notons qu’un texte de Charlotte Brönté s’intitule « Madame Panache ». www.literature  mais également que St Simon dans ses Mémoires  fait un récit où une femme présentée à la cour du Danemark se nomme Mme Panache.

« Nicolas Poulet » créé le 24 octobre 1846. Mais peut-être est-ce en collaboration avec Deligny ou Anatole Dauvergne. Aucune initiale de prénom n’est accolée et il peut s’agir d’Anicet Bougeois.

Dernièrement sur internet[6], il a été fait l’amalgame avec Auguste Anicet Bourgeois  et Eugène est éliminé au profit d’ Anicet Bourgeois pour « Le Pasteur ou l’Évangile ».

Il n’existerait pas de point commun entre eux mais cela reste à vérifier car les sources diffèrent. Suivant l’une, Auguste Anicet n’aurait accolé le patronyme Bourgeois à son nom qu’à partir de 1852 et son patronyme est rédigé sous la forme Anicet-Bourgeois, Auguste. Cet auteur dramatique semble ne jamais avoir collaboré avec E.Souvestre.

Une autre source, le Dictionnaire des pseudonymes de Georges d’Heyli, Paris, Dentu, MDCCC LXXXVII. évoque « Anicet Bourgeois, l’un des plus féconds et des plus populaires de son temps, né Bourgeois (Auguste-Anicet) le 25 décembre 1806 et mort en 1871 mais sa jeunesse reste mystérieuse ».

Tout comme G.Verdi a repris le livret d’É.Souvestre et E.Bourgeois, il avait antérieurement créé son opéra « Nabucco » (Scala de Milan, 1842), à partir [7] d’un livret d’Auguste Anicet Bourgeois et Francis Cornu, « Nabuchodonosor », drame en quatre actes dont la première représentation eut lieu le 17 octobre 1836 au Théâtre de l’Ambigu-Comique à Paris. Il y donc convergence de plusieurs indices qui pourraient laisser penser que Anicet Bourgeois et Eugène sont des parents d’une même famille savoyarde et proches du compositeur transalpin Verdi.

Giuseppe Verdi nait le 10 octobre  1813 aux Roncole dans le département alors français du  Taro après l’occupation du Duché de Parme et Plaisance en 1801 par Napoléon et son annexion en 1808. L’année 1814, par le traité de Fontainebleau, Napoléon abdique sans conditions et renonce à tout droit de souveraineté et de domination sur l’Empire français et le Royaume d’Italie. La famille de Verdi est relativement aisée bien que de petite bourgeoisie et l’auberge de son père, Charles Verdi, est un lieu de passage pour les négociants entre les deux côtés des Alpes et le débouché commercial maritime du port de Gênes.

Une carrière artistique de très courte durée.

Eugène Bourgeois décède le 28 août 1847 à Penzé en Taulé où il était notaire du canton. Il a 29 ans.  Les témoins signant l’acte de décès sont François Marie Pinchon, 63 ans propriétaire et percepteur des contributions de Penzé, oncle (Il est le beau-frère d’Émile) et Louis Marie Emile Ballot, 32 ans, beau-frère, employé des Douanes à Morlaix. Ce dernier a épousé Emma Guillou le 27 juin 1847.

Il laisse deux orphelins, Eugène Alcide et Marguerite Agathe.

Son fils épousera Anna-Marie Le Songeux et Marguerite un lointain cousin, Sylvain Peyron.

Sa fortune s’élève à 13.390f entre les biens mobiliers et les revenus immobiliers.

Il n’aura donc pu profiter du succès de ses œuvres et la notoriété d’Émile Souvestre l’a totalement éclipsé.

M-Françoise Bastit-Lesourd

 

 

Bibliographie

Émile Souvestre, Écrivain breton et saint-simonien, actes du colloque sous la direction de Bärbel Plötner-Le Lay, Skol Vreizh, Morlaix, 2006.  Article de Max Ulrich Balsiger, « Autour du livret d’un opéra de Giuseppe Verdi ».

Quérard: « Supercheries Littéraires Dévoilées, » Vol. I., Columns 1073-

Kongelige Theater (Voir ce site danois consulté par MFB en 2000. http://www.litteraturpriser.dk/1850u/u2800.htm )

http://zubant.club.fr/ERFC/Documents/Les%20differentes%20eglises%20protestantes.html

Avec mes remerciements à M.R. Delaglière, généalogiste de la famille Bourgeois-Gavardin pour son aide.

Généalogie BOURGEOIS-GAVARDIN

Joseph Antoine né le 26 février 1726  épouse le 14 novembre 1760, Marie Marchand née en 1738. Il est le fils de Claude  et d’Antonia Vionnet-Verdon. Marie est fille de Donatien Marchand et Marie Louise Granier. Joseph Antoine décède en 1812. Le couple a 9 enfants :

  • Claude Louis né e 1762
  • Johannes Philipus né en 1764
  • Claudius Innocentus né en 1764
  • Athanasius né en 1765
  • Johannes Michel né en 1767
  • Camilia ? née en 1769
  • Pierre Joseph né le 11 avril 1771
  • Michaela née en 1773
  • Victoria née en 1778 épouse de François Chamiot

 

Liens généalogiques

  • Mariage en 1846 de la nièce de Souvestre, Fanny, avec Yves Alexandre Droniou, pharmacien à Vieux-Marché qui est du même âge qu’Eugène Bourgeois. La famille Droniou fait partie du même cercle de négociants qui investissent leur fortune dans différentes affaires et sociétés de la région.

Droniou Alexandre, Yves Marie Aimable né le 01/10/1817 à Vieux Marché, Pharmacien ; (a un frère Edouard). Fils de Yves Jacques Droniou commerçant présent et de Marie Françoise Alexandrine Le Roy, elle-même une cousine des Pinchon de Penzé ;  dom ép Quimperlé,   P Pluzunet et mariés en 1812

– Fanny Souvestre. Elle est la fille d’Anne Mathurine Alexise née le 24 avril 1793 dont le père, Jean Jacques Souvestre était commissaire au directoire du district de Guingamp (généarmor), contrôleur des Actes, notaire et procureur à Belle-Isle en Terre et l’époux de Catherine Alexise Richard. Veuve en premières noces de Michel René Bouton, la mère de Fanny s’est remariée le 16 janvier 1826 avec son cousin germain, le frère aîné d’Emile, Jean François, né en 1797. Fanny voit le jour le 15 octobre de cette année 1826 mais elle ne connut pas son père qui périt dans un naufrage enregistré en date du 31 de ce même mois d’octobre selon l’acte de mariage du jeune couple.

Témoins : Bourgeois Eugène notaire à Penzé, Taulé et Pinchon François Marie 62 ans percepteur à Penzé en Taulé, époux de la ½ sœur d’Emile.

Le deuxième mariage en 1846 est celui de Hyacinthe Droniou avec Aménaïde Lucie de la Hubaudière

– Hyacinthe Droniou né le 28/07/1822 à Landerneau fils de Joseph Hyacinthe et de Benoît Béroard M.Josèphe ; il épouse à Quimper le 29/06/1846,

  • – Aménaïde Lucie de la Hubaudière née le 5/03/1823 à Quimper, fille de Jean-Marie de la Hubaudière DCD à Landerneau et de Taylor Victoire Perrine.

Signent, Droniou Hyacinthe, 55, ans notaire à Landerneau (né en 1791) (ou Droniou Joseph Hyacinthe né à Morlaix en 1789 ?sans doute erreur de date). Il fut également écrivain et rédigea plusieurs ouvrages du côté de la physique et de la philosophie publiés entre 1840 et 1854.

Avant 1818 F.M. Andrieux et  H. Droniou, notaire, sont voisins à Kerdraon et La Lande en Pleyber-Christ.

« En 1818, Painchaut capitaine de navires marchands et son épouse  M.P Ybert , achètent à Droniou notaire royal, la propriété de Kervaon qui jouxte celle d’Andrieux. Il voulait y établir une papeterie mais n’obtint pas l’accord du préfet. Ils décèdent en 1843 et 1845 ».  In Marthe LeClech , « Morlaix d’hier et d’aujourd’hui ».

En 1785 un sieur Droniou était propriétaire de l’auberge du Soleil d’Or rue des vignes à Morlaix, paroisse St Melaine où  descendent les migrants auvergnats.

Eugène Bourgeois et E.Souvestre sont morts depuis longtemps lorsqu’Alfred Beau contacte le faïencier La Hubaudière devenu parent par alliance d’Adah-Ana Souvestre, son épouse, mais, assurément, le jeu des alliances familiales a fonctionné. Les échanges ne semblent cependant pas avoir débouché sur un contrat. (Selon Mr de la Hubaudière, Hyacinthe Droniou était actionnaire de la faïencerie).

C’est encore par le jeu des introductions familiales qu’Alfred Beau entra en contact avec Augustine Caroff, la veuve du faïencier quimpérois Clet-Adolphe Porquier par le biais de la branche Pinchon/Peÿron. (Voir article M-F Bastit-Lesourd sur « Léopold Beau », frère aîné d’Alfred, « Le Lien » N°85, année 2003). Cette fois-ci un accord fut trouvé entre les deux partis et les Beau-Souvestre s’installèrent à Quimper.


[1] Il apparaît que déjà d’autres jeunes gens de ce village de Villard sur Doron s’étaient aventurés vers la Bretagne et y avaient fait souche. Michel Duperrier né le 10 juin 1730 est parti au Croisic -44- où il est capitaine et épouse en 1755, Michelle Hascoët et quelques années plus tard, Jean François Ract Gossaz, né en 1750 s’installe à Lorient -56- où il épouse Jeanne Guillemette Le Bihan en 1795.

[2] AD 35, T 31 élèves du lycée de Rennes.

[3] Ce patronyme  GAVARDIN figure dans une pièce de théâtre « Le vieux de la montagne ou les arabes du Liban » de M.Cuvelier et représentée pour la première fois en 1814 au Théâtre de la Porte St Martin à Paris. C’est aussi la forme italienne du mot « gabardine » qui indique à l’origine un tissu de laine pour robes et manteaux mais dont l’armure de tissage est en diagonale. Dans un deuxième temps, Lyon a étendu ce type de fabrique de tissu  en introduisant une chaîne de soie ou encore une trame de soie.

[4]  « Jocelyn, Épisode, Journal trouvé chez un curé de village » A. de   Lamartine,  Gosselin et Furne, Paris,1836.

[5]  Des manques existent pour ces dates dans les archives du Lycée de Rennes.

[6] Site ASP@sia.

[7]  Selon un site néerlandais.

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