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Auguste-Chrétien JUNCKER et Blanche GOUPIL

Marie-Françoise Bastit-Lesourd; juin 2015-2017; notice en construction

 

Auguste Chrétien JUNCKER, né le 5 mars 1791 à Obenheim dans le Bas-Rhin, est le fils du pasteur luthérien Philippe Junker.
Après des études à l’Ecole polytechnique, Auguste Junker devient ingénieur du corps des mines et est nommé à Poullaouën (Finistère) en 1816 en qualité d’inspecteur des mines.

L'Illustration 1845 Fonderies de Poullaouen vue générale

Il s’installe au château proche de la Mine. Construit sur la commune de Poullaouën vers 1750 sous le règne de Louis XV, proche du lieu-dit Pors Ar Maner, le Château comprenait 44 pièces où étaient logés les cadres supérieurs dans des appartements d’une superficie proportionnelle à leur grade. De par son activité industrielle, la mine est un lieu de passage pour de nombreux visiteurs mais aussi pour les élites de la région qui sont les hôtes du très accueillant couple Juncker.

le jeune Fortuné de Boisgobey, en visite à la mine fit le récit de l’accueil chaleureux qu’il reçut par Auguste Junker et Blanche Goupil, son épouse depuis 1835.

 

L'Illustration 1845 machine de Juncker.jpeg

HUELGOAT, LA MINE
Voyage en Bretagne 1839 par Fortuné Du Boisgobey Edition Ouest-France 2001

M. Juncker le directeur et sa famille. On était à table : j’ai envoyé ma lettre de recommandation. M. Juncker est descendu, m’a demandé quels étaient mes projets et m’a contraint de déjeuner d’abord. Je sais d’ailleurs que dans une visite aux mines l’hospitalité au château est presque de droit, vu le défaut d’autre lieu convenable. M. Juncker est jeune encore, bon, aimable, spirituel et avec tout cela savant et célèbre ingénieur en chef des Mines. Il y avait nombreuse compagnie au château : Madame Juncker d’abord dont m’avait parlé M. Goury, et qui certes vaut beaucoup mieux que tous les éloges que j’en avais entendus : j’ai peu vu de femmes qui me paraissent aussi bonnes et aussi aimables à la fois : je ne parle pas de ses talents de musicienne et de peintre. Elle n’est plus jolie. Elle a deux petits enfants qu’elle adore. Il y a encore là un vieux de la vieille, un colonel de la garde, frère de M. Juncker, une sœur de Madame délicieusement jolie mais un peu femme artiste de ton et d’habitudes quoique demoiselle, 2 autres officiers du régiment du colonel, les deux fils de M. Blacque-Belair, fort bien tous deux, et un étranger de Paris, administrateur en herbe des messageries, type de richesse et de stupidité complète avec laideur à l’avenant. J’ai été reçu avec empressement, affabilité ; enfin à table j’ai enragé perpétuellement d’être privé du peu d’amabilité que je puis posséder par cette espèce d’absorption, d’ abasourdissement que laisse toujours à sa suite un mal de dents. Enfin j’ai fait de mon mieux, qui n’a pas été grand chose : et c’est une des circonstances où j’ai le plus regretté ma solitude, tant je crains d’avoir paru maussade à des gens si aimables.
M. Juncker m’a donné pour me conduire dans les travaux de Poullaouen, M. Pernollet, sous directeur de l’établissement, jeune, grand, assez beau garçon, sorti de l’école dans les mines et aujourd’hui dans une belle position : de l’esprit mais de l’esprit bourru, un peu d’affectation d’ennui et d’indifférence à tout. Du reste je n’ai qu’à le remercier de m’avoir parfaitement guidé et expliqué. Les mines dites du Poullaouen et du Huelgoat sont exploitées activement depuis une centaine d’années environ quoique il existe des traces de travaux antérieurs mais fort peu importants.
C’est une belle chose que l’industrie. J’ai tout vu à Poullaouen. M. Juncker qui veut me donner à la fois des recommandations et les moyens d’en profiter, me fait une lettre pour le sous-directeur du Huelgoat et me propose pour m’y rendre le cheval de sa belle-sœur, Melle Caroline.

Blanche Goupil – Fesquet et sa soeur Caroline sont d’une famille de riches négociants marseillais en lien avec l’Orient et ayant des comptoirs à Bordeaux et Londres. Ses parents, Honorine Zoé Fesquet ca 1787-1846 et Antoine Thomas Laurent Goupil ca 1782-1820 à Haiti se sont mariés le 17 septembre 1808.  C’est le milieu de la haute bourgeoisie négociante où les jeunes filles reçoivent une éducation artistique auprès des maîtres de l’époque.  Elles ont une autre sœur Françoise également artiste et portraitiste en miniatures.

La jeune femme outre les hôtes de passage recevait aussi les amies de la région venues lui rendre visite et au nombre desquelles plusieurs jeunes morlaisiennes. Simon Le Coursonnois, caissier ou directeur en comptabilité de la mine est un parent de plusieurs familles morlaisiennes qui le visitent au château où il demeure lui aussi avec les siens, Mauricette Beau son épouse  et leurs nombreux enfants. Ils avaient droit à 6 pièces dans la maison de la direction des mines où logeaient les officiers et les ingénieurs.

L'Illustration 1845 Mines de Huelgoat

Blanche Goupil Juncker  est une excellente dessinatrice et une musicienne talentueuse. Elle expose en 1837 le portrait de La Tour d’Auvergne sous son nom d’épouse et sa soeur Françoise miniaturiste un portrait de femme tandis que leur frère expose des tableaux d’inpiration orientaliste. 

Sa jeune sœur Caroline Goupil possède elle aussi des talents de dessinatrice et de  peintre. Elle épouse en 1845 l’ingénieur Claude Philibert Nicolas Pernollet qui est en poste à Poullaouen  et c’est un nom que nous retrouvons au nombre des souscripteurs pour l’association « Marie Souvestre » par le biais de leur fils Arthur . Plusieurs lithographies du site d’excellente facture  signées « C P » est sans doute l’oeuvre de cette jeune femme.

  • Charles Claude Philibert Nicolas JULES-PERNOLLET (1814-1888) Né le 19 février 1814 à Dijon ; décédé le 8/4/1888 à Paris. Il s’appelait initialement Charles Philibert Nicolas JULES. Orphelin, il avait comme tuteur Jacques Louis PERNOLLET.
    Epoux de Caroline Gabrielle Augustine GOUPIL (née en 1816). Pernollet est ingénieur civil, membre de l’Assemblée Nationale en 1871 (Député de la Seine). 
    Ancien élève de l’Ecole polytechnique (promotion 1832, renvoyé en 1833), et de l’Ecole des Mines de Paris (entré le 22/11/1833, classé 4, sorti le 27/1/1836 classé 1 et diplômé en 1837). (diplôme obtenu en 1837).
    Député (Seine) de 1871 à 1876. Il ne se présenta plus en 1876.
    Sous-directeur puis Directeur des Mines de plomb argentifère de Poullaouen et Huelgoat à partir de 1845.
    Il travailla pour la société Brounn, Pernolet et Cie (fabricants de charbon à Paris).
    Il était actif au sein de l’Association amicale des anciens élèves de l’Ecole nationale supérieure des mines (de Paris).
    Il fut maire du XIIIe arrondissement de novembre 1870 à sa démission en 1872.
    A la Chambre, il siége au Centre gauche et à la Gauche républicaine. Il est signalé comme clérical. Il soutient vivement le gouvernement Thiers.
  • Leur fille Zoé née à Poullaouen deviendra l’épouse de M. Pannier et élève de Valério et Chaplin elle est primée pour une aquarelle de fruits au salon de 1869.

 

L'Illustration 1845 lavage du minerai

Ajoutons que Françoise Goupil une autre soeur épouse Dubochet est à l’origine avec Charton l’ami d’Emile Souvestre depuis le voyage de propagande saint-simonienne, du journal de l’Illustration et c’est dans cette revue que paraissent les dessins de Caroline Goupil-Pernollet en 1845.

 

Leur frère Frédéric Goupil, peintre, aquarelliste et graveur, professeur de dessin à l’Académie des Beaux-arts est également peintre attaché à la Manufacture Nationale de Sèvres. Frédéric est aussi un pionnier de la photographie célèbre sous le nom de « Goupil-Fesquet ». Grand voyageur, il a fixé, grâce au daguerréotype et ceci quelques mois seulement après la diffusion de cette invention, les premières images de nombreux sites et paysages (Egypte, Liban).

Selon le site « latribunedelart »   Goupil-Fesquet n’est pas le neveu du peintre Horace Vernet comme cela est diffusé sur de nombreux sites. 

  • « Voici donc la liste des protagonistes du voyage d’Horace Vernet en Orient : Charles Burton (1813–1889), officier du génie, neveu de Vernet, et Frédéric Goupil-Fesquet (1817–1878), peintre de genre… »   
  • Ici c’est Burton qui est cité comme « neveu » de Vernet et un courrier de Vernet le confirme. Il cite : « mon neveu Charles Burton et M. Goupil, mes compagnons de voyage ». ( Revue universelle: bibliothèque de l’homme du monde et de l’homme politique, Volume 42, 1839, p.318). Burton neveu par alliance est le fils de la sœur de l’épouse de Vernet.

La mine de Poullaouen et ses occupants parisiens est donc à la source de la pratique précoce de la photographie dans le milieu morlaisien par les liens familiaux entre les soeurs Blanche et Caroline avec leur frère Frédéric.

Caroline et son époux l’ingénieur Pernolet restent sur le site après le départ de Blanche et Auguste Junker sur Paris.

 

 

Les questions de l’instruction sont importantes pour  Chrétien-Auguste Juncker et  « il eut l’occasion de remettre sur pied en 1832 l’école pour les enfants du personnel des mines. En 1838 la direction des mines mit «l’école de la maison neuve » à disposition de la municipalité (qui l’achètera en juin 1864) pour servir d’école communale de garçons ».

 

Auguste Juncker quitta la Bretagne le 1er février 1842 et s’installa alors avec sa famille à Paris où il assuma la charge du service minéralogique et des carrières du département de la Seine (aujourd’hui Paris). Il réorganisa et géra ce service jusqu’en 1851. L’atlas souterrain des carrières de Paris date de cette époque. Ingénieur en chef puis inspecteur général des mines (et officier de la légion d’honneur), il aura l’occasion de visiter les principaux sites miniers de France. Il est aussi pasteur.

Il est plus que probable que Souvestre et son épouse fréquentaient les Juncker arrivés dans la capitale six ans après eux.

De leurs quatre enfants seul Albert, leur dernier fils né en 1845, survivra. X en  1865, il devient inspecteur général des Ponts et chaussées. Il est Officier de la Légion d’honneur

Sur le site des « Amis du Père Lachaise » nous trouvons les tombes de Blanche et Auguste-Chrétien et de deux de leurs enfants décédés juste après leur arrivée sur Paris en 1842 et 1844 (division 24).

  • Division 24, ligne 12, R18
    Ici repose le corps d’Henriette JUNCKER née aux mines de Toullaquen fille unique et bien-aimée de Blanche GOUPIL-FESQUET, et d’Auguste JUNCKER morte à Paris le 20 mai 1842 à l’âge de 4 ans. Fernand JUNCKER son frère mort à Paris le 12 mai 1844 à l’âge de 8 mois.
  • Chrétien Auguste JUNCKER inspecteur général de mines mort à 74 ans le 4 janvier 1865 entouré des consolations du seigneur.
  • Anne Laurette Blanche GOUPIL, son épouse morte le 24 février 1869 âgée de 59 ans. Devenue par le chemin des afflictions une humble servante du seigneur Jésus, elle a quitté la terre sans crainte espérant le pardon [illisible] par le sauveur.

 

SOURCES

http://www.annales.org/archives/x/juncker.html site des anciens de Polytechnique pour la carrière de Chrétien-Auguste Juncker

http://www.histoire-et-protestants-en-centre-bretagne.fr/…/5_histoire_locale_ Histoire et Protestants en Centre-Bretagne

– Association des amis du protestantisme en Bretagne centrale

– http://expositions.bnf.fr/veo/orient_photo/text05.htm  L’aventure des daguerréotypistes par Sylvie Aubenas:  erreur sur la parenté entre Horace Vernet et Frédéric Goupil-Fesquet

– http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb12760347c notice sur Frédéric Goupil-Fesquet

– http://www.latribunedelart.com  /les-sources-francaises-de-l-histoire-des-premiers-pas-du-daguerreotype-en-egypte-1839-et-a-malte

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