Poster un commentaire

Caroline Dussault et Marie Souvestre, Courriers à  Jane GRANT STRACHEY

 

Courriers à  Jane GRANT STRACHEY par Caroline Dussault et Marie Souvestre

Les dossiers décrits sur cette page sont détenus par la London Metropolitan University, mis en ligne. J’ai retranscrit les passages résumés de ces courriers concernant Caroline Dussaut (écrit « Dussant » par erreur).  Travail en cours juin 2017. 

Le contenu de ce catalogue est la propriété de la London Metropolitan University, Bibliothèque des femmes.
Droits de l’ accès aux archives base de données sont la propriété de la Couronne, © 2001-2012

Les courriers de Caroline Dussault à Jane Strachey,  titre en gras tout comme les réponses de Jane Strachey Grant. 

 

Mlle Souvestre à Mme Strachey   9/27/G/006   1 octobre 1871
La névralgie de Lina est à peu près guérie , mais effraie toujours Marie avec des quintes de toux.  

Mlle Souvestre à Mme Strachey   9/27/G/007   11 octobre 1871
Lina est à nouveau atteinte d’une névralgie. 

Mlle Souvestre à Mme Strachey   9/27/G/008   15 octobre 1871
Marie est extrêmement préoccupée et inquiète par l’état de santé de Mlle Dussaut et supplie Mme Strachey de venir la voir.  

 Mlle Souvestre à Mme Strachey   9/27/G/011   6 novembre 1871
Caroline ?  ne va pas mieux, le médecin parle d’une infection du poumon gauche et le traitement n’a pas apporté d’améliorations; elle est très courageuse et parle beaucoup de Mme Strachey . Marie se sent très égoïste être dans le déchargement de ses inquiétudes sur son amie, mais l’expression est une nécessité de sa nature.

Mlle Souvestre à Mme Strachey   9/27/G/019   c.1872
Elle a le cœur brisé d’avoir à écrire de repousser sa visite et celle de Lina à Jane Strachey, mais elle est convaincue que la dernière attaque de bronchite de Lina fait qu’il est trop dangereux d’y penser. Il suffit de regarder son visage, «pâle Comme un Ivoire» et sa décision a été prise en dépit des exhortations de Lina  d’y aller sans elle. 

[Mlle Dussant] à Mme Strachey   9/27/G/022   22 avril 1872
elle félicite Jane pour la naissance de Pippa.  Le 4 mai, elle et Marie espèrent être à Londres. Elle enverra plus tard, les discours de Gambetta. Maintenant, elle ne peut que penser de les voir tous si peu de temps. 

Mlle Souvestre à Mme Strachey   9/27/G/023   6 juin 1872

Lina est nettement en meilleure santé depuis leur retour d’Angleterre. Elle aspire à savoir comment elle et sa famille vont «Vous avez dit qu’il n’y avait que deux personnes dans le monde qui vous aiment, mais ne croyez que vous êtes un peu aimée par votre Marie.

Mlle Souvestre à Mme Strachey   9/27/G/025   16 juin 1872
Lina n’était pas fatiguée par le voyage et a été bien pendant une semaine mais ensuite elle a eu une légère rechute. Tout se passe bien aux Ruches … Un message écrit à la fin par Mlle C. Dussant. 

Dussant à [Strachey Mme] ‘bien chère Jeanne   9/27/G/027   22 juillet 1872
écrites de Paris. Elle, ainsi que Marie tiennent à la remercier pour les belles choses qu’elle leur a envoyées. Dans une des lettres de Mme Strachey à Marie, elle a demandé ce qu’elle [Caroline] pensait  de l’affection de Marie pour Jane et sur ​​ce quoi elle reposait. Cela  lui donnera beaucoup de plaisir à parler d’elle à vous. Marie aime les gens qu’elle admire seulement et elle a constaté qu’il en était ainsi envers vous. Elle pense ici ne peut y avoir un meilleur emploi de son cœur que d’aimer une telle personne. Comme pour elle-même dans sa propre affection envers Marie. Dans «la vie pratique JE la dirige quelquefois, MAIS DANS la vie affective  JE la suis bien sûr pour sa droiture quant infaillible de jugement , il s’agit d’apprécier son caractère, de Juger des Nations Unies la nature. Elle serait plutôt pas tracer le portrait d’elle, mais de laisser à son savoir et vous serez surprise et ravie par ce qu’elle trouve. Elles sont en train de penser aller à la mer sur la côte normande, au lieu de l’Italie, dans ce cas, nous allons à peine résister à la tentation de traverser la Manche et de voir nos amis. La chaleur à Paris est terrible et elle a hâte de retourner aux Ruches 

Mlle Souvestre à Mme Strachey   9/27/G/040   23 janvier 1873
En ce moment la vie leur sourit. Lina est bien, certains élèves arrivent. Ce soir elle fera la lecture de Phèdre à haute voix à Lina. 

 Mlle Souvestre à Mme Strachey   9/27/G/055   15 mai 1874
Lina ne disposerait  que de quelques heures à vivre, à la suite d’une inflammation violente de la poitrine et elle souffre tellement que l’on ne peut guère lui souhaite de continuer à vivre. Elle enverra un télégramme quand tout sera fini

 Mlle Souvestre à Mme Strachey   9/27/G/056   26 mai 1874
rapport complémentaire sur Lina: que la nuit dernière semble avoir été le maximum de la crise. Il est maintenant un peu d’espoir, mais rien ne peut être connu avec certitude au jeudi.

Mlle Souvestre à Mme Strachey   9/27/G/057   25 mai 1874
Le télégramme de son amie lui a donné le seul plaisir qu’elle pourrait recevoir à ce moment de tristesse. La pleurésie n’a pas encore été vérifiée par l’un des remèdes à l’essai. Elle remercie pour l’offre gracieuse de l’aide, mais elle ne peut pas accepter car son amie a ses enfants et de nombreuses autres obligations.

Mlle Souvestre à Mme Strachey   9/27/G/059   30 mars 1874
Aujourd’hui, elle peut signaler une légère amélioration et si cela continue, elles peuvent commencer à espérer. J’espère que, au lieu du désespoir

Mlle Souvestre à Mme Strachey   9/27/G/060   31 mai 1874
Rapporte que, bien que les symptômes de la maladie aient disparu toutes ses forces corporelles paraissaient si appauvries  qu’il semblait qu’il y ait peu de chances de son ralliement.

Mlle Souvestre à Mme Strachey   9/27/G/061   1 juin 1874
espère que cette lettre arrivera avec ou peu après l’autre qui a donné de telles mauvaises nouvelles de Lina, parce que le rapport des médecins, c’est que les poumons sont la compensation et que la faiblesse montre  quelque chose que l’être est en voie de guérison. 

Mlle Souvestre à Mme Strachey   9/27/G/062   3 juin 1874
Rapports Lina au stade de convalescence et à moins qu’un revers ne survienne  est dans une reprise soutenue. 

 Mlle Souvestre à Mme Strachey   9/27/G/063   8 juin 1874
Ce n’est que depuis la veille qu’ils se sont sentis l’assurance que Lina est vraiment sur ​​le chemin de la convalescence. Elle fait l’éloge de l’infirmière anglaise qui l’a aidée avec le personnel infirmier et a montré beaucoup d’admirable tact, d’intelligence et de dévouement.

Mlle Souvestre à Mme Strachey   9/27/G/065   14 décembre 1874
Excuses pour son long silence. Elle a peur qu’elles ne soient pas en mesure de répondre pour l’instant. État de santé de Lina interdit un voyage en Angleterre pendant les vacances de Noël. En effet, elle ne ses risquera même pas pour un séjour à Pau, et elles doivent se résigner à rester aux Ruches

Mlle Souvestre à Mme Strachey   9/27/G/066   26 février 1875
Nouveau à partir des Ruches Les nouvelles ne sont pas très réjouissantes. Lina sous le stress de la semaine dernière a eu un frisson et sa douleur dans la poitrine est de retour; cinq ou six des enfants sont malades de la grippe ce qui signifie une garde constante dans la journée et souvent pendant la nuit.

 [Dussant] pour «Ma chère Jeanne Bien» [Mme Strachey]   9/27/G/067   1 mars 1875
Adresse ses remerciements pour son aide à propos de la jeune fille Shaen. Espère que le général va rester avec elles quelques temps quand il accompagnera Eléanor. mais si il ne vient que plus tard, Mme Galton sera tout à fait disposée  à prendre en charge Aliénor. Elles sont prêtes à prendre la fille de Fitz-James Stephen au tarif initial de 120 livres car comme elle n’a que 12 ans, elles sont susceptibles de l’avoir pendant plusieurs années au pensionnat. Marie est très épuisée après toutes les émotions des dernières semaines.

[Dussant] à [Strachey Mme] «Mon Jeanne Cherie ‘   9/27/G/069   16 mars 1875
Pour dire que, comme elle doit écrire au sujet des affaires et qu’elle n’ a pas le talent de Marie pour manier la plume, de manière à laisser Marie seulement le plaisir de dire combien nous pensons à elle et nous l’aimons. Oui, elles disposent d’une chambre pour prendre la fille de Fitz-James Stephen quand ils souhaitent la leur envoyer. Dans une de ses lettres Mme Strachey a déclaré qu’elle craignait qu’une hausse de 20 £ dans les frais  fermerait  la porte à beaucoup d’Anglais et l’ouvrirait à davantage d’Américains: mais elle laisse Mme Strachey avec les pouvoirs discrétionnaires de donner des anciens prospectus comme elle pense être pour le mieux. Le coût de la vie a tellement augmenté en France que pour maintenir leurs normes, elles doivent mettre en place des frais (à partir de 3000 fr à £ 3500 fr). Nouvelles diverses de plusieurs des élèves dont Sarah, Berthe et Gerty.

 

Dussant] à Mme Strachey   9/27/G/072   24 juillet 1875
Lettre écrite à partir des Ruches ». Sarah (Griffiths) passe ses examens les 28 et 29 et elle ira avec elle à Paris et sera plus nerveuse que Sarah en attendant le résultat qu’elle connaîtra le jour même. Quoi qu’il en soit, elle se trouvera le 2-3 août à Dieppe. Donne un compte-rendu de la façon dont Elinor (fille aînée des Strachey née 1860) se fait à l’école: elle et Elinor sont de très bonnes amies; Elinor fonctionne bien et pourrait passer tous les examens qu’elle voudrait: elle a choisi pour les deux amies exactement que elle aurait souhaité. 

[Dussant] pour «Ma Jeanne [Mme Strachey]   9/27/G/073   1 août 1875
écrites à partir des Ruches ». Elle relate la réussite de Sarah, non seulement a t-elle eu un succès complet, mais elle a été complétée par les examinateurs sur plusieurs sujets et sa version latine a été la meilleure en concurrence avec 60 garçons. Elle dit qu’Elinor va leur manquer, elle s’est elle-même habituée complètement à leurs manières, qui parut étrange au prime abord. Marie et elle sont hors de l’Italie 12 à 15 août 1867, la maison se  vidant peu à peu. 

[Dussant] à Mme Strachey   9/27/G/086   6 septembre 1876
écrite de Sienne. Elle se réjouit de l’angle de la Toscane; elles sont en ce qui les ramène au Moyen Age et elles ont quatre filles avec elles qui veulent voir Rome et Florence. Elles  ont quitté «Les Ruches» le 16 et se sont rendues à Clermont-Ferrand pour assister au Congrès de l’Association Française, fondée sur le modèle de la British Association. Elle aurait souhaité que les deux Jeanne et le général auraient pu être là. Florence, le 14. Tenues par le mauvais temps, elles ne sont pas en mesure d’aller à Rome, car les pluies ont duré. Marie aime toujours être en Italie et est donc toujours dans le meilleur des esprits. Toutes les deux souhaiteraient de ses nouvelles. Sarah a passé tout le mois d’août à la mer, elle est mieux, mais pas encore bien. Donne également des nouvelles d’autres personnes. 

Dussant] à Mme Strachey   9/27/G/090   c.11 décembre 1876
Elle a eu des nouvelles des déplacements de la famille Strachey par Fanny Rowe, mais elles ne savent rien de leur état ​​de santé. Aux «Ruches ERP un certain nombre de changements ont eu lieu depuis leur retour d’Italie, d’abord, c’est que Sarah [voir la lettre du 19 décembre 1874] a passé la dernière partie de son examen et transmis en mathématiques qui a fait sensation, et que sa réussite a été notée , même dans les colonnes du Times, mais le public ne tire pas la conclusion évidente qu’une jeune fille française pourrait faire la même chose si elle était préparée pour cela. La santé de Sarah s’est améliorée mais n’est pas encore rétablie, mais elles espèrent qu’elle sera de retour et travaillera pour le baccalauréat « es-sciences ». Elle a engagé deux professeurs, l’un français et l’autre anglais, portant ainsi sept à quatorze (?) les enseignants des élèves. Les choses vont mal pour eux, elles n’ont pas de nouvelles élèves anglaises et au lieu de dix ou douze Américaines seulement deux pour le moment. Elle doute de la publicité dans les journaux anglais. Elle demande à son amie de les conseiller. Elle parle aussi du problème qui se pose avec Gerty dont le seul lien avec sa famille était par le biais sa sœur, mais récemment, le père a commencé à lui écrire.

Dussant à Mme Strachey   9/27/G/110   27 juillet 1880
Pour dire Frances vient de mourir, son père ne sera pas là demain matin. Rédigé à 5h.25.pm

 

[Dussant] pour «ma chère Jenny Bien» [Mme Strachey]   9/27/G/111   28 juillet 1880
Sir James est arrivé ce matin-là trop tard pour voir son enfant dans la vie. Pour nous, il n’avait que des mots de reconnaissance reconnaissant de tout ce que nous avait fait pour son enfant. Elle n’oubliera jamais ses mots . Il a parlé de l’excellent service rendu par tous dans la maison, à la fois du personnel et les enfants. Ils vont mettre en avant les vacances. Lady Grant (la mère de Mme de Strachey) les avait invitées pour le 1 septembre 1880. Envoie des messages aux enfants. 

Dussant] pour «ma bien chère Jenny  ‘   9/27/G/114   c.30 juin 1881
écrite de Quimper. Demande quels sont les plans qu’elle a pour l’été et dit que leurs plans dépendront en grande partie des siens.À l’heure actuelle l’aiguille aimantée de Marie est orientée vers l’Angleterre, mais cette boussole est privée de son, et si elle ne la voit pas plus de la moitié du charme a disparu. Néanmoins, elle a une grande admiration pour son amie et il lui semble que si elle pouvait la voir elle reviendrait « meilleure, plus juste et consolée». Elle lui demande de lui écrire à l’adresse de Quimper et de lui donner les dates de son départ à l’étranger et son retour. 

[Dussant] pour «ma chère Bien Janie ‘[Strachey Mme]   9/27/G/115   8 juillet 1881
écrites de Nantes où elle est allée à partir de Quimper [voir lettre du 30 juin]. La remercie pour la réponse à sa lettre, elle est juste, on ne doit jamais montrer les souffrances,  celles éprouvées lorsque vous êtes connecté avec soi-même. Elle va essayer de les cacher. Elle pense que Marie ira en Angleterre. Elle demande seulement qu’elle [Mme Strachey] aimeront un peu, «CELA  ME FERA du Bien et me rendra plus forte.

Mlle Souvestre à Mme Strachey   9/27/G/117   8 novembre 1882
Discute état ​​de Lina de la santé à l’heure actuelle, elle revint d’Italie beaucoup mieux et à peine la toux du tout, mais mentalement, elle est malade et contre toute raison en fait trop, la seule chose, c’est de la laisser aller et espérer que son équilibre sera rétabli.

Dussant] pour «ma chère Jenny [Mme Strachey]   9/27/G/119   28 décembre 1882
Elle dit que les choses ne seraient jamais arrivées à l’état où elles sont aujourd’hui si elles avaient été près d’une amie comme elle. Si elle aime Marie pourrait-elle lui parler un mot de la raison. Elle ne peut pas comprendre pourquoi elle a maintenant la réputation d’être une femme nerveuse et très tendue. Une fois de plus, elle supplie: «jugez la, jugez moi, non par les mots MAIS en nommant les Faits et donnez lui non sage conseil, il arrivera malheur à toutes deux – malheur à ELLE, malheur à moi, malheur au pensionnat ».  

[Dussant] pour «ma chère Jenny Bien» [Mme Strachey].   9/27/G/120   13 janvier 1883
Elle veut écrire sur elle, comme elle croit fermement que son jugement, étayé de suffisamment d’informations, sera juste. Elle a une très haute opinion de son caractère. Elle dira un seul mot au sujet de l’argument de ce qui est advenu entre Marie et elle-même dans les dernières années. Marie croit sincèrement que mes sentiments blessés sont la cause de ma conduite ». Mais elle se trompe. La raison de son état ​​d’esprit est l’aspect commercial de l’école qui, si Marie continue de l’ignorer va atterrir dans la cour de la faillite. Elle a élaboré trois plans d’action possibles si elles envisagent de continuer, mais elle pense que le plus sage pour elle serait de s’en aller pour des raisons de santé. Marie, pour sa part dispose d’un projet pour la construction sur un terrain qu’elle n’a pas encore payé et pour lequel elle aurait besoin d’au moins 4000 livres de capital. Et après vingt ans de travail, nous avons chacun seulement 2000 livres  chacune. Elle fait la description de l’école qu’elle décrit comme entravée par des dettes et la surpopulation (48 élèves à instruire). En 1870, lorsque la guerre éclata, elles se rendirent en Italie. Elle ne pense pas que les détails qu’elle donne de la gestion du point de l’école à une bonne administration.

 

[Dussant] pour «Ma chère Bien Janie ‘[Strachey Mme]   9/27/G/122   5 mars 1883
Elle n’a rien reçu de Mme Strachey et il n’y a pas deux façons d’interpréter son silence. Elle se dit surprise qu’elle ait pris une décision sans l’entendre et sans la rencontrer. Elle pense que la mise en place porteront sur : sa réputation est faite et les parents sont loin, mais à elle qui a fondé l’école et à qui elle appartient, le fil de l’esprit déjà n’existe plus HNE changement ». Elle demande si elle et le général sont satisfaits des études de Dorothy depuis qu’elle a été aux «Ruches». Il semble impossible que, si elle [Mme Strachey] avait été mieux informée, elle aurait vu plus clairement. 

 

Mlle Souvestre à Mme Strachey   9/27/G/123   6 mars 1883
Elle est sûre que son amie a raison et que la rupture entre elle et Lina est inévitable et que de retarder aggravera seulement les choses entre eux. Son cœur souffre pour Lina, mais maintenant elle commence à parler en public contre la maison et aux enfants. Il est possible que l’absence d’un ou deux ans à compter des «Ruches » peut induire une perspective différente dans sa vie mais pour le moment elle ne parle que d’un départ définitif. Elle a convoqué un avocat, et elle exige que  sa part lui soit remise afin qu’elle puisse partir. 

 

[Dussant] pour «Ma chère Bien Jannie ‘   9/27/G/124   21 mars 1883
écrites à partir des Ruches ». La remercie pour sa lettre et tout ce qu’elle contenait d’affection pour elle. Tout change aux « Ruches ERP si rapidement que chaque jour elle se retrouve face à une situation nouvelle. Rien n’est stable et on ne peut pas distinguer le vrai du faux. Elle est d’accord avec elle que la meilleure solution pour elle-même serait de prendre sa retraite et quitter la maison qu’elle a fondée et dans laquelle elle a mis toutes ses forces. 

 

 

Mlle Souvestre à Mme Strachey   9/27/G/125   9 mai 1883
écrite de Versailles. Pour la remercier de tout le soutien qu’elle lui a donné au cours de cette triste affaire. Sans son aide, elle n’aurait jamais été en mesure de démêler gratuitement l’enchevêtrement de sentiments et d’idées de Caroline et nous serions restées dans le statu quo ce qui aurait inévitablement perdu pour nous les « Ruches » ‘. Elle veut être juste pour Caroline. Elle sait qu’elle a des défauts et que ces défauts ont contribué à la rupture de la relation entre elles. Enfin, elle dit qu’elle ne peut que remercier et bénir son amie de son aide pour sauver ce qui peut être sauvé d’une telle position compromettante. Elle espère que son grand sacrifice sera utile à quelque chose. Elle pense que, lorsque C(aroline) sera propriétaire, elle se régaleront de pouvoir et d’être moins difficile à traiter. En ce qui concerne ses propres plans pour l’avenir, elle ne peut maintenant aller en Bretagne que sa sœur et son beau-frère souhaitent venir à Paris pour voir leur fils. Elle se propose donc de rester à Versailles pour les voir, puis si son amie  ne peut l’avoir à la fin de la semaine prochaine ou au début de la semaine qui suit, elle va commencer son existence errante » ‘. Son amie est maintenant son seul point fixe. Elle a toujours ressenti le besoin d’une amie proche et de confiance à qui elle puisse se confier, «et vous êtes maintenant pour moi CE Quelqu’un». 

Mlle Souvestre à Mme Strachey   9/27/G/127   27 mai 1883
écrite de Versailles. Elle a été retardée par une série de petits événements qui ont fait qu’il est impossible pour elle de quitter, mais elle a enfin fixé le jeudi et espère être en Clapham pour le vendredi. Elle sait que tout va bien aux «Ruches»: que Lina ne souffre pas de l’augmentation de la charge de travail en raison de son départ [de Marie]; que madame Geisler, comme elle a toujours prédit, a été rappelée, et est venue au premier appel . Enfin la présence de cette dernière donnera Caroline le sentiment que tout ira bien. Elle (Caroline ou madame Geisler ?) continue à croire et à dire qu’elle a pris la part mauvaise, et qu’elle [Marie] a la Bonne et ainsi de suite,  qu’elle est convaincue qu’elle a tout le pouvoir dans ses mains aux ‘Ruches », « j’éviterai en plus important de la rencontrer.

 

[Dussant] pour «Ma chère Jannie ‘[Mme Strachey]   9/27/G/136   c.27 avril 1884
écrite de Kensington. Le fait qu’elle n’a pas été voir Mme Strachey alors qu’elle a été plusieurs jours à Londres, c’est qu’elle a eu le sentiment que sa visite ne donnerait à Mme Strachey aucun plaisir. Aujourd’hui, l’influence de Mme de Strachey a remplacé la sienne après de longues années. Si Marie est heureuse par l’influence de Mme de Strachey, plutôt que de la sienne, elle n’en sera que trop heureuse.  [Il s’agit de la lettre originale et il y a aussi une copie]. Cachet de la poste le 27 avril 1884.

 

Mme Strachey à Mlle Dussant   9/27/G/137   c.28 avril 1884
En réponse à sa lettre du 27 avril, dans laquelle elle rejette sa part de participation à la séparation survenue entre Mlle Dussant et Marie. Le différend entre eux était tout à fait sur ​​les affaires des Ruches dont elle ne savait rien, Marie n’en ayant jamais soufflé mot à l’époque mais seulement bien longtemps après qu’elle eut entendu parler par elle (Mlle. Dussant). «J’ai n’eu, hélas, pas de conseils à lui donner jusqu’à ce que vos actes aient détruit votre relation au-delà de la probabilité d’une récupération». [Il s’agit d’une copie de cette lettre et aussi une version française. Également une copie de la lettre de Lina]. Cachet de la poste le 28 avril 1884.

 

 

Poster un commentaire

Francine et Lise Souvestre

Nombre de biographies ne tiennent pas compte de leurs signatures dans les courriers et se trompent dans leurs prénoms. 

Notice en construction; mars 2017    M-F Bastit-Lesourd 

Leurs parents

Elles sont les filles du premier mariage de Jean-Baptiste Souvestre avec Marie Perrine Le GOFF née le 27 mars 1767 à Morlaix.  (pour ma part je descends de ce couple par leur petite-fille Angélina; voir généalogie sur généanet)

Le mariage eut lieu le 4 juillet 1787 paroisse St Martin.

Le couple eut plusieurs enfants: Francine en 1788, Lise en 1789; Jean-Baptiste en 1791, Jean-Pierre Théodore en 1792.

Le 26 octobre 1794 Perrine Le Goff meurt laissant Jean-Baptiste Souvestre veuf avec ses enfants.

Moins de deux ans après, le 5 juin 1796, Souvestre se remarie avec Marie Françoise BOUDIER âgée de 30 ans.

Les témoins sont Jacques François Thiraux receveur des Douanes 22 ans et Aimable Alexandre Le Roy marchand 36 ans. François Marie Pinchon signe aussi l’acte de mariage.

Un entrelacs de liens familiaux

Les familles alliées des Boudier sont très présentes dans la vie des sœurs aînées d’Emile Souvestre que ce soient les Le Roy mais également les Carof par la sœur de Françoise Boudier.

Cécile Carof, l’épouse de Prosper Simon est la fille de Jacques Pierre Théophile Carof (1787-1864) époux de Reine Perrine Josèphe Aimez (1791-1853), fille de Jacques Rémy Aimez et de Catherine de Grooters mariés à Quimper en 1812.  Reine Aimez est née le 5 octobre dans cette ville et elle y décède à l’âge avancé de 91 ans le 13 mai 1883. 

Françoise Carof sœur de Cécile épouse le peintre et professeur de dessin Léopold Beau (voir article sur Léopold Beau in « lesamisdesouvestre »). 

Son grand-père Gilbert Carof de Kervezec est marié à Cécile Françoise Perrine Boudier, sœur de la première épouse de Jean Baptiste Souvestre. Son père, Jean Baptiste Boudier de Suguenson est marié à Thérèse Pinchon.

Bizien Guillou de Lanmeur est l’époux d’Eulalie Carof  le 17 juillet 1784.

Par les Carof alliances vers les Beau dont l’un d’entre eux, Alfred deviendra l’époux d’Ada-Anna fille d’Emile et Nanine. 

Marie Françoise Catherine dite Francine

Née le 12 avril 1788, elle a 16 ans de plus que l’écrivain mais ce dernier lui est très attaché.

Le 6 septembre 1808 Francine épouse François Marie Pinchon un cousin de sa marâtre. François Pinchon est né à Morlaix en 1782. Il est le fils de Bonaventure Pinchon et de sa parente Marie Adélaïde Pinchon et a plusieurs frères dont Gilbert et Aimable tous deux dans les Douanes et une soeur, Angélique.

Le couple s’installe à Taulé en Penzé dont le port est très actif à l’époque et Pinchon y exerce la profession de négociant ce qui le met en contact avec nombre de personnes entreprenantes de la région. Il est également adjoint au maire de Taulé.

Plusieurs filles naissent au foyer de Francine et François avant l’arrivée d’un fils très attendu par le père.

  • Eugénie née le 7 juin 1810
  • Céline
  • Angélina née le 28 avril 1817; elle meurt le 28 août 1888 à Pleyber-Christ. Elle épouse Aristide Andrieux son cousin car leurs grands-mères, Perrine et Jeanne Le Goff étaient soeurs.  Perrine a épousé Jean-Baptiste Souvestre tandis que Jeanne devenait la femme de Pierre Riou un négociant en vins de Morlaix.
  •  Pauline ?
  • Ernest né en 1821

 

François Pinchon décède  le 17 septembre 1857 à Taulé à l’âge de 73 ans. Son frère Gilbert ancien vérificateur des Douanes déclare le décès.

Francine, a reçu comme nombre de jeunes filles les bases de l’instruction afin de seconder leurs époux dans les activités de négoce, mais elle est avant tout une maîtresse de maison. Elle correspond avec la famille de son époux et en particulier le plus jeune des beaux-frères, Aimable, qui est apprécié par tous. Aimable Pinchon, jeune beau-frère de Francine , après des débuts difficiles, poursuit son ascension dans les échelons des Douanes et exerce alors la fonction de directeur dans différentes villes. Il est à Brest lors de la naissance de Marie Claire fille d’Emile et Anne Papot en 1834 puis il part à Libourne en 1836.

Francine a quatre filles et Émile se trouve être à peine plus âgé que ses nièces dont l’aînée n’a que quatre de moins que lui. Aux vacances scolaires, il les retrouve avec plaisir. Plus tard, lycéen, il vient accompagné de camarades de classe qui sont reçus dans ce foyer accueillant et des mariages viendront conforter ces amitiés. Ce sont ces moments de vie familiale que Céline Feillet relate dans une étude consacrée à É.Souvestre qui fut primée au « Concours de la Pomme » en 1887.

  • C’est à deux lieues de sa ville natale qu’il revenait chaque année passer des vacances. Il avait là dans un délicieux village qui s’appelle Penzé, un frère et une sœur tendrement aimés, puis quatre jeunes nièces qu’il adorait et dont il se plaisait à développer les facultés naissantes. Le futur professeur de Brest, de Mulhouse et de Genève se faisait le précepteur volontaire et dévoué de ces charmantes enfants qui lui payaient en tendresse son affectueuse sollicitude. C’étaient alors de longues et instructives causeries, d’intéressantes lectures, des récitations de morceaux classiques. Le jeune oncle imaginait des charades, de petites pièces, composées par lui en quelques minutes, avec cette prodigieuse facilité d’improvisation dont il était doué [….] Non seulement Souvestre avait le droit de s’asseoir à ce foyer hospitalier, mais on lui permettait d’y amener ses amis : le doux poète Turquéty, Guépin, l’occuliste nantais aussi célèbre par sa science que sa charité. D’autres, moins connus, mais dont les noms mériteraient pourtant d’être cités. Douces heures d’innocence et de gaîté, heureuses années dont le souvenir est encore vivant dans le cœur de ceux qui l’ont vécu. Quand venait l’heure du départ, c’était un redoublement d’affectueuse intimité. Pour ne pas trop souffrir de l’heure présente, on songeait à celle qui réunirait encore. Puis la correspondance s’établissait.

Aimée-Eugénie née le 7 juin 1810 est l’aînée des filles Pinchon et J.Baptiste Souvestre, son grand-père, alors ingénieur des Ponts et Chaussées, est présent pour la naissance. Comme nombre de filles de négociants, elle reçoit une instruction solide pour l’époque. Ce fut sans doute à Morlaix chez les Ursulines. Elle semble être celle dont Souvestre remarque l’intérêt pour les questions politiques et sociales. Eugénie n’est pas la première à prendre époux. Avant elle en 1834, Angélina, devient à 17 ans l’épouse du papetier Aristide Andrieux ainsi que Francine Pinchon, leur mère, l’annonce à Ange Guépin dans un courrier de 1834 conservé à la médiathèque J.Demy de Nantes.

  • Mon cher Guépin,
    Comme on dit dans le monde –partager ses peines et ses plaisirs à ses amis. C’est à ce titre que je viens vous faire part d’un événement heureux qui se prépare dans ma famille. Le mariage de la plus jeune de mes demoiselles est arrêté avec son cousin Aristide Andrieux.
    Comme vous connaissez mon neveu, je n’ai pas besoin de vous dire tout le bonheur que nous attendons de cette alliance. […] Croyez qu’ici on ne vous oublie pas et combien de plaisir nous éprouvions à vous revoir dans notre pays et à vous prouver toute l’amitié et la reconnaissance que vous ont vouée les Penzéniens.
    Je suis votre amie, Pinchon née Souvestre.

Trois ans plus tard, en 1837, un autre jeune homme qui fut lui aussi élève du lycée de Rennes et lié d’amitié avec le groupe des morlaisiens, demande Eugénie en mariage : Jules Jean Feillet né à Lorient le 23 février 1809, enseigne de vaisseau depuis le 1er janvier 1833.

 

Marie Margueritte Louise Perrine dite Lise 

Née le 13 décembre 1789.

Le 31 mai 1826, elle épouse à Morlaix Mathurin Marie Aimé COUHITTE  né le 17 septembre 1786 à Ste Croix d’Oléron -17- son père est négociant.    Ancien capitaine d’artillerie, Aimé est devenu capitaine au long-cours.

Le couple est sans descendance.

ADLA lettre de Morlaix du 19 août 1829 de Lise Couhitte.

En 1829 son époux souffre de maux de tête importants pour lesquels on lui pose « une mouche au bras après 8 jours mise sur le coup(sic) »   mais cela s’avérait gênant.  On lui pose également des sangsues pour désengorger le sang.

Elle sert d’intermédiaire entre son demi-frère et François Painchaut l’inventeur de la « machine à rider » et le nantais Ange Guépin et elle lui donne des nouvelles de son environnement morlaisien.

  • « Caroline et Corentine Caroff sont chez Maman. Elles sont jolies mais n’approchent point Eugénie et Céline » . (filles de Francine)

Elle évoque aussi Pauline et Ernest ( ?).

Dans une autre lettre à son demi-frère elle lui parle d' »Emilie (Peyron) venue de Quimperlé avec Angélique et les deux nièces Guillou ». Emilie est la sœur de Sylvain Peyron époux de Zoé Le Guillou de Penanros. Avant son mariage sa sœur Victoire tenait son ménage en Normandie. Victoire épousera ensuite Alexis Ballot-Beaupré. Ils sont les parents de Cécile la première épouse de Souvestre.

Lise évoque également Aimable Le Roy qui a de graves problèmes financiers avec ses créanciers. Cette famille compte aussi beaucoup pour Souvestre.

Un autre morlaisien est mentionné, le père KerDaniel (Homon Kerdaniel?) qui est devenu fou et qui fut envoyé sur Paris pour être soigné mais est décédé 4 jours après son arrivée dans la capitale.

  • Sa femme décéda le 24 août 1841, âgée de 72 ans, chez sa fille ( belle-fille), Madame Couhitte, qui demeurait quai de Léon.  La maison familiale avait été mise en vente (vers 1835) par les enfants de M. Jean-Baptiste Souvestre, Mesdames Pinchon et Couhitte, Jean-François Souvestre, représenté par sa veuve et sa fille, et M. Emile Souvestre, homme de lettres, époux de Mme Nanine Papot.

 

Poster un commentaire

Emile Souvestre et Edouard Turquéty, correspondance

J’ai retranscrit dans cet article  les courriers de Souvestre à Turquéty conservés à la bibliothèque des Champs Libres à Rennes et inédits jusqu’à la parution de mon article aux Cahiers de l’Iroise et du Léon en 2007. Ils avaient été utilisés par Saulnier pour sa biographie de Turquety et ils ont été repris après qu’il en ait eu connaissance par le biais de mon article par David Steel avec des erreurs ou inexactitudes d’interprétations des faits. 

M-Françoise Bastit-Lesourd, 2004-2017

Lettre N°1, 13 Juillet 1826    Nantes       405

Mon cher ami je ne vous demande point pardon d’être resté si longtemps sans vous écrire. Si je m’étais mis dans la position d’avoir besoin de votre indulgence je ne la mériterais plus car tout se pardonne en amitié plutôt que l’oubli :  mais un mot vous donnera l’explication de mon retard : j’étais malade !…un mal de gorge très violent m’a mis dans l’impossibilité d’écrire et de penser presque. Je commence à peine à me reconnaître – aujourd’hui   pourtant j’essaierai de causer avec vous- d’abord vous sentez bien  puisque je n’ai point trouvé un moment pour vous écrire à plus forte raison je n’en ai point trouvé pour composer. Ma tête mon pauvre ami est vide comme un ballon dégonflé et si je n’étais pas si heureux du côté des affections du cœur, je me croirais vraiment transformé en une demi statue de pierre que nous voyons agir parler et manger autour de nous dans le monde et que l’on appelle même si je crois des hommes quoique ils n’aient rien d’hommes que la figure et les mouvements mais à la     joie de mon âme je rende mon ami et avec plaisir que je prouve en vous écrivant  je sens encore que je porte un cœur d’homme et que je suis digne d’être placé dans une autre classe que celle des automates. J’ai peu sorti et toujours j’ai suivi la même route quand on est avec une personne que l’on aime les plaisirs ?? à la peine cela est dans le cœur qui bat près du votre et dans le regard qui vous contemple aussi aimant n.. ? à suivre le même chemin. Nos pieds tout habitués à ce sentier ; ils font leurs fonctions machinalement et nous qui ne sommes pas obligés de dépenser notre   ?    notre    des choses   qui nous intéressent. Attention pour la diriger nous la fixe     tout entière …. Des choses qui nous intéressent     ….     Le bel age        nous ????

Vous êtes aussi de ces rêves mon bon Edouard. Là vos pères et du vous a aimé aussitôt. Ce qui ne pouvait manquer d’arriver)  c’est vraiment un     ? ai-je dit avec enthousiasme = c’est quelque chose de plus m’a-t-on répondu…c’est un homme bon et sensible. C’est bien à peu près ce que je voulais dire aussi moi car je n’accorde le titre de poète qu’à l’âme noble et grande qui comprend et peint la vertu mais j’ai été heureux de voir que l’on vous jugeait si bien sur vos ouvrages…..oh continuez, mon brave ami je vous sais garant du succès et ce qui est plus, de l’amitié avant que je connaisse vos élégies mais elle a redoublé lorsque je les ai lues. Toute votre âme est là….et elles sont bien belles et bien pures !..je ne sais point faire d’éloges mon ami mais j’aime d’autant ? tout ce qui annonce le cœur aimant et le votre est à découvert !…continuez mon ami c’est bien, très bien ; je serais si heureux de votre gloire !.. vous aurez encore fait sans doute quelque  pièce ? nouveau,  achevé peut-être quelque plan ancien !..je verrai tout cela   mais je vous en prie ne m’écrivez point vos vers dans vos lettres à moins que je vous le demande. L’année prochaine je le verrai jusque là puisque je ne puis avoir avec vous que de courtes et rares communications, qu’elles soient toutes entières consacrées à l’amitié ! j’aime le poète en vous mais je préfère encore l’ami : parlez moi de vous toujours, de vous, de vos sentiments, de votre bonheur ou de vos peines ; s’il vous reste alors un petit coin de papier, vous me parlerez de vos vers !…o mon ami la gloire est belle, rare, nous   ?   est quelque chose mais le bonheur !….dîtes-moi donc avant tout s’il est possible que vous êtes heureux. Le désir de gloire est le rêve de quelques .. ?.. d’en attention qui deviennent plus rares à mesure que nous avançons dans la vie. Le désir de renommée disparaît entièrement avec la jeunesse mais le vrai bonheur est le songe de l’existence entière, le dernier souhait du vieillard qui tombe dans l’éternité !…espérons que ce souhait s’accomplira pour vous Edouard….vous vous tourmentez comme moi de douleurs imaginaires, souvent nous souffrons sans savoir pourquoi !…est-il donc si difficile de . ?.. la paix mon ami ?….Vous êtes près de votre mère songez à elle et soyez heureux _ je vois mon papier finir….je ne crois pas que ma lettre quoique sérieuse vous paraisse triste. Je l’ai écrite avec attendrissement mais sans mélancolie puisse t’elle vous plaire. Je ne la relis, à quoi bon ? elle en ?parle sans doute des choses que vous connaissez . elle m’exprime et je ne puis en changer ni ne point me montrer toujours tout entier dans ce que j’écris, pardonnez moi donc la monotonie et le commun des pensées en faveur de l’intention. Je voulais vous parler de mon amitié, puisse ma lettre vous en avoir persuadé. – adieu mon bon ami, je vous embrasse. Ecrivez-moi le plutôt que vous le pourrez et surtout écrivez longuement.

Je vous embrasse et je vous aime

A vous  E.S

Mon adresse est  Mr S chez Mr Carissan, demeurant quai Brancas N°5

 

 

Lettre N°2     20 ? juillet 1826    Nantes

A Mr E.Turquéty chez son père à Rennes

Vous ne pouviez m’écrire plus à propos mon ami, et la diligence que vous avez mise à m’écrire me prouve l’intérêt que vous voulez bien prendre à moi : à peine relevé du lit et non encore parfaitement guéri (car je suis loin de l’être) mon ami aussi  est tombé malade et il est encore dans le lit au moment où je vous écris ; il est inutile de vous exprimer combien ce nouvel accident m’a contrarié(pour ne rien dire de plus) ce sont de ces positions qu’un cœur comme le vôtre comprend sans commentaires j’aurais tort  pourtant de dire que je suis malheureux :   mon ami n’est nullement dans un état inquiétant sa sœur le soigne avec moi et       je suis à ses côtés : on n’est point malheureux quand on a tant de sujets de consolations et j’ajouterais mon bon Edouard quand on reçoit des lettres de vous. Si ma lettre était affectueuse, ce que j’ai essayé de faire, la vôtre ne lui cède en rien et après l’avoir lue je ne puis que vous remercier et répetter(sic) avec vous du fond de mon âme aimons-nous, n’est ce point la première chose d’être aimé ?  oh oui mon ami c’est la première chose, la seule chose de ce monde tout le reste n’est bonheur ou malheur que par l’influence qu’il exerce sur l’amour ; l’amour seul est bien ?  la félicité. Ce que vous dites de vos rêves et de la croyance qu’il y a eu des temps meilleurs que ceux-ci vu ce que voyons en imagination existait ou cette vie de l’âme que nous tachons ‘exprimer dans nos vers était la vie de l’homme sur la terre ; XX tout cela mon ami est vrai et profond  c’est comme un souvenir des vies que notre âme exilée ?? des terres que dieu a gardé. C’est la mémoire du paradis terrestre   elle est dans le cœur de tous les hommes qui sentent encore ?? et ce sentiment n’est peut-être que l’instinct des joies qui nous attendent aux cieux. – ne me remerciez pas des encouragements que je vous donne, c’est une dette que je paie et je suis loin de dire tout ce que je pourrais dire. Mr Mellinet à qui j’avais montré vos poésies est aussi sous le charme et vous supplie par mon entremise de lui accorder une pièce pour le Lycée qu’il espère relever par de pareils morceaux, il voulait vous écrire lui-même pour vous le demander mais j’ai offert ma médiation  et il a accepté. Un petit sacrifice mon ami ! donnez une pièce ; elle ne sera pas sans doute remarquée comme elle le mérite mais elle ne serait pas perdue. Je compte aussi en donner une ; désignez moi celle que vous croyez que je dois donner. Si vous pouviez aussi envoyer quelque romance pour mettre en musique. Mr Mellinet va devenir éditeur d’un journal de musique intitulé « la Lyre armoricaine » envoyez cette petite pièce je vais la voir. On y fera un joli air. La pièce est un peu faible mais elle sera meilleure que tout ce qu’on a mis en musique ; ce sera mille fois trop bon pour des ? et avec un joli motif elle peut produire un effet délicieux. – j’avais promis de ne point vous parler de vers mais je veux que vous voyiez la seule pièce que j’ai fait ici  j’ai entendu une voix ( celle de la sœur de mon ami) telle que vous n’en avez peut-être jamais imaginé. Figurez-vous l’accent de la plainte et de la prière avec ce que la supplication a de plus triste. C’est de plus doux et vous aurez une idée de cette voix ébranlante et mélancholique(sic) qui fait mal et plaisir en même temps. Cet accent extraordinaire m’a donné  l’idée d’une pièce dans laquelle l’amant se plaindrait à la bien-aimée de ce qu’elle aurait ainsi une voix triste et souffrante on pourrait intituler la pièce  « Sa voix ». ou « La voix »

Sa voix

Ô ne me parle plus amante bien aimée !…

Ton accent est si triste il me fait trop de mal,

Il a glacé la joie de mon âme alarmée

A mon âme il semble fatal

On dirait qu’éprouvant quelque charme funeste

Ta voix mélange heureux d’amour et de douceur

Doit à jamais garder sa tristesse céleste

Même en parlant de bonheur

Et quels désirs XXX dans ton cœur peuvent naître ?

Ne verra-t’on jamais sur ta bouche un sourire

Ah je n’ai rien pour plaire !…et quelqu’autre peut-être

Eut mieux consolé tes larmes !

Hélas cette pensée en vain je la repousse

Je me répette(sic) en vain que je fais ton bonheur

Toujours toujours ta voix mélancholique(sic) et douce

Comme un poids tombe sur mon cœur !…

Oh laisse ce triste accent à la colombe errante

Qui cherche en vain son ramier disparu

Le soir sur un cyprès gémissante

Au fond d’un bosquet inconnu !

Laisse ce triste accent à la voix du poète

Le poëte est ici pour chanter et souffrir(manque)

La lyre du malheur doit être interprète

Chaque son doit être un soupir :

Mais toi lorsque le ciel te donne à ma tendresse

Livre toi toute entière à cet instant des cieux

Et garde dans ton cœur cet accent de tristesse

Pour l’heure triste des adieux !

Vous trouverez bien des strophes faibles la première surtout – gardez la lettre adressée à Guépin, vous me la rendrez lorsque j’irai à Rennes. – demandez à Trovius son adresse et envoyez la moi : je ne ??ai  pas comme vous le voyez d’abord de votre complaisance je sais qu’elle est aussi inépuisable que votre amitié : si vous avez quelque chose de nouveau écrivez-le moi pourvu qu’il vous reste ce la place ? je suis si bête aujourd’hui (je dis cela comme si je ne l’étais pas habituellement) que j’ai été obligé de remplir une lettre de cette élégie…j’en suis presque fâché maintenant !… n’importe il me reste assez de place pour dire que je vous aime et que je vous embrasse.

Tout à vous Emile S

 

Lettre N°3   Morlaix, 2 septembre 1826

vous devez être étonné mon cher Turquéty d’un aussi long silence de ma part ; vous le serez encore peut être d’avantage lorsque vous saurez que mon ancien mal de gorge  et ne m’a point quitté depuis un mois pendant lequel il a pris toutes les formes imaginables. Maintenant je suis encore affecté d’une inflammation du palais de la langue et d’une amidalle(sic). L’ennui de souffrir m’a tellement flétri que je vous avoue à ma honte que je n’ai pas eu la force de vous répondre plutôt. Je le fais maintenant, non  parce que j’éprouve moins de douleur mais parce que je       ‘y suis plus habitué. – vous verrez que cette lettre vient de Morlaix ; il est inutile de vous dire que l’éloignement dans lequel je me trouve de mon ami ne contribue pas à ma guérison et que la séparation surtout a été assez pénible pour laisser de tristes traces tour ?? les liens qui peuvent attacher un homme à  un lieu m’attachaient à Nantes !.. vous Edouard qui avez une âme pleine de vie  vous comprendrez sans commentaires combien d’un souvenir de 18 siècles d’heures tristes j’ai passé et je passe encore ici. – j’aime ma famille et j’en suis aimé ; mais outre que nos sentimens ne s’accordent point parfaitement sur tout et que ma sensibilité (juste ou exagérée) leur  parait de l’exaltation ou de la bizarrerie ;   le mal que je souffre en m’empêchant absolument de parler m’isole de tout le monde et me retire toutes les distractions  qui pourraient détourner mon esprit des idées pénibles. Par-dessus tout cela je ne reçois point de lettres de Nantes !.. – o mon ami  je ne     ais pas de tout dire avec vous et d’exprimer tout ce que mon cœur  a senti !.. j’ai vu le spectacle le plus douloureux  que je pouvais craindre : une famille  qui court à la perte par sa faute qui voit le précipice et qui n’a pas la force de l’éviter. Ajoutez qu’elle y entraine ceux que j’aime le plus  au monde et vous aurez une idée de ce que j’éprouve !..- mais je m’aperçois que ma lettre devient une complainte !.. pardon mon ami de vous attrister de mes inquiétudes  j’ai tant de besoin de me décharger ce poids qui me pèse sur le cœur.

Il est bien temps que je réponde à votre lettre. – j’ai donné vos deux morceaux à Mr Mellinet il les a trouvés charmant comme cela devait être et moi je vous déclare que si la vierge du Prieuré n’étonne pas les lecteurs du Lycée ils sont tout à fait indignés de lire de    et vraiment bonnes élégies et je les voulva  ….Blanchard de la musse ! vos stances à refrain peuvent avec un air produire un effet charmant   le malheur est que nos ……Bretons sont tant soit peu communs dans leurs motifs. J’ai sous les yeux la 1ère livraison de la Lyre armoricaine  c’est bien gravé mais mal composé. Je ne puis louer dans      cela Mr Mellinet qui fait des sacrifices d’argent et de temps  pour éveiller (?? moins )?, patriotes  qui dorment d’un sommeil de 18 siècles et aiment autant  danser (?,douter)  sur un air ??(ourain) de Paris. Si jamais l’ignorance a un temple au monde je demande la priorité pour mes frères bretons qui sont d’une fidélité vraiment scrupuleuse au culte de la déesse.

J’espère avoir l’avantage dans quelques jours de posséder ici Provins. Heureusement que nous sommes dans une saison où les vivres sont abondants ; nous pourrons lui présenter une table qui adoucira son regard jusqu’à la tendresse directe, c’est un bon enfant et comme et comme il est en voyage j’espère qu’il aura laissé ses vers à Vannes à cette condition nous ferons excellent ménage.

Je crois bien que l’année prochaine j’irai passer quelques temps à Paris : tachez donc mon ami d’y venir faire imprimer vos élégies. Nous débuterons ensemble et pourvu que l’un de nous réussisse ce sera déjà un succès pour l’autre. Travaillez sérieusement vous pouvez avoir un bon gros volume sous peu. Moi j’ai augmenté un peu mon portefeuille. Vous verrez une élégie intitulée « Le sentier », une autre « la nacelle », une autre « L’île ». J’espère que vous en serez content. J’ai tant de choses commencées que je ne sais à quoi donner de la tête. Peut-être mon ami dans deux ans serons nous assis ensemble à la représentation d’une pièce de moi….dieu veuille que ce ne soit pas à notre honte….amen – je m’établirai probablement à Rennes nous travaillerons ensemble ; je n’ai pas oublié notre projet de ballade. L’idée de voir nos noms réunis (je n’ose dire dans la postérité ; c’est trop fort même dans une lettre) mais au moins sur la 1ère feuille d’un ouvrage flatte mon cœur ; j’aimerais que l’on sut que j’ai été votre ami ;  car ce serait au moins une recommandation pour mon caractère.- nous pourrons suivre des sentiers un peu différens si les circonstances nous forcent à agir mais toujours le même guide, la conscience, nous(barré) présidera à nos actions ; si nous nous trompons nous nous tromperons de bonne foi et toujours du moins nous nous réunirons au ?? même point car nos deux chemins y conduiront….. nous espérons tous deux dans le ciel !..

– J’ai vu à Nantes la pièce de Boulay pour la tour du Four ; c’est une divagation fort extraordinaire   où il rappelle l’enfant des sublimes concerts ?, mais où je n’ai rien trouvé de sublime. Au surplus …il la trouve lui fort originale moi je la trouve au moins extrêmement bizarre.

 

Adieu mon cher Edouard portez  vous bien et soyez heureux et faites de bons vers. Le dernier souhait s’accomplira si vous le voulez je désire de toute mon âme que dieu accomplisse les deux autres. Adieu je vous aime je vous embrasse.

Tout à vous    E.S.

 

Lettre N°4   Morlaix, 28 sept 1826                                                  412

Difficile à lire ; écriture descendante.

Turquéty a signé la lettre-contrat comme le lui demandait E.Souvestre mais ne l’a pas renvoyée. Sa signature est très enfantine par rapport à celle de Souvestre.

Mon cher turquéty

Votre silence m’inquiète : je vous ai écrit de Morlaix il y a déjà longtemps et je ne reçois aucune réponse que vous est-il donc arrivé !…je vous en prie si mon repos vous est cher écrivez-moi. Je vous aime mon ami ; je ne peux rester dans l’incertitude de votre sort et j’ose croire que vous vous plaisez à m’en faire part. dites-moi tout ce que vous pouvez dire ; dites-moi surtout si vous êtes heureux. L’âme est-elle tranquille ? le corps est-il bien portant ?…la santé aussi est un bien précieux. Je le sais maintenant plus que jamais que les souffrances continuelles me tourmentent. Je suis triste et malade mon bon  ami et pourtant mon âme est riche et Dieu me traite du coté des affections du cœur en fils protégé et chéri…..puissiez-vous éprouver les mêmes bienfaits et de plus encore la santé la tranquillité le repos !…- vous ne sauriez croire mon ami combien je tiens à vous voir heureux !/ o aimons-nous toujours quelque soit notre sort. Si jamais mon bon Edouard (ceci  est une pensée noire, mais  ne vous attachez qu’à la proposition que  vous fait l’amitié)  si jamais l’un de nous  mourrait laissant des travaux imparfaits  que l’autre promette de les réunir de les achever s’il le faut et de payer à la mémoire de son ami un juste tribut de pleurs et de regrets… ! acceptez-vous cette proposition mon ami ? si cela est que cette lettre soit un contrat entre nous ; signez la et que tout soit terminé….si je succombais le 1er mon amitié vous associerait Carissan ce serait à vous deux de me composer une couronne funèbre  de ces pales fleurs      parler de vous ) ?? moi et dont je n’aurais pu encore former (???)d’évidence…..pensez à ceci- adieu aimez-moi écrivez moi de suite !… tout à vous   E.S.

Lettre N°5  Morlaix,  3 mars 1827

Mon cher Turquéty

Encore un rêve. Paris devait agrandir mes idées ouvrir  un nouvel horizon pour moi…..Paris est un amas de crottes de maisons mal baties habitées par des hommes qui n’en savent pas plus long que nous provinciaux et qui ne nous valent pas ; voilà la capitale !.. je n’ai rien vu qui ait répondu à mon attente. Les galeries de tableaux m’ont ennuyé les antiques m’ont endormi et les tragédiens de l’odéon !..oh plaignez moi mon cher Edouard si je fais représenter par eux ma tragédie ! et que je sois obligé d’assister à son martyre (barré sa représentation). Cela abrègera  ma vie de dix ans. J’ai  irien ??rieux s’il (pliure)e impossible de juger  une pièce jouée par de tels artistes cela est (pliure)  ….du ridicule : ils n’ont pas prononcé un hémistiche, un seul hémistiche convenablement dans tout le cours de la représentation.  Ligier il est vrai ne jouait pas mais je crois qu’il est l’unique acteur de l’odéon et que les autres n’ont pas même le bon sens aire ?? pour distinguer le ridicule du beau …  cela est consolant  pour un auteur

j’irai demain aux français et je verrai si talma a laissé quelque trace. –  je ne me suis encore occupé de rien ici ; il faut que je connaisse tous les théâtres – les ressources de chacun d’eux et la méthode a suivre avant de me lancer  dans la carrière. Au reste l’ineptie des acteurs que j’ai vu m’a déterminé à refaire les scènes de ma pièce qui eussent été trop difficiles à jouer si je ne veux point (pas) que la représentation ait tout à fait l’air d’une parodie : j’ai donc fait disparaître le rôle de l’enfant qui certainement n’eut pu être joué et j’ai adouci celui de la mère. Cela n’a pas rendu ma pièce meilleure bien certainement mais elle est devenue plus jouable vous pouvez voir mon ami par le commencement de cette lettre qu’elle est entreprise depuis longtemps- mais un mal de gorge insuportable(sic) qui a repris avec une nouvelle force m’a empêché de la continuer. J’attendais aussi que j’eusse quelque chose de nouveau à vous annoncer pour ma pièce mais mon indisposition a tout dérangé. Ce sera donc pour la première fois – je suis allé aux français il y a de bons acteurs et ma pièce jouée par eux  pourrait encore faire un bel  effet. Cependant on sent le besoin d’un premier talent. Le vide de Talma s’aperçoit partout. J’ai assisté à la première représentation de Louis XVI à ??Peranne de Marly jeannier  le rôle du roi de France n’a pas été compris par Michelot. Talma l’eut crié ?? et  rendu important. La pièce  au total a plu de mérite. Les scènes sont assez  théâtrales  mais ??….. ?????  prises en entier dans Walter Scott. Il y a pourtant un mot qui fait un heureux effet dans le 1er acte  chabannes parle avec une audace étonnante à Louis l’oreille du roi de France et peu accoutumé à des vérités  prononcées avec autant d’énergie malgré sa politique ordinaire  il s’oublie il s’emporte … à genoux crie t’il à Chabannes à genoux ??baréraire ?? – il a  beau     reculler(sic)  d’un pas à genoux répète Louis  et sa voix devient ??? chabannes balance encore à genoux redit-il avec l’autorité d’un roi et d’un grand homme….chabannes lui obéit lentement….sa position était difficile pour  l’auteur le spectateur qui s’attendait à voir le courtisan résister  est fâché  de l’apercevoir aux pieds de son roi ; il est presque dégradé…mais un mot sublime le relève à tous les yeux : louis lui dit après un instant de silence , parlez maintenant- chabannes-  dans cette humble posture je ne parle  qu’à dieu !.. et c’est joanny qui prononce ce mot avec un regard fier et résigné qu’il tourne vers le ciel… j’aurais voulu que vous l’entendissiez !.. cet acteur a ‘âme de talma pourquoi n’a-t-il pas les moyens ?   moutrole qui fait le rôle du fou  est parfait comme dans tous ses rôles ; c’est un bouffon mais le plus admirable bouffon que l’on puisse imaginer. J’ai vu aussi pottier     c’est peut être le meilleur acteur qui existe maintenant il est si naturel que la pièce qu’il joue semble toujours une scène prise dans la nature. Le peintre est plein de verve, de sensibilité vraie et d’aimable gaité.-  mais voila bien assez pour parler de choses qui ne vous intéressent guère parlez moi  un peu à votre tour de vos élégies comme vous devez avoir travaillé à Rennes !.. ?? …quand y serai-je encore avec vous quand pourrai-je aller au thabor pousser devant moi les feuilles sèches !… pour ici  toute idée d’élégie, de ?tare  est morte  mon imagination se dessèche  au milieu de ces boues ?? de ces  musées ?? de maisons et de théâtres. Il faut faire une demi lieue pour trouver une allée d’arbres encore qu’elle allée (sic) bon dieu!..  des statues  partout des palais  des arbustes symétriquement rangés !.. ah mon ami, mon ami qu’ils doivent être malheureux ceux qui ne peuvent habiter que Paris. Comme je préfère comme je préfère l’air de notre Bretagne à ce brouillard de la capitale !. les fleurs d’une couronne de poète se flétrissent dans cette atmosphère  ici il n’y a a réussir que les épines qui déchirent et les orties qui brûlent.. ; des satyres ou des vaudevilles voila ce qu’il faut à nos  parisiens…. Au moins chez nous on n’est que sot, ici l’on est méchant.- je suis certain que pendant tout  mon séjour à Paris je ne ferai pas une élégie.- quand à vous je parierais que vous aurez commencé ou achevé plus d’une depuis mon départ  malgré les ordonnances du médecin. Continuez mon cher Edouard (en ménageant votre santé toutefois car il ne faut pas que je vous donne de mauvais conseils) vous serez récompensé de votre travail par ceux qui aiment encore la vertu et je serai heureux de me dire que j’ai été le premier à voir voir vos heureux ouvrages le premier à les sentir le premier à vous annoncer leur succès ! – espérons espérons ; nous réussirons tôt ou tard malgré les cabales et les parisiens. Il y a ici une cotterie qui ne veut rien laisser imprimer que ce qui a été fait par eux mais nous moquerons d’elle et nous irons notre chemin. On est bien fort quand on a la ferme volonté de réussir, les moyens de le faire car pourquoi ne nous donnerions  nous pas des éloges  en attendant que les journaux nous les vendent) et surtout quand deux amis (manque) ensemble et se soutiennent !.. adieu mon cher Edouard heureux et bien portant vous et vos parents à qui je vous demande de me rappeller(sic).

Je vous embrasse en ami

Tout à vous,             Emile S

Mille choses de ma part à Hunault….n’oubliez pas quand vous le verrez l’aimable Provins.

.

Lettre N°6  Morlaix,  27 octobre 1827

Vous avez pu me croire mort mon ami depuis le temps que je ne vous ai point écrit mais je ne suis pas assez heureux pour cela  je vivais depuis et la vie se faisait sentir à moi comme elle a continué à le faire par la peine du corps et de l’âme  votre lettre m’avait attristé   je voyais que vous n’étiez pas heureux  non plus mais elle me fit moins d’impression qu’elle n’aurait dû. Il y a eu un temps pour les douleurs de mes amis se reproduisaient dans mon cœur comme dans un miroir    mais maintenant ce miroir est brisé et ne la reproduit qu’en partie   mes propres inquiétudes m’usent trop pour que le douleur des autres m’étonne je ne m’étonne plus des miennes  vous me demandez quelles sont mes occupations  …je me lève triste  et malade, je me promène quelques temps dans une sombre allée de sapins qui n’est pas loin de chez moi et j’y reste des heures entières sans pensées, sans amour presque sans émotion si ce n’est un sentiment vague de douleur comme un homme auquel on aurait retiré la mémoire et la réflexion. Je reviens  ensuite chez moi où  mon regard fixe et morne effraie ou inquiète. Je ne réponds pas et je monte le soir dans ma chambre pour pleurer, pour pleurer seul et sans consolation. La fatigue ferme mes yeux sans fermer les plaies de mon âme. Le malheur me suit dans mon rêve comme les furies poursuivent Oreste    comme dieu n’est-il donc point de charmes qui puissent s’endormir comme Electre endormait la fureur de son père ?

Calvaire mon, dieu pourquoi

Sachez que je vous aime toujours aimez-moi de même et priez

 

Lettre N° 7 Morlaix, le 27 oct,  arrivée le 30 octobre 1827

Le 27 octobre 1827  Morlaix

Pressé par le départ d’un jeune homme qui apportera cette lettre je ne puis mon bon ami vous souhaiter qu’un bon jour et vous accuser réception de la lettre que votre père m’a fait l’honneur de m’écrire. J’étais malade lorsque je la reçus et depuis je jouis à peine d’un mieux passager qui disparaît de deux jours en deux jours. J’espère que vous serez entièrement rétabli lorsque vous recevrez cette lettre croyez qu’une des privations les plus pénibles auxquelles m’a condamné mon indisposition est celle de vous écrire. Je serai sous peu de passage à Rennes et là j’espère vous embrasser ! J’espère que l’absence n’aura pas éloigné nos deux cœurs l’un de l’autre ils doivent toujours se comprendre puisse-je vous trouver heureux comme moi mais mieux portant car la maladie empoisonne tous mes jours.

Nous aurons de longues conversations et de longues lectures n’est-ce pas ? Il faut absolument que vous vous lanciez dans la carrière en même temps que moi, nous nous soutiendrons  nous nous aimerons et nous offrirons un spectacle rare parmi les hommes de lettres celui de deux auteurs(puisque nous nous appellerons auteurs) sans jalousie ….

Je passerai peu de temps à Rennes, (deux mois au plus) et je compte finir mon année à Paris. Ce sera une séparation courte heureusement car je reviendrai ensuite m’établir dans votre ville où nous pourrons nous voir et  nous aimer toujours.

Adieu je suis pressé ma lettre ne signifie rien mais il suffit qu’elle vous porte un témoignage d’amitié

Tout à vous,  Emile

 

Lettre N° 8    15 avril 1827   PARIS

Mon ami j’ai tardé à vous écrire parce que j’espérais vous annoncer quelque bonne nouvelle mais ce n’est que lundi prochain que je lis ma pièce au Français, cependant Mr Duval me fait espérer qu’elle sera reçue et jouée avant peu. J’attends avec impatience le moment où j’en aurais la certitude. J’ai lu dans le Lycée Armoricain avec un vif intérêt votre ballade. Elle commencera bien notre recueil qu’en pensez-vous ? vos strophe sont pleines d’une maladie vraiment enchanteresse. On voit bien mon bon ami que vous ne les avez pas faites à Paris. On annonce dans le même numéro un recueil de poèmes de Melle Elisa Mercoeur. Je ne sais si elles vaudront ? les trois bonnes pièces de ?? dans le lycée. Cette demoiselle boulverse leurs jugements ?si la aide donne ??? une demi-douzaine de caractères différents et toujours quelque nouvelle circonstance de sa vie la contradiction avec une précédente me fait changer d’avis.

Je ne sais si je vous ai raconté la singulière aventure du morceau que j’avais écrit sur la po…..afin qu’il fut inséré dans le lycée, à la lecture, elle a pleuré, crié, elle a eu deux journées de fièvre !  une fièvre d’amour propre direz-vous. Quel orgueil, le morceau n’était pourtant pas bien sévère ! et bien mon ami accordez cette crise servir le reste de la conduite ; elle a peu de fortune et fait courir des cartes dans lesquelles elle se propose pour institutrice ; elle se présente dans les maisons avec modestie, timidité même évoque l’embarrassement elle paraît douée de la sensibilité la plus vraie et la plus intéressante ! Jugez maintenant mon cher Edouard et dîtes-moi ce que vous en pensez. La femme n’est-elle pas l’animal le plus difficile à comprendre et à expliquer ?

Au reste je veux la voir lorsque j’irai à Nantes, je crois qu’elle a le germe d’un véritable talent et il serait bien malheureux que la misérable louange du faiseur de charades du Breton puisse l’étouffer en elle.

J’ai un service à vous demander mon ami, comme je sais que vous n’aimez pas plus que moi la visite et la démarche je vous engage à en charger l’aimable Provins qui est heureux de se faire voir. Il s’agit simplement d’aller demander pour moi au secrétariat de l’académie un certificat qui atteste que j’ai eu une bonne conduite pendant que j’ai étudié à la faculté de Rennes. Je ne pense pas que cette demande souffre de difficultés mais je vous prierais de vous en occuper de suite parce que cette attestation m’est nécessaire ici???

Mr Duval que je suis allé voir m’a parfaitement reçu ; il veut lui-même présenter et lire ma tragédie au Français ; il semble y prendre un vif intérêt et il en a paru très content. J’ai eu une grande lecture chez lui(ce qui ne m’a pas fait beaucoup de plaisir) il a lu lui-même ma pièce et tout le monde l’a assez goûtée. Je vous annoncerai plus tard le résultat de tout ceci. Je ferai peut-être jouer ma « Florette » à l’Odéon. Melle Mars ne pourrait plus remplir le rôle principal, elle est trop vieille désormais. Je voudrais que vous fussiez ici mon ami pour voir un peu plus ce que deviendrait votre verve élégiaque et si elle ne se transformerait pas en verve satirique. C’est aujourd’hui la promenade de Longs Champs. Savez-vous qu’est-ce que la promenade de Longs Champs ? non eh bien voici ce que j’y aime. Deux files de voitures magnifiquement décorées et pleines de dames tellement couvertes de bijoux et de gazes qu’on les prendrait volontiers pour la     d’une boutique du Palais Royal, au milieu de ces deux rangées de voitures, une cavalcade d’élégants en culotte de peau de daim trottant à l’anglaise et recevant sans murmurer pendant six heures le soleil pour le plaisir d’être vus des dames en carrosses qui de leur coté avalent très complaisamment la poussière que fait lever la troupe des gentils damoiseaux ??? Enfin pour compléter le tableau, une foule nombreuse et ébahie de pauvres diables à pied (parmi lesquels vous voudrez bien vous figurer votre serviteur) qui n’a rien pour se dédommager de la poussière, du soleil que l’on ne regarde pas et qui cependant passe là une journée entière uniquement pour dire en revenant »j’ai vu la promenade de longs champs !» Voilà tout mon ami la description est un peu longue on pourrait la réduire et la rendre presque aussi complètement par une courte phrase : à la promenade de longs champs on voit la coquetterie en carrosse qui regarde passer la vanité à cheval tandis que la sotte curiosité  les contemple toutes deux et reçoit la poussière de leurs pieds. Voilà j’espère qui est joli classique surtout et sentez-vous bien cela ? la vanité, la coquetterie comme personnification sont heureuses. Ce que c’est d’avoir respiré le bon air cela change tout……vos doctrines vous ne savez pas pourquoi cette       de classicisme m’a pris    c’est que je viens de passer près de l’Institut. Voilà pourtant assez de sottises comme cela je ne suis pas encore de l’Académie pour avoir le privilège de dire longuement des riens…..

Ma verve classique pourrait s’épuiser gardons-la pour mon discours de réception.

Adieu mon ami, écrivez-moi  portez-vous bien et aimez-moi. Rappelez-moi je vous prie au bon souvenir de Mr votre père et Mme votre mère.

Veuillez ne pas oublier la commission dont je vous charge au commencement de ma lettre.

 

Lettre N°9  3 mars 1828  PARIS

N’y aurait-il pas une inversion avec la lettre précédente dont le tampon est bien effacé mais pour lequel on devine VR ce qui laisserait à penser qu’il s’agit d’AVRIL ??

 

Mon ami j’ai tardé à vous écrire  mais vous ne vous en plaindrez pas puisque je vais vous apprendre une bonne nouvelle : ma pièce va être montée au Français et dans deux mois elle sera jouée. Mes comédies passeront un peu plus tard je l’espère mais pour le moment je suis tout occupé de Myssolonghi. Je suis à paris comme l’année dernière mon ami, sans inspirations et sans bonheur ; Il faut que quelque chose vous exalte pour trouver ….dans son âme.   Si tout éteint le sentiment      naître vous êtes entouré de bruit de gens gêne la vie physique demande trop d’attention pour que l’on puisse vivre de la morale ma santé est pourtant meilleure qu’elle ne l’était l’année dernière mais la vie n’est pas       dans les membres et les veines  ou peut éteindre l’existence en frappant au cœur. Il me manque ici l’air de la Bretagne et le bras d’un ami pour m’appuyer. Je suis forcé d’      mes jours en ……toujours pénibles pour moi et qui dans ma situation sont de véritables supplices. Il faut incruster le sourire sur mes lèvres depuis la loge du portier, trouver pendant une heure des riens agréables à débiter, remercier et saluer sans cesse. ; dans ce pays-ci il semble que l’homme ne peut se tenir droit et regardant le ciel. Il faut toujours que la tête soit courbée devant l’orgueil d’un semblable. Que vous êtes heureux mon bon ami d’être près de vos parents et de n’avoir du moins que vos tristesses d’âme de      combien elles sont douloureuses mais ici je les souffre comme vous et j’ai de plus tant d’inquiétudes et de mécontentements.

Je vois mon ami qu’encore une fois je me suis trompé dans ma carrière, la profession d’homme de lettres ne me convient pas plus que celle d’avocat, il faut trop d’intrigues, de tracasseries. Faire un bon ouvrage est quelque chose, le faire accepter beaucoup mais le faire jouer est tout. Il faut pour cela un talent que je n’ai pas. Je réussirai cent fois plus lentement qu’un autre qui aurait les mêmes moyens de succès que moi.

Adieu mon ami je ne vous écrirai pas plus longuement parce que je suis fatigué ; Présentez mes respects à votre père et à votre mère de ma part et répondez-moi pour me parler de vous. Puissiez-vous être tranquille et heureux. Adieu je vous embrasse et je vous aime.

Tout entier à vous Emile

Adresse aux Batignolles, Barrière Clichy, rue des Carrières N°24.

 

Lettre N°10, 10 mai 1828   ?

Ecriture très désorganisée et difficile à déchiffrer +++

Mon ami, il y a bien longtemps que je ne vous ai écrit, j’espérais ne  le faire que pour vous apprendre ma réussite, j’avais oublié que ma mission ici-bas n’était pas une mission de bonheur. Je viens de m’en faire cruellement souvenir. Mes espérances sont encore une fois renversées. Le théâtre Français se trouve dans l’impossibilité de faire les frais de mise en scène pour Missolonghi et c’est au milieu d’une répétition que cette nouvelle est venue détruire tous mes rêves. D’un autre côté une telle scène ne peut être jouée maintenant car en outre je ne pourrais obtenir pour elle un tour de faveur. Melle Mars qui seule peut faire le succès de l’ouvrage s’absente pour deux mois. Voilà ma position mon ami ou plutôt ce n’est rien en ??, il y a des douleurs qui dominent toutes celles-là, des douleurs telles que je ne sais comment vous les raconter. Je pleure en vous écrivant et ……. Vous rendre l’horreur de ma situation si vous voyez combien  ………..son amour et/est brûlant. Il semble mon ami que le sort ait voulu mettre une progression de malheurs dans chaque année de ma vie. La dernière a été marquée par la perte de mon frère, la ruine de ma famille mais l’expérience c’est tout du moins pour la suivante,…. ;on comptait sur moi et vous voyez ce que j’ai fait mon ami, un voyage dispendieux et sans résultat mais ce n’est pas encore assez si dieu ne m’avait dépouillé des consolations que je pouvais trouver dans les affections étrangères elles m’ont été enlevées. J’ai subi des abandons qui seuls autrefois m’auraient fait mourir……amour, amitié, espérance tout….qui ….temps….le ciel semble craindre que le vide laissé dans mon cœur ne fut pas assez grand Je lutte maintenant seul et désespéré contre l’….de mes illusions de six années qui veulent m’entraîner avec elles dans le néant. Aurais-je la force de lutter toujours ? de lutter longtemps ? j’en doute. Je me familiarise avec des idées lugubres qu’autrefois  ici ? les repoussait. Il faut bien finir de quelque manière         et si la terre vous rejette pourquoi y resterait-on ? Je veux essayer encore  à vivre pourtant, ma mère a besoin de moi, la veuve de mon frère espère en moi, si dieu veut que je leur sois utile je remplirai ma tâche mais lorsque j’aurais acquis la certitude que je ne puis rien, j’irai me reposer en les confiant à la garde du ciel. Pardonnez de vous écrire d’aussi tristes choses

 

Lettre N° 11,  Paris   du 20 mai 1828,

Erreur dans le classement fait par  Saulnier(?) tampon avec reste 20 mais du coup ne correspond pas avec la lettre suivante où il dit que cela fait un mois qu’il n’a pas écrit et si datée du 20 mai cela ne correspond pas = à replacer . Pourrait plutôt correspondre à l’année 1827.

 

Ecriture plus régulière plus posée que précédente.                                      425

 

J’ai bien tardé à vous répondre mon bon ami, mais les nouvelles que j’avais à vous annoncer sont si mauvaises que j’aurais voulu attendre encore. Ma tragédie après avoir été reçue avec enthousiasme au théâtre français vient d’être renvoyée par la censure qui refuse de la laisser représenter. Mr Duval qui dans cette occasion m’a donné toutes espèces de marques de bienveillance est aussi étonné que moi. Les acteurs qui comptaient sur le succès de la pièce qui leur promettait une bonne recette paraissent aussi fâchés de la catastrophe…tout cela est charmant mais je n’en suis pas moins dans une position fort désagréable voyant le but de mon voyage manqué et n’espérant plus………..avec avantage de mes odes et de mes élégies, je ne songerai même pas à les imprimer maintenant. Il vaut mieux essayer une nouvelle pièce et tâcher d’obtenir un succès sur la scène française, c’est le seul moyen de réussir mais mon avenir est retardé d’un an…c’est beaucoup pour moi mon ami car j’ai besoin d’un succès pour mille raison. J’en ai besoin surtout pour prévenir le découragement. J’espère être à Rennes vers le milieu du mois de Juin. Sous ce temps j’aurai sans doute quelque pièce de reçue, de jouée peut-être ! Dans tous les cas vous serez des premiers à le savoir. Nous reprendrons bientôt nos promenades et nos conversations dont rien ici ne m’a dédommagé. J’ai besoin de retremper mon imagination dans un rêve poétique que nous ??irions ensemble. Depuis mon séjour à Paris, ma tête n’est remplie que de combinaisons dramatiques, de ressorts, de scènes, de développements de situations. J’ai besoin de quelques jours d’élégies pour me délasser, une bonne divagation comme nous les aimons me fera plus de bien que tous mes calculs de théâtre que je combine sans enthousiasme. Je veux revenir des vacances mon ami, avec un petit roman de chevalerie dont j’ai la place ???et où je réunirai tout ce qu’une âme rêveuse a de plus tendre, de plus vague.. ?? de plus romantique….C’est promettre beaucoup mais vous savez qu’entre nous, nous faisons abnégation de modestie et nous nous montrons sans masques. L’admiration que nous avons pour nous mêmes est peut-être un peu comique mais au moins elle est de bonne foi et la bonne foi a son prix quoique le siècle en dise. J’ai vu de loin le rédacteur du Globe, il parle bien de poésie mais sa sévérité ressemble à la morgue d’un maître d’école ; à l’exception de la teinte de son langage qui annonce la nouvelle école, on pourrait le prendre pour un nouvel Aristote. Il blâme beaucoup, il loue peu et n’admire jamais. Dans tout ouvrage il cherche la perfection et lorsqu’on lui montre des beautés dans la vie, il se contente de dire : on eut les pu mettre davantage !…Je puis me tromper mais ce caractère me paraît mitoyen entre la jalousie et l’impuissance. Ne prenez pas trop, pourtant, au sérieux ce que je viens de vous décrire, personnellement je n’ai qu’à me louer de Mr Dubois et c’est même un homme que j’estime. Je n’ai voulu parler que du travers de son esprit, je crois son cœur bon et, sa sévérité, pour être quelques fois injuste n’en est pas moins franche et de bonne foi. Quant à Mr Duval, je vous avoue que c’est mon héros. Une bonhommie incomparable, une humeur égale, de la complaisance, du feu encore et de la jeunesse dans l’imagination, voilà comme il s’est montré à moi. Il me montre une amitié toute paternelle. Toutes les semaines je passe une heure avec lui et je n’en suis jamais revenu mécontent de notre entrevue : c’est beaucoup dire pour un mauvais caractère comme moi. Il part dans quelques jours pour la Suisse. Ecrivez-moi mon ami et parlez moi de vos travaux. Vous verrez les miens à Rennes. Je ne me suis guère occupé que du théâtre. Adieu, rappelez-moi je vous prie au souvenir de votre famille et songez quelques fois à votre ami qui vous embrasse de tout son cœur   Emile

Demandez à Trovius s’il veut que je lui achète en petit format Corine Hamilton, les dv de Walter Scott, de Mme Cottin, de Mme de la Fayette etc .

Mille choses à Hunault.

 

Lettre N°12    Paris,  le 8/10 juin 1828                                            427/428

Mon cher ami il y a près d’un mois que je ne vous ai écrit. J’ai vieilli de dix ans depuis le temps. Enfin mon rêve est terminé. Comme le roi Denis, je laisse ma couronne pour me faire maître d’école. Je renonce à la littérature. La gloire est bonne mais le repos est meilleur et le bonheur vaut beaucoup mieux ? J’ai cherché en vain la gloire, maintenant je vais chercher du repos ; pour le bonheur je ne l’attends guère…mais il viendra quand il pourra. Je pars sous peu pour la Bretagne. J’ignore si j’irai à Morlaix ou à Nantes mais dans tous les cas je passerai probablement par Rennes et j’aurai le plaisir de vous embrasser. J’ai pris ma décision en homme. Il me restait deux partis à prendre, de me casser la tête ou de rabaisser mes espérances à un sort bien obscur. J’ai pensé à ma mère et j’ai choisi le dernier parti…vous avouerez que pour un poète c’est être assez sage ; J’espère aussi que l’air de la Bretagne et la présence de visages aimés pourra me faire du bien car je suis malade mon ami, très malade. Les médecins qui m’ont examiné secouaient la tête comme si j’étais condamné mais je ne suis pas assez  malheureux pour cela. Il y a en moi une force  de jeunesse incompréhensible qui lutte contre toutes les douleurs, elle finira par céder il faut espérer mais en attendant le combat est bien douloureux. Et vous mon ami comment vous portez vous maintenant ? Ah cher Edouard que vous avez été plus sage que moi de rester sans ambitions à faire de jolies élégies près de votre mère ! Moi je suis venu me flétrir ici et je retourne dans mon pays comme une fleur des champs fanée au marché d’une grande ville. Aussi dieu est juste, vous avez au moins des instants de repos. Moi je n’ai que la fièvre du……… , l’enfer dans mon cœur/crâne, j’ai du remords même je crois. Ma vanité m’a perdu en me faisant croire que j’étais destiné à devenir un homme célèbre. J’attends une lettre de Nantes qui me décidera. Il est probable dans tous les cas que je serai à Rennes dans une quinzaine de jours. Comme mes anciens amis vont me regarder  quand ils sauront que je n’ai point réussi ! Ils me prendront pour un imbécille(sic ) Cette idée là me fait bien mal mon ami. Adieu je vous embrasse de tout mon cœur pensez à moi et aimez moi quoique je sois détrôné.

Tout à vous Emile S

 

Lettre N°13,  Morlaix 12 septembre 1828 ??

Cette lettre ne serait-elle pas déplacée également et plutôt de la période de 1826 ou 27 lorsque souffrant il se réfugie à Morlaix. Rien dans le texte ne permet réellement de dater avec précision ce passage. Erreur de classement par x ??Dans le courrier suivant de fin décembre  il parle de 2 mois passés dans sa famille morlaisienne et cela ferait 3 presque 4 mois à Morlaix ?? .

429/430

Dure à lire

Mon cher Edouard

J’ai bien tardé à vous écrire et j’ai bien peu de choses à vous annoncer pour vous dédommager un peu de ce retard. Je suis ici, sinon bien portant du moins dans un état supportable. Jusqu’à présent j’ai peu travaillé. Je suis allé passer dix jours à la campagne où mes nièces ne m’ont guère laissé le temps de songer à la littérature mais je suis de retour enfin avec une assez jolie provision de plans. Il ne me reste plus qu’à les combiner, à les penser et à les écrire…vous voyez que ce n’est presque rien. J’avais eu le malheur d’égarer le premier acte de ma belle scène ; j’étais désolé mais enfin je viens de la retrouver. J’ai déjà un peu travaillé hier le second acte. J’espère le finir dans deux jours. Toutes mes combinaisons dorment mais il ne faut qu’un instant d’inspiration pour faire briller la lumière au milieu de ce cahos( sic ). Depuis que je suis ici les idées fermentent dans ma tête et y abondent mais j’éprouve une paresse, une nonchalance générale qui me met presque dans l’impossibilité de les exprimer = et vous mon ami êtes-vous enfin débarrassé de votre… ? Pouvez-vous vous livrer de nouveau à vos ??       élégiaques ?…Mon dieu quand donc aurais-je un volume de vous qui puisse me servir de compagnon dans ma promenade solitaire ? Je suis allé revoir mon vallon et ma vieille ruine ; si vous saviez comme une ballade lue dans l’embrasure cintrée de la tourelle avait de charme ! Il faut se trouver là le soir, au milieu du brouillard qui se lève de la rivière, du murmure monotone des cascades qui répondent, des coups répétés des laveuses sur les pierres du lavoir et du chant plaintif des pâtres qui reviennent lentement. Ceci n’est pas un rêve poétique mon ami. Tout ce que vous avez peint dans vos descriptions si riches et si .. ?…se trouve dans ce vallon. Il n’y a pas jusqu’au non agissement du tran ?? qui en simulant à la douceur du bruit de la vallée n’en augmentent la tristesse. Je suis revenu l’autre jour seul le long de la petite rivière qui soupire sous les saules et les arcades de houblon. Je n’ai pu m’abandonner qu’à des rêveries mélancoliques. Il me semblait que cette vallée avait été le théâtre de quelque scène tendre et déchirante ++car au milieu de tant de murmures plaintifs je ne pouvais me figurer qu’une histoire bien triste d’amour trahi ou de bonheur détruit. Peu à peu mon imagination s’est exaltée. J’ai relevé la tourelle à moitié effacée de la vieille ruine, j’ai couvert le coteau de forêts, j’ai placé dans le lointain la ?  d’une abbaye de templiers, plus près parmi les saules, la cabane d’un quereux ??et j’ai jeté au milieu de ce site antique quelques êtres selon mon cœur et le vôtre. Quand j’ai  montré la joie, les amours et les douleurs – vous voyez mon ami que j’ai fait un roman ?? place est bien arrêté, la situation indiquée, le dénouement trouvé. Il se peut que je vous le montre achevé à mon passage à Rennes. Je crois qu’il sera rapide et déchirant…il sera court du moins car je ne compte pas plus d’une heure  ou deux. La scène se passe sous le règne de Philippe Auguste. Mais c’est assez vous parler mon ami ; comment vous sentez-vous maintenant ? Éprouvez-vous toujours ces tristesses d’âme que je connais et qui accablent si douloureusement ? Je ne vous dirai pas de ne point vous y abandonner, autant voudrais-je vous dire de ne point avoir la fièvre mais je ne vous engagerai à la prévenir en occupant votre esprit tant/tout ? qu’elles se sont emparées de vous, à les éteindre dans le travail. Il viendra un temps mon ami où notre âme n’aura plus assez de vigueur ni de jeunesse pour dépenser ainsi ses forces à créer des tourments imaginaires, les douleurs réelles l’auront assez usée pour qu’elle se concentre dans le cercle des maux présents sans embrasser encore ceux de l’avenir. Mais en attendant tachons de ne pas la flétrir par nos rêves. Conservons un peu de courage pour lutter contre le sort ; nous ressemblons à des athlètes qui trois ?? joindraient le combat dépensent leurs forces  s’exercent contre une muraille et qui entrent dans la lice de ?? épuisés. Je sais que dans cette circonstance comme dans bien d’autres je vous donne d’en ?? conseils que moi-même je ne suis pas toujours, mais vous connaissez le proverbe : faites ce que je dis etc. Adieu mon ami portez-vous bien soyez heureux aimez-moi et écrivez-moi. Présentez mon respect à votre père et à votre mère. Je vous embrasse de tout mon cœur

A vous Emile S

Mille choses de ma part à Hunault.

 

 

Lettre N°14,  Morlaix,  le 26/27   décembre 1828                           431/432

Mon ami, cette lettre ne précèdera mon arrivée à Rennes que de quelques jours. Je me rends décidément  à Nantes où mon sort parait devoir se fixer pour l’avenir. J’aurais à m’exécuter/ ? excuser ? de mon silence mais espérant (ou plutôt craignant) chaque jour de quitter Morlaix, j’attendais vous celle ?? à vous écrire pour vous annoncer mon retour près de vous. Je vais quitter pour longtemps, peut-être pour toujours, un pays où je laisse toutes mes affections, tous mes souvenirs, où je laisse un de ces bonheurs que rien ne remplace, que rien ne fait oublier et que l’on ne retrouve plus dans la vie lorsqu’on l’a perdu. Il y a ici un lieu qui a pour moi un charme qui ne s’exprime pas, une voix qui ne ressemble pas plus aux autres que la voix d’un ange ne ressemble à celle de la terre…Je vais quitter tout cela et sans espoir de retour. Cette pensée a empoisonné les deux mois que j’ai passé près de ma mère, de mes nièces et encore il fallait cacher mes soucis, d’autres pleuraient et il fallait les consoler lorsque moi-même je n’espérais pas !…Je vous aime Edouard. Dieu vous préserve de sentir ce que j’éprouve= comment vont vos affaires ? Vos poésies sont-elles sous presse ? En passant à Rennes je saurais tout ce qui vous intéresse. Nous causerons quelques heures—Ce sera une dernière consolation pour moi, peut-être le dernier bonheur que je laisse ici derrière moi !        Du moins j’emporterai à Nantes l’assurance que vous m’aimez toujours, que vous penserez quelques fois à mes peines vous me l’écrirez de temps en temps. Je ne sais ? Lorsque je vous parle, une timidité que je ne puis vaincre, m’empêche de vous dire tout ce que j’ai dans l’âme. J’ai toujours peur de vous fatiguer, de ne plus vous intéresser à mes chagrins. J’ai tort sans doute : aussi en écrivant je suis plus hardi. Je vous parle sans cesse de moi, je vous dis toutes ces choses qui me rendraient ridicule aux yeux d’un autre et de cette manière qui augmenterait encore le ridicule des idées, mais nous nous connaissons assez pour ne veiller ni sur nos expressions ni sur nos pensées lorsque nous écrivons et nous pourrons les laisser tomber de notre âme sans apprêt et sans ordre. Pardonnez-moi donc cette lettre insignifiante, vide : mon âme ne l’est plus, votre souvenir y est conservé précieusement. Pensez aussi à moi ; aimez moi : adieu je vous embrasse, soyez aussi heureux que je le désire plus heureux que je ne suis à plaindre.  Tout à vous  Emile S.

Lettre N°15,  Nantes le 29 janv 1829                                                           433/434

Tampons superposés.

Mon bon ami j’aurais voulu vous écrire il y a longtemps et je ne sais comment mes affaires s’enchaînent de manière à ne pas me laisser un seul instant de libre. J’arrive au soir à travers des occupations fastidieuses et peu faites pour mon caractère et j’éprouve à la fin d’une journée aussi stupidement employée, tant de fatigue et d’ennui que je cherche à m’endormir bien vite ; de plus j’ai songé plusieurs fois depuis mon arrivée à cette confidence que vous m’avez jeté ?EAV dans le cœur au passage comme un fardeau dont on a besoin de s’alléger en le faisant partager à un ami- j’y ai songé avec d’autant plus de ?finité et d’amertume que moi-même  je me trouve comme vous placé sous le poids d’une affection qui me brise l’âme ! N’attendez pas de consolation de moi Edouard  oh je n’ose dire d’espérer car je suis déshabitué de l’espérance – et pourtant mon dieu ! n’avez-vous pas devant vous un avenir immense, un avenir où il y a de la gloire et de la joie ?…- vous souffrez maintenant, vous souffrirez bien longtemps encore, toujours peut-être mais vous aurez du moins du bonheur mêlé à tout cela !..vous la voyez, vous pouvez espérer un succès brillant et un nom honorable……tandis que moi !…mais il ne s’agit point de moi ; vous êtes tourmenté me dîtes-vous ??si je conçois ?? l’idée qui vous poursuit est déchirante…et pourtant vous savez qu’elle vous aime, vous lui parlez quelques fois ; il y a dans chaque journée une heure où vous la voyez   o   v/soyez au moins quelque chose d’elle ne fut ce que la porte, la fenêtre où elle se penche souvent   Edouard combien votre infortune me parait   heureuse !.. ;mais que   ? qui de vous dire que d’autres sont plus à plaindre que vous- cela ne vous ôte pas une épine du cœur ! mon ami pardonnez moi mais l’idée de vous peiner ??reportez toujours mon imagination sur celles ? que je prouve et pourtant dieu m’est témoin, si j’ai été ému, lait ? que vous m’avez dit, ce que vous souffriez – oh croyez moi Edouard, je vous aime beaucoup, je vous aime tant  que toutes les inquiétudes qui me ballottent – – qui me rendent négligent et froid avec le reste de mes amis ( car on dit que j’ai beaucoup d’amis) rien n’a pu me faire détourner les yeux de vous de votre tristesse que je comprends, que je partage que je voudrais partager au prix  ne dirais-je pas de mon bonheur car je n’en ai pas ni de ma vie parce que ce serait peu mais au prix de mon âme ! je ne puis vous rien conseiller, vous rien faire espérer mais mon ami si il vous faut   jamais ? un cœur pour recevoir vos confidences, une poitrine amie pour vous recevoir, songez à moi…j’aurais toujours des pleurs ) our ? à un autre !..

Vous recevrez le N° de la revue de l’ouest, journal que nous publions pour soutenir notre établissement

Adieu mon ami, aimez moi, écrivez moi et surtout soyez heureux s’il se peut, alors je vous raconterai aussi mes peines, mais d’ici là ne songez qu’à guérir la votre. A vous Emile.

 

 

Lettre N°16  Nantes, le  29/30 1829  mars,        439          BC 2   0041

Mon cher ami voilà bien longtemps que je ne vous ai écrit. J’ignore même si je vous dois une réponse ou si c’est vous qui me la devez  mais dans tous les cas j’ai un moment à moi, c’est aujourd’hui dimanche et j’en profite pour causer avec vous. – d’abord une affaire, car je l’oublierais.- j’avais envoyé mes poésies à Turin priant de les remettre à Nodier ainsi qu’une lettre. Il y a deux mois de cela  l’un dit avoir tout porté chez le portier de cet homme de lettres je lui ai écrit deux fois pour savoir de lui  s’il les avait réellement reçues (car je tremble que le tout se soit égaré)  il ne m’a point répondu. Je vous prie en grâce mon ami de lui écrire de suite  à ce sujet et de lui demander s’il a reçu mes poésies s’il les a encore entre les mains & vous serez sans doute plus heureux que moi et vous obtiendrez une réponse- faites cela pour moi. Edouard et le plutôt possible car je suis fort inquiet de mes vers. Je crois que vous avez aussi un cahier écrit de ma main dans lequel il y a quelques unes de mes poésies auriez vous  la bonté de me les envoyer par l’entremise de Bidard ?—————————–

Maintenant causons. – Edouard depuis le temps que vous ne m’avez écrit que s’est-il passé ?- j’y pense maintenant : , vous serait-il arrivé quelque nouvelle inquiétude ?…- oh non vous l’auriez écrit à votre ami – n’est-ce pas Edouard . – oh écrivez moi j’ai besoin de savoir que vous du moins  vous m’aimez toujours. Si vous saviez mon ami comme depuis trois mois  les ca ?? se sont détachés de moi. Je croyais avoir ici un bien bon ami Carissan…il m’a brisé l’âme…je lui ai écrit de ne plus me regarder ; nous ne nous reverrons plus. Guépin est tout entier à ses projets matériels Bidard de Rennes ne m’écrit plus ….mais lui il est marié…et sa femme et moi !…..- vous au moins Edouard vous me restez (ah ! je l’espère du moins) mais écrivez moi de grâce….. et puis n’avez-vous point  de peines à me raconter . mon cœur est desséché pour tout ce qui me concerne mais il revit sous les larmes d’un ami, faites moi pleurer Edouard cela me fera du bien. – je ne puis pas vous dire ce que j’éprouve ici. C’est le même abandon, le même isolement qu’à paris mais de plus il faut m’astreindre à des occupations marchandes en opposition avec tous mes goûts…la tête me tourne – et ce qu’il y a de pire c’est que ma maladie d’âme fatigue mon corps sans l’user ; je ne me sens pas faiblir – dieu préserve ceux qui n’ont plus de bonheur sur la terre d’avoir trop de forces physiques – je serais maintenant si heureux de mourir – mais laissons cette folie. J’attends une lettre de vous dans la semaine ne trompez pas  mon espoir mon ami j’ai déjà été trompé tant de fois. – adieu je vous embrasse avec mes deux bras et sur les deux joues  et fort bien fort….soyez toujours aimé et devenez heureux….et que par instant ?? Edouard, quand vous aurez quelques minutes de rêveries songez à un bien bon ami  qui vend des livres à 30 lieues de vous. E.S

Lettre N°17    Nantes le  28/29 mai 1829

Ecriture droite lisible

Mon cher Edouard.

Vous me devez une lettre je crois mais je suis si inquiet de n’avoir reçu aucune nouvelle de vous depuis une éternité que je vous écrit de nouveau- vous serait-il survenu quelque nouveau chagrin mon bon ami ? – quand à moi ils ne me manquent guère. J’ai ici deux pauvres cousines orphelines qui sont dans la position la plus triste et la plus intéressante– un nouveau malheur est venu les atteindre et depuis plusieurs jours je passe  plusieurs heures avec elles à les plaindre, à les consoler, à pleurer !.. – la vie est une bien mauvaise chose mon ami ! – mais vous ?… votre situation ? – oh ! mon cher Edouard qu’il y a longtemps que je n’ai entendu une conversation  comme celle que nous eûmes avant mon départ précipité de Rennes….vous me faisiez du mal et cependant j’éprouvais une sorte de bonheur en écoutant ces confidences pleines de sensibilité et d’amour ici je retrouvais tant de mes souvenirs !.. je me sentais là près d’un homme dont le cœur battait comme le mien…au lieux qu’ici !…songez y mon bon Edouard, n’avoir personne à qui l’on puisse parler et n’avoir ni le temps ni la force d’écrire !…et les journées se succèdent ainsi sans que j’ai un moment de consolation. Du travail…j’en suis incapable…je n’ai rien fait depuis cinq mois ; mon imagination est morte mon cœur desséché : quand je regarde en arrière et que je vois un long mois perdu que je me sens vieillir sans avoir rien fait il me prend du vertige de désespoir qui me conduiraient à approcher un canon de pistolet de ma cervelle. – mais cela passe – je tombe de la douleur extrême  dans l’abattement puis dans l’insouciance et c’est ainsi que se succèdent mes journées. – dieu vous préserve d’en avoir de pareilles !

Ecrivez-moi mon cher Turquéty et envoyez moi l’annuaire (le grand almanach autrement dit) publié à Rennes par Mr Vatar, j’en ai besoin.

Adieu je vous embrasse . parlez-moi de votre situation . à vous  tout à vous  Emile.S

 

Lettre N°18    Nantes  le 23/24 juillet 1829     439        BC2 0026

Mon bon ami voilà bien bien longtemps que je ne reçois signe de vie de votre part. que faites-vous ? que pensez-vous ? que sentez-vous ? – depuis que je ne vous ai écrit moi j’ai imprimé un ouvrage. « Trois femmes poètes inconnues » je ne sais si je vous en avais parlé.         J’ai réuni quelques poésies de trois femmes admirablement poètes quoiqu’elles n’en sussent rien et que j’avais connues séparément où (sic) dont j’avais vu les vers  du moins (Mlle Laure Pigache est une des trois)  j’ai ajouté un petit avant-propos et tout cela fait un petit recueil, tendre, suave, embaumé comme une jolie rose d’églantier conservée sous verre. – je  ne vous en envoie point un exemplaire parce qu’isolément cela coûterait trop cher de port mais comme je compte en faire un dépôt à Rennes lorsqu’ils y seront arrivés vous irez en prendre un de ma part chez le libraire – ce sera dans une quinzaine – si la lecture vous en fait plaisir prônez le pauvre petit livre et tachez que les femmes le lisent- ce qu’il y a de plus piquant c’est que les trois dames  qui ont fourni les matériaux de l’ouvrage ne se doutent pas de son  impression –  l’une d’elles (celle qui a composé les plus jolies pièces et la nouvelle qui termine) sera même la seule probablement  qui verra jamais ce volume.- je crois que ce que j’ai dit d’elle dans l’avant-propos lui fera plaisir…oh ! Edouard  si vous saviez quelle femme sublimement bonne ; aimante, céleste !. je puis me tromper mais il me semble qu’il y avait en elle un poète qui eut valu quelque chose de plus que la Delphine Gay et la Tastu…vous vous me direz votre avis quand vous aurez lu . à propos de cela voulez-vous un exemplaire sur papier de couleur ?, nous en avons imprimé quelques uns- mais vous bon Edouard où en êtes-vous ? votre pauvre âme est-elle encore sur les  épines ? dans le moment où je vous écrit j’ai retrouvé de la force moi (je ne sais pourquoi) – je suis comme ces plantes qui se relèvent par instant qui se ravivent  sous une rosée du matin pour retomber plus flétries vers le milieu du jour.- écrivez-moi Edouard parlez moi de vous .- et vos poésies mon ami qu’en faites-vous ? allez-vous  toujours écrire des vers dans les champs  le lorig des haies qui chante  les        mortes devant vos pieds !.. et la grande allée du Thabor a –t’elle toujours de grandes ombres et des inspirations !..de grâce écrivez-moi ami et surtout apprenez-moi que vous vous portez bien et que votre corps supporte votre âme : c’est un lourd pardon quelques fois !.. ; adieu cher excellent ami je vous aime comme les êtres que j’ai le plus aimés au monde. A vous . je vous embrasse fort. Emile S.

 

Lettre N°19    Nantes, le 24/25 septembre 1829     441   BC2 0050

Dure à lire ++++

Je ne puis vous dire la sensation de joie que j’ai éprouvé le recueil de poésies que vous avez eu la bonté de m’envoyer. – je me suis mis à l’instant à les lire… j’en connaissais beaucoup, de touchantes celles que je ne connaissais pas le sont encore plus ! – j’ai déjà relu deux fois votre volume je le relirai encore une troisième une vingtième fois ; ce sera maintenant mon compagnon promenade  de chaque jour dans le petit chemin ombreux qui bordent la loire- il y a un monde de poésie mon ami dans ce petit livre ! – et puis comme l’idée que tout cela est de vous a ajouté  au charme que j’y ai trouvé !. comme cette lettre a réveillé en moi de souvenirs….toute notre amitié de trois années s’est ranimée à  mes peurs ?…..et a reparu avec tous ses entretiens confiants,  ses consolations douces , ses épanchements !  je me suis rappelé  où vous m’aviez la………je connaissais déjà ce qui vous l’avait inspiré  si je vous avais donné beaucoup d’éloges si je vous avais critiqué ….enfin cette lecture a remué pour moi tout ce passé ! – mille fois merci, mon cher Edouard  des douces heures que vous venez de me faire passer – oui l’on rendra compte dans le lycée  de vos poésies et c’est moi qui le ferai quoique j’eusse renoncé à mes journaux    j’éprouve rien qu’à y penser une joie que je ne puis  vous dire il y a tant de bonheur  à ?  ceux  que l’on aime, à les présenter à l’admiration, à l’affection de tous les hommes. –  je ferai lire  votre volume à toutes les personnes que je croirai susceptible(sic)  de le comprendre…. Comme j’écrivais  cette lettre je reçois votre recueil que j’avais prêté  à ma cousine… ; on y a joint une petite lettre en voici le commencement !… « mon Emile je viens de lire les élégies de ton ami  je ne puis trop te remercier du plaisir qu’elles m’ont procuré. Je  serais trop embarrassée s’il me fallait faire un choix.. ; pourtant j’ai trouvé des rêveries pleines de la plus attendrissante sensibilité !… mais dans quelques unes j’ai rencontré tant de réalités !… quand quelque passage me convient de l’attendrissement j’aimais à m’y livrer en pensant que peut-être les mêmes vers t’avaient attendri. ;;j’ai relu trois fois le Silence…il a réveillé en moi tant de souvenirs délicieux  que je suis restée une heure entière les yeux fixés sur le livre , sans lire et bercée dans mille vagues réminiscences du passé !… »- cette femme mon ami  est digne de vous comprendre ;  vous pouvez y courir  de ses éloges car ils sont sentis.————————————————

Mon  ami bien des choses se sont passées depuis que je ne vous ai écrit ; je ne suis plus chez Mr Mellinet ainsi vous m’adresserez désormais  mes lettres rue neuve des capucins, petite maison  Bernard. J’ai eu beaucoup d’inquiétudes relatives à ma vie positive  je les crois  f     du moins pour quelque temps quand à la situation de  mon âme elle est plus heureuse  que jamais mon ami – mais il ne s’agit  point de moi : vous, vous avez donc toujours  la même peine ? – mon cher Edouard rien n’est-il changé  dans votre position depuis mon passage à Rennes ?..  croyez-vous donc que votre jeune gloire n’aie(sic) aucun pouvoir ? –  o mon ami que ne m’est-il donné d’influer en quelque chose sur votre bonheur… si seulement je pouvais vous consoler !…si j’étais près de vous ! – mon ami du moins écrivez moi confiez à vos lettres vos souffrances, ne craignez rien elles resteront ensevelies      mon cœur ?? je brûlerai  ce que vous aurez écrit si vous le voulez et il n’y aura que dieu et moi à le savoir ;  mais de grâce ne me laissez pas dans une incertitude aussi longue et dîtes moi d’où vous souffrez – j’ai été  bien longtemps sans vous écrire mon cher Edouard  j’en ai maintenant un vif regret  mais j’avais de si tourmentantes inquiétudes!.. l’homme est-il ainsi fait cher ami, il ne peut penser à la fois à ses peines  et à celles de ses meilleurs amis…j’étais  d’ailleurs si accablé, que vous aurais-je écrit ? –  mais votre volume m’a fait du bien, il m’a ravivé il m’a ramené aux premiers jours de notre amitié – puisse t’elle  ne jamais changer  mon cher Edouard et puissiez vous rester toujours pour moi ce que je ne cesse moi d’être pour vous.  Mon ami à la vie  et à la mort. Tout à vous  Emile S

Lettre N°20   Nantes  le 16/17 novembre 1829   BC2   0053  et  57  58 bis =erreur                                                                                                                                        443/444

Mon cher ami vous avez sans doute là maintenant l’article inséré dans le lycée armoricain sur vos poésies ; je désire qu’il vous ait fait plaisir. Je l’ai écrit d’âme et j’ai cherché à y donner à ces éloges une tournure neuve et animée  que j’aie réussi ou non vous m’en saurez gré car vous y verrez mon amitié. Je  compte bien encore parler dans les feuilletons du Breton et dans la Revue de l’Ouest  de vous et de vos vers délicieux. J’ai ici cinq ou dix de vos enthousiastes  et ??de même ce nombre  une jolie jeune cousine qui me demande toujours des nouvelles de mon ami Turquéty =  j’espère mon cher Edouard qu’elle sera pour vous  quelque jour une amie et que nous nous verrons ici -… vous avez dû recevoir le premier numéro de notre Revue de l’Ouest  métamorphosée en journal mensuel je cois  qu’elle ira bien- envoyez nous  je vous en prie quelque pièce de vers.  Vos moins bonnes si vous voulez, elles seront encore délicieuses. J’en ai promis pour vous à Mellinet, ne me faites pas mentir, je vous le demande comme service . du reste je crois réellement que le journal sera bien-  voyez le 1er Numéro- votre dernière lettre était encore triste mon ami ; je comprends tout ce que votre situation a de pénible mon cher Edouard mais elle aura une fin,  il y a  au dessus de nous et de nos préjugés  un dieu qui aime les âmes tendres  et les protège. Qu’importe ?…vos peines actuelles n’en sont pas moins vives moins cruelles – mon ami chéri que ne puis-je vous soulager !…mais je ne puis que pleurer avec vous, vous donner , vous donner quelque vague consolation que l’absence refroidit encore…. Je suis d’ailleurs peu propre à réveiller l’espérance  dans les cœurs affligés, il y en a si peu dans le mien !…. les rêves de bonheur je les ai oubliés pour moi et pour les autres- cependant mon ami que je serais heureux d’apprendre que vous êtes plus tranquille-  oh qu’elle m’a fait de mal votre poétique et déchirante lettre. – ces promenades  nos lieux aimés et pleins de souvenirs de vide..ces désespoirs vagues ….comme je connais tout cela, comme je plains ceux qui l’éprouvent ! vous surtout ami cher !.. – écrivez moi donc de grâce pour me dire que vous êtes mieux, moins mélancolique = quand à moi cher ami , je suis toujours le même  je vis parce que dieu le veut,  je ris de temps à autre par faiblesse humaine et je m’en repends  peu après comme d’un péché.  Ma vie matérielle absorbe  ma vie morale , il faut s’agiter avec de grandes peines et de grands débats autour de petits intérêts pécuniaires et pendant ce temps mon  âme dort  mes inspirations   ?? urent  et mon attention s’en va =  parmi tout cela quelques bouffées d’attachement de peines d’amour viennent un peu refleurir ma pauvre vie- mais les boutons meurent avant d’éclore – cependant l’âge vient et au-delà je ne vois que le tombeau –  heureusement c’est une porte du paradis, cela console un peu mais la pensée n’y est pas toujours.

Adieu mon cher et bien aimé Edouard aimez moi la moitié de ce que je vous aime et je remercie dieu

A vous pour toujours      E.Souvestre

 

Lettre N°21 ??? Morlaix le 19 novembre 1829     445/446         BC 56

Mon ami votre lettre  m’a ému bien fortement : elle est venue me trouver dans un moment où je  suis moins malheureux qu’à l’ordinaire ou dans lequel moment je sentais moins vivement une peine ; elle m’a fait autant de bien  qu’eut pu me faire le son même de votre voix. J’ai à m’excuser pourtant d’un retard à vous répondre qui pour tout autre que vous  aurait pu être pris pour de la négligence…et bien mon ami je n’ai point d’excuses …mes maux physiques n’ont pas été plus fort qu’à l’ordinaire. Toujours de la chaleur à la gorge et à la tête mais j’y suis habitué. pourquoi donc ne vous ai-je pas écrit ?..vous l’aurez deviné déjà mon ami. Vous, vous savez qu’il y a des maladies morales qui sont d’aussi bonnes excuses que les maladies corporelles et vous me pardonnerez mon silence quand vous saurez que j’en ai été accablé dans un dernier temps mon ami il y a des instants où le malheur de vivre me semble si grand que je ne sais point de quoi je serai capable sans de grandes Pensées qui dominent  mes actions…dieu et l’avenir….à cette idée de dieu se rattache celle des devoirs qu’il m’a imposé(sic), des affections qu’il a semé(sic) sur ma route comme des roses poussant sur les épines… ; je me rappelle mes amis, mon bon Edouard, et alors mon âme se tourne souvent vers Rennes il s’y tourne avec mon cœur qui  y cherche un souvenir doux et consolant. Je ne sais ce qu’il reste dans le monde aux hommes qui n’aiment pas et qui ne sont pas aimés  mais pour moi , sans  ce sentiment  je ne voudrais pas vivre même avec l’espoir du paradis. – Edouard vous savez si vous je vous  aime !.. j’accorde mon estime à bien peu de personnes, mon amitié à un plus petit nombre encore..mais ce sentiment plus tendre encore que l’amitié et qui pourtant en a le nom, qui nous fait aimer un être au milieu de ceux que nous aimons, le choisir plus particulièrement pour lui confier ce qu’il y a de plus intime dans l’âme comme on le ferait à dieu même, cet attachement enfin que l’on ne peut ressentir que pour quelques personnes dans le monde je l’ai ressenti pour vous je le garde dans mon cœur comme un trésor.  On a des amis même parmi des amis et vous êtes de ceux là ?.. je ne sais à quoi le ciel me destine, la vie me promet bien des peines peut-être quelques gloires… ;mais quelque soit mon existence vous me trouverez toujours le même. Il faudrait pour amener un changement  que l’un de nos cœurs changeat et nous, nous sommes de ceux qui pensent que l’on peut s’unir pour ici et là bas – puisse mon ami cette assurance de mon amitié tendre être aussi douce à entendre pour vous qu’elle a été douce à écrire pour moi – je vois que mon papier finit mais j’ai encore dans le cœur vingt lettres, mille lettres comme celle-ci.  Soyez heureux et pensez à moi.  Il peut me venir de ces jours de torpeur qui m’empêchent de vous écrire  mais il n’en viendra pas qui m’empêchent de vous aimer.

A vous pour toujours. Emile S.

En travers sur face adresse :

Je m’aperçois en terminant que je n’ai fait que vous parler de mon amitié  et que vous me demandez un épanchement de ma douleur…. Je le ferai la première fois que je vous écrirai. Cette fois en vous répondant je ne pensais qu’à vous !

Lettre N°22                    447  BC 60

Est-il allé à Morlaix pour le décès d’un proche ? lettre précédente envoyée de Morlaix.

Mon ami c’est ma nièce qui vous remettra cette lettre – en habit de deuil….seule…pâle de maladie et de regrets = regardez là et puis plaignez vous – songez à moi qui ai senti ? son cœur se refroidir sur ma poitrine et puis plaignez-vous !.. ; – mon beau frère, ma nièce,  ma soeur    tous partent ; je reste seul ici..   dans mon horrible solitude des chagrins ignobles  des tracasseries dégoutantes : – l’ingratitude de deux êtres à qui je n’ai fait que du bien et qui vont colportant contre moi  des railleries qui rentrent au cœur comme des poignards –  deux malheureuses enfants dont je vous ai parlé, que j’ai instruites pour le seul plaisir de leur faire un avenir plus doux, que je voulais mettre à la tête du pensionnat de jeunes filles où je vais et qui  se sont séparées  de moi, sans remerciements,  sans regrets avec des sarcasmes   ?quand ?pour récompenses et de pitoyables calomnies qu’elles répandent  pour s’exempter de la reconnaissance- oh mon ami, ce n’est pas de la colère que j’ai ressenti non dieu m’est témoin mais j’ai été le cœur brûlé  –  mon dieu la vertu aussi  serait elle aussi une pitoyable duperie –    et concevez  ma position : ne pouvoir ne vouloir  parler de tout ceci à personne…. Vous êtes le seul vous serez le seul  qui saurez que des ingrats  m’ont froissé-  les autres personnes qui m’entourent pourquoi le leur dirais-je ?..——————

Envoyez moi d’ici à quatre jours l’article que vous avez commencé pour la revue, il me le faut absolument pour commencer  mon troisième  Numéro qui paraîtra presqu’en même temps que le second qui a été beaucoup retardé : = tachez de trouver des abonnés si nous n’en avons pas, nous ne pourrons recommencer  l’année. —— adieu répondez moi et  envoyez moi votre article.

vous m’avez promis d’écrire quelque chose sur l’album de ma nièce demandez le lui pour remplir votre promesse

je vous embrasse Emile S

 

Lettre N°23  Nantes, le 3 février 1830                BC 62     449

Mon cher ami

Voilà bien longtemps que j’aurais dû vous écrire mais mon sort est si flottant que j’attendais une décision avant de causer avec vous. Malheureusement je n’ai encore rien à vous apprendre. Il est probable pourtant que nous n’aurons pas l’autorisation de former notre pensionnat  et j’en suis maintenant enchanté – le but de tous mes désirs  est que la permission n’arrive pas   mr pardièche ???  même allait nous la donner !..- enfin je vis dans l’espérance. Si tout tourne comme le sort semble le présager j’aurai sous peu une bien obscure bien ignorée condition  où j’espère amasser du  bonheur plus que je n’ai fait jusqu’à présent dans ma vie  de campement . j’ai éparpillé  mes jours et mes illusions  à ces fruis , je sens qu’il est temps de  conserver le peu qui me reste et surtout  de les donner en garde à quelqu’être  qui sache consoler et guérir –  je l’ai trouvé, mon ami,  et heureusement , elle est pauvre et orpheline ; elle est  assez malheureuse  pour arriver jusqu’à moi sans descendre c’est beaucoup n’est-ce pas ?.- c’est elle qui lit vos  vers avec tant de bonheur,  qui me les récite avec tant d’âme-  vous êtes maintenant notre ami Edouard. On me demande de vos nouvelles ou on sont vos vers, vos tristesses de cœur  et puis il y a de doux et plaintives  exclamations, de  ces éloges d’un mot  qui ferait pleurer si ondait !… vous serez content de ma  marie,  mon  ami car je crois qu’elle vous aime  déjà autant que moi !….

vous le croyez vous ?….———————–

pas de remerciements pour  un article ….songez bien Edouard  que s’il y avait un mot  je dis un seul qui m’inspirat ?? que l’expression de l’amitié et non de la vérité je l’effacerais.  J’ai  valier ??, ce que le globe dit de vous . c’est  beaucoup pour cet orgueilleux journal qui juge le génie avec du talent    mais ceci est   ?   assez pour moi.  Personne n’entend vos poësies. Que moi peut-être …c’est que j’ai un supplément ?? que je prendrais mes souvenirs et la connaissance de votre cœur – c’est vous  qui êtes là , vivant pâle, souffrant  -ils ne voient qu’un tableau les autres.. !———avez-vous fait remettre son paquet à  Mr Bouëssel ?————-

j’ai vu l’ode de Boulai qui a eû(sic) ici une médaille.   Je persiste d    à       ?  il n’y a qu’une  âme factice dans cette poitrine là – le meilleur est que j’ai le patron de cette ode strophe par strophe dans un vieux mercure . Boulay n’a fait qu’habiller  à la mode du jour ces vieux  m ??

le vrai monde qui sombre dans limmens ???  n’appartient pas au cher compatriote – le débit vous aura séduit – il y a eu un temps aussi moi où il m’avait dit tant de fois qu’il était un grand homme  que j’avais fini par le croire – ah que tout cela n’est pas mon silence mon souvenir d’enfance ! vous faites pousser des fleurs et lui ne fait que de vieux tournesols artificiels !…————-

adieu mon bon mon excellent ami, je vous embrasse à deux bras et sur les deux joues  ailez moi portez vous bien et écrivez moi – que dieu vous donne du bonheur et d l’espérance.  Surtout n’oubliez pas  qu’il y a ici un  cœur ouvert aux confidences et qui se referme aussitôt le secret reçu.

A vous.   Emile S

 

Lettre N°24  Nantes le 23/24 mars 1830       BC 65    491

Mon bon Edouard  nous avons lû (sic) votre lettre ensemble ; elle aussi a pleuré avec vous. O répétez lui, m’a-t-elle dit, qu’il y a d’autres cœurs de femme que ceux là dans le monde qu’il s’en trouve de fidèles de profondément sensibles  et elle pressait ma main contre les deux siennes…. ;

Je lui ai promis  de vous répéter  ce qu’elle m’avait dit et je le fais – elle-même vous le dira .  dès que les usages du monde ne nous séparerons plus et que nous pourrons mettre en commun nos actions comme nos âmes  elle vous écrira dans ma lettre.. ;- vous lui répondrez n’est-ce pas ? vous avez accepté son amitié il faut respecter vos devoirs d’ami.

Oh que vous avez du souffrir  mon Edouard ! encore un rêve .. ;il faut en faire au moins un comme un comme celui là  mais le réveil…oh ! le réveil tue !/ – puissiez vous trouver  bientôt ailleurs ce que vous vous aviez espéré vainement. Croyez moi mon ami, j’ai passé par ces , je sais combien une pierre de tombe serait alors d ??? sa tête …. ;mais ces souffrances s’apaisent peu à peu… notre pauvre âme humaine  n’a pas même le pouvoir de conserver une longue tristesse….au milieu des débris de tant de bonheur  l’on est tout surpris de voir s’élever encore de jeunes et fraîches sensations ; la douleur devient un souvenir et alors l’espérance est si près !.. ; ayez du courage seulement Edouard, la guérison viendra- ah ! si elle pouvait venir de la main d’un ami, si vous pouviez être près de nous pour  recevoir nos soins, nos consolations ! vous ne savez pas mon Edouard comme une blanche main de femme sait essuyer les larmes !..c’est presque plaisir d’en verser ! ——————

C’est après paques que je vais cesser d’être seul, faites des vœux pour moi mon Edouard. j’avais commencé une pièce de vers que je vous adressais dans ce moment le plus important de ma vie, mais le temps et la patience me manquent.  L’on imprime mes pauvres poésies. Elles me seront toujours chères  ce sont elles qui m’ont fait connaître.

Envoyez moi donc des vers pour la revue de l’ouest, je vous en prie – je fais un volume de souvenirs  et  d’esquisses que vous voyez dans la revue je vous les dédierai !…vous le voulez bien n’est ce pas ?   ———————

Adieu mon ami, écrivez moi plus souvent le silence des absents est un signe d’oubli ou de douleur  épargnez moi  la   souffrance ?? de ces deux infortunes, aimez moi, pensez à  moi   consolez vous et priez  pour le bonheur de deux amis qui vous aiment  .

Tout à vous  Emile S

Lettre N°26 bis  Nantes                                                      BC 73    456

le 22 mai pour la première partie de la lettre mais elle est postée le 7 juin arrivée le 8.

Débutée par Cécile

 Nantes  le 22 mai 1830

L’empressement que vous avez mis à me témoigner une amitié que j’ai sollicitée  et par laquelle vous vous trouvez intimement lié à notre bonheur m’a vivement touchée et a encore augmenté  s’il était possible, l’intérêt que vous m’avez inspiré. Combien j’apprécie la confiance que vous me montrez ;;;;; croyez à XXX  la sincérité avec laquelle elle a été recueillie, aussi ne parlez pas de remerciements je vous prie, ne suis-je pas heureuse d’avoir obtenu votre affection au seul titre d’amie de votre Emile ?  maintenant je possède comme lui les  droits qu’il a sur votre cœur        . vous me l’avez promis ; vous recevrez nos consolations, vous les goûterez offertes par les sentimens les plus affectueux ; nous tâcherons de leur donner un charme qui pourra les rendre efficaces. Je veux encore vous prouver que le bonheur n’est pas une chimère et qu’il existe réellement. Nous serons deux  et tous les deux guidés par notre amitié si vive, si tendre.. – cette noire mélancolie qui semble vous accabler  est causée par des espérances qui vous furent chères, et dont vous avez été frustré.  Moi qui suis si heureuse d’être aimée je peux vous plaindre     …oh oui ! c’est en m’entourant de tout mon bonheur que je sais mieux encore vous comprendre et compatir à vos douleurs ; mais aussi ne pouvez-vous retrouver quelque tranquillité ? croyez bien que vos maux les plus réels sont toujours exagérés par notre imagination . vous regretterez de douces illusions, et leur perte vous ôte le repos de l’esprit et le calme du cœur. Est-il donc fermé à de nouvelles espérances ? il y a encore des âmes qui sauront entendre la vôtre ; ne les chercherez vous pas ?  oh ayez plus de confiance dans l’avenir, notre Emile ne fut pas toujours heureux, vous fûtes souvent témoin de ses crises mélancoliques. Peut-être comme vous  il regrettait le passé (l’isolement attriste encore les souvenirs.) maintenant le bonheur semble avoir tout effacé- il a trouvé tout l’amour qui peut remplir son cœur comme je vous approuve quand  vous désiré(sic) le plaisir de la vie domestique  il est simple obscur quelquefois mais solide et plein de charme. On trouve tout le bonheur dans son intérieur.

Les distractions que le monde peut nous offrir sont si fugitives, si pauvres en comparaison des réalités délicieuses  d’une vie embellie par l’objet qui possède

Suite sur le côté de la feuille

De nos affections. Vous voyez que je vous parle de la félicité dont je jouis ; je voudrais vous y faire participer en vous voyant heureux ; si le sincérité d’une amitié tendre et dévouée peut adoucir vos peines, comptez sans réserves sur l’affectueux attachement de votre amie. C Souvestre         

Ecriture droite claire et lisible +++

Suite par E.Souvestre

Mon cher Edouard cette lettre de ma femme était  écrite depuis deux jours quand j’ai reçu votre dernière. – elle voulait recommencer, je l’en ai empêchée. –   c’est donc moi seul qu’il faut ??  du retard. = vous m’avez promis de m’envoyer  de vos vers mon ami, rappelez vous que j’y compte et le plutôt possible. – que vous avez dû penser là cette MMMlleraie !… il y a longtemps – que je désire y aller. Oh quelque malheureux qu’on soit étouffé par l’air lourd de la terre, vous avez  ra??raison, mon ami , il doit être bien difficile  de briser toutes les chaînes d’affections que l’on a dans ce monde , de vivre dans cette sphère suspendue entre les deux vies  et où les bruits de la terre ne parviennent que comme de lointaines rumeurs – il y a des hommes qui ont ce courage, mais ceux là ont-ils jamais bien aimé ici bas ? = vous êtes encore bien triste dans votre dernière lettre, mon cher ami, – les souvenirs sont bien puissants dans votre cœur et rappelez vous ce vers de Lamartine

Oublions, oublions c’est le secret de vivre.

vous me demandez comment je suis. Bien mon ami, heureux comme à l’ordinaire (car maintenant le bonheur loge chez moi) et ne désirant que la continuation de mon sort actuel. —

veuillez je vous en prie demander à Hunault  les lettres qu’il a à moi je vous en avais déjà prié, vous ne me répondez rien à cet égard. Le compte des femmes poëtes avec le libraire…pourriez vous le régler ?  mes poësies avancent à l’impression————

adieu je vous embrasse bien tendrement et je vous aime.  Tout à vous  E.Souvestre

 

Lettre N°28    Morlaix le 8 octobre 1830.            BC 78   459

Papier blanc ; lettre dure à lire

Mon cher ami des promenades, des dîners, des indigestions ont occupé tout mon temps ici. J’étais toujours si employé qu’il  ne me restait pas un instant pour vous écrire. Je reviens enfin  à Rennes la mémoire pleine de ballades, d’air délicieux  et l’estomac fort dérangé.-  je pars de Morlaix lundi 10 et j’arriverai je pense à Rennes le 11 ; j’y resterai un jour – j’aurais dû vous écrire plutôt mon ami, n’eut-ce été que pour vous remercier vous et votre famille de la demi-journée délicieuse que vous nous avez procuré à Rennes. Ma femme surtout qui ne connaissait pas encore cet intérieur était émerveillée. En sortant de chez vous elle me dit qu’elle s’était amusée plus qu’elle ne l’avait fait depuis un an. Elle ne tarissait pas sur cette affectueuse bonté de votre père, sur la tendresse caressante de votre mère, sur leur union sur leur bonheur et  PPPtt    ne ? par-dessus ? tout sur cet air de douce félicité et de pieuse humanité qui respirait autour d’eux. J’aurais voulu que vous puissiez l’entendre faire votre éloge à tous ; elle parlait bien      dans ce moment.  —————–

J’ai passé ici un mois parmi les bois, les cascades les landes ?, iers  et les chaumières. J’ai revu toutes nos chères chapelles au milieu des ifs ; j’ai entendu encore nos vieux  valets ?  ctes ?  Bretons près des feux de genet….

Je veux mourir dans ce pays ci mon ami, l’air qu’on y respire est imprégné de poësie et de simplicité. Les hommes y sont rustiques en apparence mais sous une enveloppe grossière on trouve des canardiers ? dieux ? – j’ai peu travaillé ; tout cela passait trop rapidement sous les yeux et j’étais tout occupé  des réminiscences de   ma jeunesse  ce n’est pas sous l’impression immédiate d’une sensation que l’on peut écrire ; elle vous occupe trop fortement, il faut attendre qu’elle soit devenue un souvenir. –  si j’avais du temps à mon retour à Nantes j’aurais de quoi écrire, mais à peine me reste t’il  par semaines quelques heures  que je consacre plutôt à gouter du bonheur qu’ à en exprimer par écrit. Aussi faut-il regarder une vie poétique comme close ; je la regrete (sic) parfois mais ?? ça reste de ? rie fait à tous ces rêves s’envoler…il me reste la réalité ; – et si douce !..

Adieu mon ami portez vous bien  et pensez à moi ; venez à ma rencontre si vous le pouvez. Ma femme et moi nous vous embrassons de cœur. à vous  Emile . S

8 octobre 1830

Je resterai un jour avec vous à Rennes

 

Lettre N°29   Nantes  le 8/9 nov 1830          BC 80   461

Lettre sur papier blanc qui comporte une marge qui va en augmentant vers la droite

Mon cher ami je vous écrit bien tard et  près de ma femme  malade qui refuse de se coucher et qui est là étendue dans un fauteuil sans mouvement et comme un cadavre. Ce n’est qu’une fièvre dit-on mais elle me repousse avec tant de froideur  il y a dans son regard quelque chose de si fixement indifférent que rien que la voir me serre le cœur à en étouffer – oh mon ami, mon ami, n’aimez plus, n’aimez plus jamais ; les affections donnent plus de souffrances  que de joies. Plus l’on marche dans un attachement plus les plaisirs deviennent  rares et les soucis cuisants. C’est une triste chose de penser qu’un dérangement d’estomac détruit presque une vacille avec toi ?? et qu’une  fièvre rend l’âme froide  à ceux qu’on aimait le plus – et encore si cet état était accidentel mais il se prolonge, il est habituel maintenant dans ma femme. Il n’y a plus de cœur chaud pour remuer ce corps   ?lude, tout est abattu sans vie, sans souvenir, sans amour. – c’était augure de supplice que je n’avais pas imaginé  je ne sais si d’autres l’ont éprouvé mais c’est pour  en mourir. – je vous confie ces peines de ménage mon ami, il n’y a que vous et dieu qui  les connaissiez ; elle même n’en a jamais rien appris de ma bouche.  Ah mon Edouard que j’aurais  besoin de vous pour pleurer à l’aise. –  moi qui me croyais désormais si heureux = je sais ce que vous allez me dire mon ami ; c’est un  mauvais moment à passer,  mais ce mauvais moment peut se prolonger et alors Edouard (cela est affreux à penser mais cela est vrai comme dieu) je sortirai de ma peine par la froideur ;  j’en suis sûr. mon cœur froissé à un certain degré ne revient jamais, c’est un malheur de caractère de plus. = mais je ne veux pas prolonger cette conversation triste et flétrissante, pardonnez moi mon ami , j’essuie une larme au bord de mes paupières et tout est fini ; parlons d’autre chose. = ayez la bonté de distribuer aux divers libraires de Rennes et surtout à motier ?, et d’acheter les brochures de compositions-jacottot que je vous ai envoyées. Je vous prierai aussi de toucher pour moi le prix des exemplaires des femmes poètes vendus chez les mêmes. – veuillez m’envoyer l’adresse de Boulay- Paty il m’a envoyé un exemplaire de la poésie ; je veux l’en remercier. –  n’oubliez pas je vous prie en grâce de me répondre à toutes ces commissions que je vous donne et le plus promptement possible  je tiens à savoir qu’elles ont été ont été faites   a .. été ? qu’à savoir l’adresse de Boulay-Paty. Hâtez-vous de me l’envoyer = je suis allé faire un tour au jardin, le temps est noir, pas une étoile…c’est mercredi, en est-il de même à Rennes. Je voudrais pouvoir promener dans cet air humide et brumeux-  vous avez eu de ces jours mon ami où on attend une belle au coin de chaque rue comme un don du ciel et où la vie est si bas qu’on ne se baisserait pas pour en relever si elle vous échappait- c’est une triste situation ; j’en ai été malheureusement déshabitué – je reviens malgré moi à mon sujet de l’autre page. Mon ami croyez moi ne jetez point votre sort sous les pieds d’une femme –  vous ne suivrez pas ce conseil je le sais mais je sais aussi que vous vous en repentirez – mon  Edouard si cette heure vient lisez cette lettre ci = adieu mon ami, soyez heureux…plus heureux que ceux qui le paraissent beaucoup – ah mon ami plus je marche dans la vie plus je trouve de tristes expériences sur les prétendues joies – Edouard le bonheur est encore bien malheureux !

A vous tout à vous   Emile S

 

Lettre N°30,  Nantes 21/23 décembre 1830         BC 83    463

Nantes le 16xbre 1830

Mon cher Edouard je suis retenu à la maison par un gros rhume  j’en profite pour répondre à vos deux lettres. Depuis un mois ?? nos rôles ont changé  c’est moi qui suis devenu le paresseux, vous le diligent ; rien n’est impossible sous le ciel.  J’ai reçu votre ravissant oiseau du village.  C’est un rossignol de l’espèce la plus rare, la plus douce, la plus délicieuse de cette espèce que l’on ne trouve que dans les  porches ?, carteu ?, et qui ne chante qu’à une certaine heure et que l’on vient de loin pour écouter au clair des étoiles ! _ quand à moi  mon ami j’ai perdu la voix – pauvre peroquet(sic) qui a  oublié  les airs de sa jeunesse ou qui les répète au hasard… ;- enfin l’on peut vivre sans cela. – mon volume de poësies sera imprimé dans quelques jours je vous l’enverrai faites le relier je vous en prie mon ami, avec vos élégies ; quelque jour grâce à ce mélange en cherchant les vôtres, on lira les miennes. – du reste je ne songe plus à mes vers que lorsque je vous écris ou lorsque je reçois de vos lettres. Le reste  de ma vie est plus prosaïque que la vie d’un batteur de caisse    coulante ?? je joue la comédie avec des enfants qui remplissent le rôle ennuyeux d’écolier pendant que je remplis celui  plus stupide de  maistre. Ma position cependant me paraît  douce mon ami ;  je vous assure que l’on se fait à n’être rien  à ne produire rien  à vivre comme une machine à faire des bas ? . il y a même un certain charme dans ce laisser-aller animal…. Puis l’on digère mieux !… ?soyez en !. .  ;adieu mon ami mille amitiés à votre famille  votre tout dévoué et bien tendre ami   Emile S

J’ai envoyé son volume sachez s’il l’a reçu ?

Cécile

J’ai tant d’excuses à vous faire Mr ..Edouard que je suis fort embarrassé de quelle manière entreprendre ma justification . vous parlerais je de mon état de fatigue , de souffrance dans lequel je suis presque continuellement depuis mon retour  non je ne vous en dirai rien , puisque si ma situation me laissait la faculté de penser souvent à vous, j’aurais aussi bien pu vous le témoigner ; mais  enfin il faut s’excuser quand on est coupable, et je ne peux m’en prendre qu’à ma paresse, bien condamnable sans doute et que vous pardonnerez j’en suis sûre. Maintenant vous savez qu’il n’y a (pas) oubli, ni négligence  je suis plus tranquille   l’idée que vous pouviez douter de mon affection

Suite sur face adresse

me serait tout à fait pénible car depuis que j’ai fait connaissance avec votre famille je suis encore plus jalouse de conserver la votre. Je garde un tendre souvenir de toutes les bontés dont votre excellente mère nous a comblés ; priez la de penser quelques fois à vos amis et je vous aurais une double obligation de me l’avoir fait connaître. mon Emile vous a parlé je crois d’un  album qu’il comptait m’offrir je réclame quelques unes de vos pensées Mr Edouard-  oh je vous dirai même que je le désire bien vivement. Veuillez songer à ma demande  et ne la laissez pas sans réponse. je vous en prie.  Ecrivez nous souvent  vous avez plus de temps que mon mari  et nous sommes si heureux de recevoir  vos lettres. Parlez moi de votre famille et ne vous oubliez pas dans vos entretiens du soir. Adieu Mr mes amitiés respectueuses à ceux qui vous entourent et croyez à l’affection de votre amie C.Souvestre à Boulay à l’adresse que vous m’avez donné le lycée armoricain où je rends compte de

 

Lettre N°31   Nantes le 18 xbre 1830           BC 85  464

attention pas noté de date sur le cahier !! et serait antérieure à la précédente.
Mr E.T « chez son père vis-à-vis Léveillé marchand de nouveautés ».

Mon cher Edouard voici un jeune homme Mr Busseuil que le sort appelle au régiment et que ses parents ne peuvent ou ne veulent pas  racheter –  il a eu assez de fierté pour ne rien solliciter  de ce que la tendresse n’avait pas inspiré ou la faveur – vous aprécierez cette conduite – c’est un brave, un bon  et loyal garçon. – recevez le, soyez lui utile si l’occasion s’en présentait ; vous me ferez plaisir.- je n’ai rien à ajouter n’est ce pas Edouard ?…- qui voudra me recevoir quand je ne serai qu’un pauvre soldat nous disait-il hier – croyez vous qu’il y ait quelque chose dans ce mot là ?…vous le recevrez vous – adieu vous me devez une lettre. – voulez vous une pièce inédite de Mme Desbordes Valmore que j’ai d’elle manuscrite ?….je vous l’enverrai – le lycée n’inserre que des pièces non déjà imprimées, les vers charmants de votre ami Lucas l’ont été  – cela vous explique tout. – vos vers sur l’oiseau de la vallée  paraissent le mois prochain avec un article de moi – adieu portez vous bien – ma femme vous donne une poignée de main – et moi aussi   tout à vous   E. Souv

Sur côté

Faut-il vous dire que nous parlons de notre  voyage de Rennes ;que ma femme me fait rouvrir  ma lettre pour vous le rappeler, pour embrasser votre bonne mère….mais vous savez tout cela.

 

Lettre N°33  Nantes   le 9 fév  1831           BC 86     465

Mon ami je réponds tout de suite à votre lettre parce que j’ai un instant à moi – merci encore de vos vers je les ai trouvés ravissants…d’abord parce qu’ils sont ravissants et ensuite parce qu’ils me parlent de circonstances douces à  mon cœur – vous avez été content de mon volume !.. ; tant mieux, vous étiez un des êtres pour lesquels je le faisais et auxquels je désirais ? qu’il plût…ce sont mes derniers adieux à la poësie, un dernier reflet d’une flamme qui est venue s’éteindre dans le bonheur. Peut être quelque pièces tomberont encore de mon cœur comme ces marguerites qui  naissent par hasard sur un terrain stérile … mais ce sera tout . la source est tarie, le feu éteint….mon âme a transporté toute son énergie du monde idéal dans la vie positive. Il y a une saison où les arbres fleurissent puis ils ne portent plus que des fruits. – je suis arrivé à la saison des fruits mon ami ! = bientôt je vais être père – qu’il y a d’avenir dans ce mot ! – là encore s’ouvrira pour moi un monde de rêves…. Mais de rêves que l’on écrit pas. = et quels nouveaux devoirs mon ami – il ne m’est plus permis de perdre mon temps à de suaves illusions ; mon enfant aura besoin d’un protecteur, d’un ami…il faudra travailler pour lui …après la vieillesse viendra ; douce et entourée de souvenirs mais plus froide recherchant plus le soleil du corps que celui de l ‘âme….oh mon ami quand limbes cap ? descendent comme un nuage glacé sur notre tête, l’imagination le rafraîchit bien vite ;  les pensées de feu s’éteignent… vous arrivez là….. alors votre jeunesse  vous parait comme l’orage d’une nuit d’été chaud et entrecoupé d’éclairs pourvu qu’il nous reste dans cet âge plus avancé des yeux capables de se mouiller et des mains qui sachent encore étreindre une autre main… ce sera assez nous avons encore ce qu’il faut d’âme pour être un homme. = adieu mon ami, soyez heureux s’il se peut et continuez  à m’aimer comme je vous aime c’est-à-dire plus qu’extrèmement…

A vous tout et pour tout

E.S

 

Mille merci Monsieur Edouard de vos délicieuses pensées – elles m’ont causé une émotion douce et tendre dont je ne peux vous définir l’expression. Vos vers ont toujours eu sur moi un charme irrésistible.  avant de vous connaître  je trouvais en lisant vos esquisses poëtiques tant de rapports dans les idées avec celles de mon Emile. Les mêmes sentimens étaient exprimés. vous peignez si bien les peines du cœur et notre ami avait eu aussi de ces tristesse je savais que vous les connaissiez , que vous les aviez  partagées et mon cœur fut d’accord avec le sien pour vous aimer mais cette dernière pièce édouard, nous a pénétrés d’admiration. Votre âme sensible et aimante se peint si bien  c’est un souvenir précieux pour moi que ce gage de votre amitié.

Je vais pourtant vous faire un  reproche  pourquoi n’avez-vous pas signé.-  pour moi sûrement ce n’était pas nécessaire je vois votre nom à chaque ligne mais j’aurais été fière que votre signature eut enrichi mon album…

Mon émile vous a répondu de suite et était heureux de vous témoigner l’instant même le plaisir que vous lui aviez procuré…moi aussi Edouard j’en avais bien le désir ; oh croyez le bien !.. ; Je commence à devenir  si souffrante que la moindre chose me fatigue .  vous ne me parlez pas de votre famille rappelez vous que je suis maintenant votre sœur (vous me l’avez dit)  et que c’est aussi la mienne. Soyez notre interprète près d’elle et croyez à la tendre amitié de votre amie

                                                           C.Souvestre   

Des comptes sur l’enveloppe

 

Lettre N°34  Nantes,  le 31 mai 1831    465    BC 91

Décès de Cécile

Edouard, Cécile est morte ! ….morte mon ami !… avant-hier … entre mes bras. – il me reste d’elle un fils = je ne puis vous écrire autre chose –  Cécile est morte –  j’ai vu son agonie… tous ses membres froidir … devenir roides….du jour du jour me criait-elle,  réchauffe-moi… j’ai froid – son dernier mot a été : j’étais trop heureuse !..

Adieu mon ami je n’ai rien  à  dire d’autre chose

Cécile est morte…   je ne pleure pas…    plaignez-moi

Non signée

Lettre N°35  Nantes le 28 juin 1831    BC 92    471

mon ami vous savez pourquoi je ne vous ai point écrit . – je ne pouvais fixer mon esprit assez longtemps pour penser la lettre la plus courte.   mon âme est encore tellement ébranlée du contre-coup qu’elle a reçu qu’elle est comme ces vues fatiguées qui ne peuvent se fixer sur rien et qui sont forcément dans un mouvement perpétuel…..il m’est impossible d’arrêter mon cœur sur un objet …ses palpitations sont si douloureuses si saignantes de souvenir- il n’ y a qu’un mot qui rende mon état :  mon âme a  la fièvre. –  j’ai pleuré en lisant ce que vous m’écriviez :   j’ai été touché de votre affection –  ah mon ami elle aussi comme elle vous aimait – vous deviez la pleurer car elle aurait eu le cœur brisé de votre mort – jamais elle ne vous appelait qu’Edouard….comme elle m’appelait Emile, comme elle appelait son frère Alexis… – imaginez-vous mon ami cet ange dans les horreurs de l’agonie et me disant : –  oh mon ami il se passe en moi quelque chose d’extraordinaire !…   oh que j’ai peur mon Emile… ne me quitte pas…   j’étais trop heureuse…    puis ses deux mains se sont croisées sur sa poitrine et elle murmurait une prière.   mon Dieu pardonnez moi dit-elle de cet accent qui n’est déjà plus de la terre…. Puis… Emile… j’étais si heureuse  = elle était morte = et j’étais là Edouard, j’étais là… sur son corps… quand elle me disait… qu’est-ce que je sens ..j’ai peur mon ami … c’était la mort qui venait et je le savais…. oh non  non, Edouard l’enfer ne peut rien avoir de pareil. –  mon cœur se tordait dans ma poitrine –  alors mon dieu pardonnez-moi ! oui alors il y a eu un instant où j’ai désiré qu’elle fut tout à fait morte. = j’ai été obligé d’interrompre un instant cette lettre…   j’étouffais maintenant je suis mieux – je ne vous parlerai plus du sujet .. du moins dans cette lettre  =  je ne puis continuer- . voilà qu’il me prend une crise de larmes, une besoin de pleurer ..  il faut que j’aille au jardin …adieu je vous serre sur mon cœur écrivez-moi, aimez-moi je vous embrasse  à vous  à vous   Emile S

Lettre N°35  Nantes le 28 juin 1831    BC 92    471

mon ami vous savez pourquoi je ne vous ai point écrit . – je ne pouvais fixer mon esprit assez longtemps pour penser la lettre la plus courte.   mon âme est encore tellement ébranlée du contre-coup qu’elle a reçu qu’elle est comme ces vues fatiguées qui ne peuvent se fixer sur rien et qui sont forcément dans un mouvement perpétuel…..il m’est impossible d’arrêter mon cœur sur un objet …ses palpitations sont si douloureuses si saignantes de souvenir- il n’ y a qu’un mot qui rende mon état :  mon âme a  la fièvre. –  j’ai pleuré en lisant ce que vous m’écriviez :   j’ai été touché de votre affection –  ah mon ami elle aussi comme elle vous aimait – vous deviez la pleurer car elle aurait eu le cœur brisé de votre mort – jamais elle ne vous appelait qu’Edouard….comme elle m’appelait Emile, comme elle appelait son frère Alexis… – imaginez-vous mon ami cet ange dans les horreurs de l’agonie et me disant : –  oh mon ami il se passe en moi quelque chose d’extraordinaire !…   oh que j’ai peur mon Emile… ne me quitte pas…   j’étais trop heureuse…    puis ses deux mains se sont croisées sur sa poitrine et elle murmurait une prière.   mon Dieu pardonnez moi dit-elle de cet accent qui n’est déjà plus de la terre…. Puis… Emile… j’étais si heureuse  = elle était morte = et j’étais là Edouard, j’étais là… sur son corps… quand elle me disait… qu’est-ce que je sens ..j’ai peur mon ami … c’était la mort qui venait et je le savais…. oh non  non, Edouard l’enfer ne peut rien avoir de pareil. –  mon cœur se tordait dans ma poitrine –  alors mon dieu pardonnez-moi ! oui alors il y a eu un instant où j’ai désiré qu’elle fut tout à fait morte. = j’ai été obligé d’interrompre un instant cette lettre…   j’étouffais maintenant je suis mieux – je ne vous parlerai plus du sujet .. du moins dans cette lettre  =  je ne puis continuer- . voilà qu’il me prend une crise de larmes, une besoin de pleurer ..  il faut que j’aille au jardin …adieu je vous serre sur mon cœur écrivez-moi, aimez-moi je vous embrasse  à vous  à vous   Emile S

 

Lettre N°37  Nantes le 4 septembre 1831      BC 98      479

Mon cher Edouard je pars demain pour Rennes ainsi mardi matin attendez moi par la grande messagerie. – je vais vous voir enfin – bien tristement mais n’importe je vous embrasserai – je passerai la journée avec vous et mercredi je partirai pour Morlaix  il m’est impossible de rester plus longtemps aussi  ne m’en pressez pas je vous en prie. Je n’ai que huit jours pour aller et revenir à Morlaix – adieu    tout à vous  . attendez moi sur la route . je vous aime

Emile .S

Lettre N°38  Nantes le 4 octobre 1831    BC 99       477

Mon cher ami, mon fils est mort – il y a deux jours – mort – tout ce qui me restait d’elle = je n’ai rien à vous écrire = seulement envoyez-moi de suite votre article pour la revue vous jugez si je suis en état d’en composer – votre article en prose e grâce et une bonne pièce de vers – ayez quelque chose de Lucas – adieu je souffre bien – dîtes à Trovius que je lui écrirai – annoncez lui ainsi qu’à Bidard ce qui vient de m’arriver

A vous                                                Emile S

 

Lettre N°39    Nantes le 21 octobre 1831      BC 100 479

Dans le peu d’ordre et de suite dans mes idées  je ne puis démêler qu’avec peine mes souvenirs. Je ne sais si je vous ai écrit pour vous annoncer la mort de mon fils et celle de la plus jeune de mes nièces – je crois que oui – mais ce qui me ferait penser que je ne l’ai point fait c’est que je n’ai reçu aucune lettre de vous – et serait-il posssible que vous m’eussiez laissé sans réponse dans une telle situation ? – je vous demandais quelque chose pour la revue, vous ne m’avez rien envoyé ! – Edouard qu’avez-vous donc ? à quoi pensez vous ? je ne reçois aucune nouvelle de vous quand j’ai le cœur brisé  quand ma vie est devenue plus déserte que jamais – mon ami qu’avez-vous donc ? oh mon dieu si vous pouviez me voir je vous ferais compassion j’en suis sûr. =  ne me laissez pas ainsi – je vous aime edouard –  quand les rangs de ceux que j’aimais s’éclaircissent par la mort, dois je encore craindre l’abandon ? oh non n’est ce pas. – répondez moi poste pour poste, il le faut j’en ai besoin = si vous avez quelque chose à m’envoyer copiez dans une lettre ou dans deux lettres,  tres f ? et faites moi parvenir par la poste

A vous   Emile

 

 

Lettre N°40 Nantes le 1er février 1832            103    481

Mon cher ami votre lettre m’a fait bien de la peine et j’étais si peu capable de vous donner des consolations que je remettais toujours à vous écrire. Vos douleurs me font d’autant plus de mal qu’elles me rappellent un temps où j’avais près de moi une voix douce qui savait les endormir – et cependant Edouard si l’on pouvait porter un froid compas sur les souffrances excessives et inattendues qui vous cramponnent le cœur comme une griffe de fer, que l’on regarderait en pitié ces larmes versées sans motif lorsque tant de justes larmes de chagrin nous entourrent(sic) . – dîtes n’êtes vous pas saisi parfois d’un remords de ne pleurer que sur vous-même de ne regarder que dans votre âme lorsque tant de poignantes agonies vous entourent ; lorsque le monde se couvre d’ulcères et se vide de toutes les gracieuses consolations – siècle pourri, infect…où les aut ?, n’embaument plus le cadavre…..car les arts s’en son allée(sic) avec le reste – et ce rêve insaisissable du genre humain vers lequel il court dans sa fièvre …la liberté !..le bonheur !…des mots, des mots, des mots…..- l’humanité a la fièvre chaude  voilà tout ce que je vois de plus clair…mais on a  XXXdant que des douleurs – ce peuple qui j/p XXX de crapule et de corruption…et bien il me fait pitié à en pleurer – ne le laissons nous pas devenir ainsi par notre indifférence – si nous étions nés dans ses rangs aurions-nous été autre chose que ce qui est ? = tenez quand je vois tout cela je me reproche de m’occuper de mes propres regrets – mon Edouard qu’ils étaient grands ces apôtres qui allaient prêchant dieu aux affligés et lavant les pieds des pauvres misérables comme nous  sommes petits auprès ! et cependant nous sentons ce qui est beau ; nous avons un monde dans nos âmes =  Edouard faites des pièces comme celle que vous avez écrite pour les pauvres ; la pitié en coulant à flots de votre cœur le déchargera de ce poids déchirant qui l’oppresse = et puis – songez y – on vous aime !…oh ce mot, mon ami, ce mot, n’est ce pas le but d’une vie humaine – oui on vous aime – et qui ne vous aimerait = oh moi aussi j’ai une poitrine pour vous réchauffer…une poitrine bleue de coups cruels, sanglante de blessures, car on en a arraché la moitié du cœur… ;mais qu’importe mes bras vous sont ouverts. – adieu, cher bien cher ami, écrivez moi de suite je vous en prie, vous devinez m ??   avec moi et c’est mal car vous souffrez – ne craignez pas de m’affliger ; dans l’immense douleur où le destin m’a noyé il ne me reste plus de faiblesse – à force de tomber je suis devenu fort et immobile = je vous jette mes deux bras autour du cou

A vous d’âme à vous    Emile S

Lettre N°41 Nantes le 13 mai 1832           105    483

 attention : vérifier la ville 

Ecriture droite lisible régulière +++

Morlaix    le 13 mai 1832

Mon cher Edouard j’avais une confidence à vous faire une confidence importante et je ne l’ai point faite. – voici pourquoi – cet aveu pouvait  donner devant vous à ma situation l’aspect du bonheur  et en vous voyant si malheureux j’avais   erie ??honte de ma joie – pardonnez moi donc Edouard  et donnez moi votre main= je me marie !- une passion irrésistible ne m’a pas entraîné ; non  mon ami ; une pierre de tombe repose encore sur mon cœur et y pèse de tout son poids, mais par une bizarrerie du sort que je rougis presque de vous avouer, une femme est tombée amoureuse de moi ;  elle était bien malheureuse, bien isolée, je l’ai plainte et elle s’est attachée à moi avec la force du désespoir = j’ai longtemps fui son affection.  enfin j’ai voulu partir alors des larmes ont coulé,  je ne pouvais plus feindre d’ignorer la vérité ; elle m’a dit avec un accent que rien ne peut rendre –  je ne vous verrai plus, que vais-je devenir…   j’en mourrai moi !  – je lui ai pris la main et je lui ai dit : – vous me suivrez = voilà la vraie cause de mon départ  de Nantes, Edouard.

Je ne voulais pas repasser avec une autre femme aux lieux où elle avait passé appuyée sur mon bras ;   je ne voulais plus refroidir le bonheur de cette pauvre Nanine si bonne si aimante pour l’aspect d’une tombe – o mon ami vous comprendrez tout cela vous – je lui ai dit : nous partirons pour la Bretagne là où les souvenirs de mon bonheur passé sont moins vifs. = maintenant Edouard vous comprendrez ma conduite – o  mon ami je ne me plains pas de dieu qui au milieu des plus grandes douleurs à   jetté(sic)  dans la vie  près  de mon âme brisée un orage d’amour et de consolation – mais pourquoi n’ai-je pas connue  une seule de ces deux femmes ?-  laissons ces idées  elles sont affreuses. vous verrez Nanine à son passage à Nantes. C’est un être tout admirable de sensibilité et de douceur – sa bonté va jusqu’au génie   vous verrez d’elle des vers dignes  de vous. –

Edouard, que le souvenir d’une autre femme que nous avons bien aimé tous  deux et que nous aimons toujours autant ne nuise pas à l’affection que mérite celle-ci ;   tendez lui aussi la main quand vous la verrez : elle le mérite   elle comprendra tout ce que vous ferez pour elle. –  je compte sur vous mon frère, adieu :   ne me plaignez pas  ne me dîtes  pas heureux ;   mon âme flotte entre de cruels souvenirs et de vagues espérances,   je me défends de la joie comme d’une infidélité et je tremble d’interroger mon cœur et d’y trouver plus d’amour pour celle qui n’est plus que de reconnaissance pour celle qui me tend la main-

Adieu mon ami écrivez moi poste pour poste à Morlaix

Tout à vous Emile Souvestre

Vous pouvez annoncer mon mariage aux indifférents

 

Lettre N°42   Nantes le 24  mai 1832       BC 108        489

Mon ami nous vous embrasserons après demain matin samedi, venez nous voir chez Bidard si cela vous est possible – votre lettre m’a fait du bien comme tout ce qui me vient de vous – oh Edouard, vous, vous savez bien comprendre et bien aimer. Je lui ai montré cette lettre elle en a été touchée jusqu’aux larmes – vous l’aimerez mon ami  vous l’avez promis  nous aurons quatre mains pour serrer vos deux mains affectueuses – adieu adieu je vous serre sur mon cœur. Moi aussi, frère, je vous dis à la vie et à la mort- tout à vous partout et pour tout

E.Souvestre

 

 

 

Lettre N° 43     Morlaix  le 30 juin 1832        487 attention préc= 485 et non 489

mon cher bon ami tant de sanglantes tragédies se sont réunies autour de nous depuis que je ne vous ai vu; j’avais le cœur si triste et en même temps si ému de colère  de pitié d’indignation que je ne vous ai point écrit  et vous m’excuserez de ne l’avoir point fait. Et quel moyen de rester au fond de la retraite entre des souvenirs d’amitié et d’amour quand le cri de la guerre  civile vient jusqu’à votre bureau et que le tambour bat de toute part? On a beau vouloir s’enfoncer dans ses rêves la politique vient comme le remords vous saisir aux cheveux pour vous traîner dans la sale et cruelle réalité. – enfin pourtant j’ai pensé qu’il fallait bien vous dire que je vivais et que je vous aimais(car c’est tout un ) et me voilà  noircissant une feuille de papier, souffrant et de mauvaise humeur, ne sachant ce que j’avais à vous dire mais ayant besoin de vous  faire entendre ma voix ne fusse que pour vous dire bonsoir . ————-

une chute que j’ai faite et dont je me ressens encore douloureusement m’a retenu au lit plusieurs jours. Je recommence à marcher mais sans pouvoir encore travailler  et fais dans mes songes les tracasseries de la politique. Ajoutez à cela que je suis ici campé n’ayant pas encore reçu mes meubles mes livres et mes papiers qu’un ??miserable? Uble?  navire qui à ce qu’il paraît est commandé à peu près comme la pauvre france devait m’apporter dans quelques jours et que j’attends  depuis un mois. —-aussi suis-je dans une mauvaise humeur presque perpétuelle et je suis presque faché de ne pas trouver où gronder près de moi = du reste mon sort est ce qu’il pouvait être, ce qu’il devait être ; heureux autant qu’il m’est donné désormais  de l’avoir. Nanine est bonne comme un ange et je m’épanouis de sa joie- du reste ma vie est une fleur respirée et qui a perdu ses plus belles feuilles – je m’y suis résigné————et vous, excellent ami, êtes vous donc sans forces pour sortir de votre immobilité et revenir à la pensée et à l’action? Mon dieu que je voudrais vous avoir près de moi  pour vous mêler à mon tourbillon, pour me chauffer à votre belle imagination, respirer  quelque chose de votre belle âme poétique pour vous donner en retour un peu de mon courage capricieux et momentané, de ma facilité à relever la tête et     ??er  après l’orage

mon ami votre beau ciel avait une étoile qui effaçait toutes les autres; elle s’est éclipsée et vous vous êtes mis à pleurer et à crier comme l’enfant: il fait nuit je n’ai plus d’étoiles!.! — ah! Regardez donc, frère, tout ce qui brille encore sur votre tête —- religion, souvenir,  espérance, poësie….tous les astres sont restés! Ne fermez pas les yeux pour une étoile perdue! = ne dîtes pas surtout Edouard,  que la consolation est facile aux coeurs heureux – dieu seul a le secret du bonheur et lui seul sait ce qu’il reste  encore  d’amertume et de désenchantement dans le fond de mon coeur. – non  mais à mesure que je marche dans l’existence je sens mon âme se dresser plus ferme plus raide au malheur – ce qui m’entoure me paraît si vil, si bas que je me redresse de toute ma hauteur et que je me complais dans ma force et mon élévation au milieu de tant d’infamies. Considérez la vie ainsi Edouard. Le sentiment modéré de devoir accompli  est la plus grande consolation de la terre. Quand on l’estime on peut vivre. Adieu je n’ai pas besoin de vous dire à quel point je vous aime. Ma femme vous tend ses deux joues en soeur – rappelez-moi au souvenir de votre père et de votre très bonne mère

tout à vous et partout    E.Souvestre

 

Lettre N°44  Morlaix le 9 aout 1832        489

qu’avez-vous? Voilà un mois que je vous ai écrit et pas de réponse..j’ai écrit à Lucas à Ducrest….tous deux m’ont répondu et ne me disant pas un mot de vous!..au nom du ciel dîtes moi si vous vivez…??juste pour  ?juste = je suis d’autant plus préparé aux inquiétudes qu’ici les tombes n’ont pas le temps de se refermer- il meurt par jour une personne sur 400 on compte depuis trois semaines 300 morts…..adieu  une réponse ou vous ne m’aimez pas

                        E.Souvestre

 

Lettre N°45   Morlaix le 13 sept 1832        491

mon cher ami je reçois une lettre de Ducrest qui contient cette phrase: Turquéty est dans le chagrin, il a perdu un de ses cousins. J’ignore jusqu’à quel point ce parent tenait à votre coeur et si la mort a réveillé bien des douleurs mais la première partie de la phrase de Ducrest m’a frappé et je m’y arrête: Turquéty est dans le chagrin!..que m’importe d’où vous est venue la peine? Elle est venue et voilà ce qui m’attriste. Edouard, dîtes moi, votre situation est-elle devenue encore plus saignante? Vous étiez si souffrant déjà quand je suis passé à Rennes !  Depuis ce temps vos lettres ont été si courtes, rares…Seriez-vous si malheureux que vous ne puissiez même plus songer à vos amis – cela arrive Edouard, je le sais. Mon ami dîtes moi donc encore si vous êtes sans forces contre les tourments qui vous accablent? ….- c’est un stupide rôle que je remplis toujours ….vous jeter ainsi de froides phrases qui ont trois  jours de dates quand vous les recevez, lorsque je pourrais vous serrer les mains et me taire avec vous….car le silence d’un ami qui souffre de vos peines à vos côtés console et attendrit — et puis mes lettres, mes folles lettres, elles sont si maladroites dans leur arrivée ! Peut-être votre âme se reposera t-elle de sa douleur au moment où celle ci arrivera  et mes paroles tardives ne feront qu’y réveiller de cruelles réminiscences .. si je jettais un mot gai ici il pourrait aussi vous tomber sur le coeur à l’heure où il saignera le plus douloureusement —ainsi toujours ma voix peut vous arriver à contre temps et comme un encouragement maladroit =  = cette pensée arrête ma plume mon ami chaque fois que je vais écrire . – et cependant il faut que je vous écrive pour vous dire que j’ai su que vous étiez triste et que cela m’a retenti au coeur; pour vous répéter que je vous aime de loin, que je cause de vous – si tout cela pouvait vous consoler je serais si heureux de le redire sans cesse !

Que faites-vous?… l’étude est une mer où il faut se plonger la tête la première quand le coeur fait mal – avez-vous entrepris quelque chose de nouveau? – vous verrez dans quelques jours un long article de moi dans la revue encyclopédique. – nanine vient de faire imprimer aussi son coup d’essai dans le journal des dames ( la femme de ménage)  voyez cela.

Dans vos moments perdus jetez donc quelques notes sur la révolution pour moi. Des souvenirs sanglants des faits atroces……vos conversations doivent vous en fournir – il est bon de conserver toutes les taches de sang faites par les meurtriers de 93; ce seront des pièces au procès.    Adieu je vous embrasse à deux bras. Nanine veut vous dire qu’elle aime – rappelez-moi à votre bonne mère et à votre père

tout à vous    Emile S

 

Lettre N° 46    Brest le 22 nov 1832      499    BC 117

mon cher ami, il y a bien longtemps que je voulais vous écrire mais mes occupations se multiplient tellement, mes journées m’échappent si rapidement qu’à peine il me reste quelques instant pour me recueiller, penser à mes amis et me dire que je les aime. – j’ai cependant reçu une lettre de cosnier, un jeune homme d’Angers que je vous avais adressé et qui me remercie des délicieuses heures que  je lui ai procurées. Il me parle d’admirables vers de vous  sur les journées de juin ! Admirables cela ne m’étonne pas; mais je m’étonne fort de ne les point connaître. Envoyez les moi Edouard, car et  ?? frères que j’entende encore votre voix. Ici mon oreille se déaccoutume de la poësie; je n’entends que les cris de haine de la politique – je me surprends à crier moi-même non contre les croyances quelles qu’elles soient mais contre les vents? De conscience. Le finistère est en face d’un nournal payé au mois, le Brestois,  infâme gladiateur qui s’est fait payer son honneur comme les héros du cirque se faisaient payer leur sang et qui se roule complaisant  ou sans pla ..? dans sa boue dorée. Parfois le sang me boue(sic) dans les veines, il ??? si dans?? de clouer avec une balle au coeur d’un de ces ??cervelles?? la feuille dégoulinante de mon sang??(trou )  qu’ils jettent au public! – oh mon ami l’horrible soif que la soif de l’a?me art?!

j’ai souffert bien des tourments depuis quelques jours; nanine a été malade. Elle est faible et j’ai déjà tant perdu de bonheur que je voudrais attacher celui-ci à ma vie par une chaîne de fer – c’est affreux de revoir toujours l’ombre d’une maladie sur un front aimé!

et vous,  enfant? Êtes-vous toujours les deux mains en croix sur la poirine cachant votre pauvre coeur brûlé sous vos bras comme une nonne en prière?  Ca?ment, vous ne pouvez arracher violemment une fleur à cet arbre de vie qui tue mais qui enive une heure! Oh Edouard embrassez à deux bras quelque forte pensée, fut-ce un enfer, sentez vous quelque chose sur la poitrine fut-ce une pointe de poignard ce qu’il y a de joie c’est d’avoir refermé le désespoir sur son coeur comme une pierre de tombe et d’y avoir inscrit l’épitaphe de tout rêve!.. oh écrivez-moi et avec vigueur, avec énergie – avec angoisse si vous voulez mais que je sache que vous aimez?(tache). La douleur est un espoir car si l’on espérait plus pourquoi souffrirait-on?  Ne vaudrait-il pas mieux s’ensevelir dans une mort volontaire?… —————-

adieu envoyez-moi des vers, des vers j’en veux, j’en demande comme je voudrais comme je demanderais des fleurs du pays si j’étais exilé au loin

à vous – je vous embrasse les mains

nanine vous aime et vous écrira

E.Souvestre

 

Lettre N° 49      Brest le 24 juillet 1833  ou 34 ???         499  BC 127-8

Mon cher Edouard  j’ai enfin reçu de vos nouvelles ; j’étais tout triste d’un aussi long silence. – Je n’ai point reçu le volume de poësies que vous aviez l’intention de m’envoyer . Voyez à ce qu’il me parvienne parce que j’y tiens par dessus tout. Je suis bien heureux que mon article  et surtout ceux de nanine vous aient fait quelque plaisir – nous ne cessons point de nous comprendre, mon Edouard; (vide)..que l’un de l’autre  nos pensées suivent le même (vide) murissent ensemble; et nos talents loin de diverger marchent de front en se penchant de plus en plus intimement l’un vers l’autre. –  cela est bien doux à penser – tant d’autres imaginations fraternelles se séparent en marchant dans la vie; notre littérature est une mêlée de brigands; chacun combat pour son compte et pour son butin; personne pour une cause commune – nous du moins nous avons des étendards alliés- qu’importe une nuance de plus ou de moins dans le drapeau que chacun ?nom partout; la devise est la même  pour tous deux vivre pour être digne de mourir! –  nos religions à chacun pour être de noms divers ne sont pas si différentes qu’on pourrait le croire –  regardez bien Edouard et vous verrez que nos coups tombent presque toujours sur les mêmes ennemis. – quand deux hommes, allez, se tiennent la main , se regardent au front en souriant  et sentent leurs deux coeurs battre  à l’aise dans cette même étreinte, ce sont deux hommes qui se comprennent.

Je travaille enfin à un roman il n’aura qu’un volume in 8°= j’en ai fait la moitié environ   son titre sera quatre souffrances. C’est une oeuvre toute morale; c’est le développement d’une critique amère contre notre société démantelée. Ne parlez encore à personne de ce livre; je tiens à ce qu’il paraisse tout à coup. – j’espère ami, que vous serez content de mon volume. Il commencera une série de publications dans lesquelles je développerai toute une pensée sur l’organisation actuelle de notre pauvre siècle. Je crois que l’art ne peut plus se relever que par la mo(trou) à notre époque de lutte il faut que chacun adopte la cocarde – et c’est une lutte plus sérieuse qu’on ne le croit – une lutte où il y a d’un côté toutes les espérances de l’homme et toutes ses croyances – de l’autre le pyronisme et l’indifférence. – une lutte où le monde joue l’âme – et l’enjeu vaut la peine que l’on s’occupe de la partie.

Dîtes je vous prie à Lucas que je n’ai pas reçu le dernier numéro de la revue de Bretagne et que nanine n’a pas non plus reçu le sien; je désirerai bien qu’il me l’envoyat afin que je puisse lire au moins mon article = je vous prie de faire de suite cette commission.

Je partage bien vos tourments à  l’occasion de la mauvaise santé de vos chers parents. La  délicatesse de la femme que j’aime le plus au monde  me fait sentir mieux que personne tout ce que ces craintes continuelles ont de douloureux mais je ne sais mon ami si ce n’est pas un châtiment infligé à toutes les âmes élevées et chaudes. Il semble que la domination de l’une des natures  soit nécessaire – domination de la chair chez les êtres vigoureux et stupides, domination de l’intelligence et du cœur chez les êtres faibles et sensibles. – j’éprouve tous les jours de mortelles inquiétudes  en voyant la fragilité de nanine mais tous les jours aussi je me sens ébloui des illuminations subites qui s’élancent de cette âme. = vous avez raison de la dire votre sœur, Edouard, car elle vous aime d’une affection tendre et sans mélange. Elle vous écrira dans quelques jours – encouragez là  quand vous lui répondrez car elle est timide comme une fauvette. Elle a toujours les larmes aux yeux quand on lui parle de ses articles et elle demande pardon à tout le monde de son talent avec une si naïve frayeur qu’on se sent à la fois attendri et prêt à éclater de rire.

Vous ne me dîtes rien de vous Edouard – êtes vous plus tranquille – vos souvenirs s’apaisent-ils dans votre cœur tant secoué – dîtes le moi, cher, et entretenez moi de vos projets.

Adieu, portez vous bien et tachez de glaner quelque joie en passant, je vous aime et vous embrasse. – nanine en fait autant. – mille affectueuses choses de notre part à vos bons parents

tout à vous  ami,                         E.Souvestre

 

Lettre N°50   Brest le 26 octobre 1834                      BC 130             501

papier blanc de bonne qualité, lettre très claire et très lisible organisée en paragraphes.

mon cher Edouard  voilà une éternité que vous ne m’écrivez pas. Vous me devez pourtant une lettre. Que faites vous, qu’avez vous, d’où vient ce silence.

N’êtes vous pas saisi parfois, mon ami, de la pensée que nos plus belles amitiés s’endorment dans l’éloignement sans que l’on sache pourquoi, uniquement par lassitude de cœur, par impuissance d’épanchement.

Mon dieu ne serions nous déjà à remettre de jour en jour à nous écrire parce que nous n’avons plus rien à nous dire?

Il y a de votre faute , rêveur. – vous avez pris tellement en haine la vie réelle (qui à vrai dire est une cruelle ironie du grand être! )  elle vous fait tellement mal au coeur  que tout ce qui vous la rappelle vous devient insupportable – et vous avez rangé la poste aux lettres dans le domaine de la vie réelle.

Cependant que faites vous? Qui est ce qui se promène maintenant avec vous comme je le faisais, à heure fixe et tous les jours? Qui est ce qui va pousser les feuilles mortes devant lui sous les allées du mail, le bras posé sur votre bras? – dites le moi que je sache où niche votre pauvre âme pour le moment. Je n’en serai point jaloux. Notre sentiment est une affection dépouillée d’épines; c’est une sympathie sans fièvre qui n’a rien dont nous puissions nous tourmenter. Le jour où vous me diriez que vous avez un ami que vous aimez bien plus que moi, je ne serai point malheureux je me dirais que c’est une joie pour vous et je m’en réjouirai. Mon amitié  sure de son rang est sans ambition; elle est comme ces fortunes modestes retirées de la circulation et qui à l’écart, regardent les autres courir dans la carrière, contente de leur situation.

Mon roman Quatre souffrances paraît enfin chez Charpentier ; j’ai corrigé déjà les cent premières pages. L’ouvrage m’a été acheté mille francs.

J’achève mon grand travail  sur la Bretagne; Charpentier me le publiera également.

Vous savez que je revois Un voyage dans le Finistère. Quand il sera achevé, vous l’aurez.  C’est du reste un travail plutôt positif que poëtique; utile mais un peu lourd.

Vous ne me répondez rien à mes invitations réïtérées de venir à Brest. N’aimez vous donc pas du tout la Bretagne; n’avez vous aucune curiosité de la voir. – je ne vous parle pas de me voir; je ne mets pas en doute que ce soit un désir pour vous!

Adieu répondez moi, aimez moi et surtout soyez heureux.

Tout à vous et toujours,                         Emile Souvestre

 

2 Commentaires

Caroline DUSSAUT 1833-1887

DUSSAULT Caroline médaillon par Millet tombe cimetière d'Avon

DUSSAUT Caroline médaillon par Aimé Millet tombe cimetière d’Avon

Enseignante et compagne de Marie Souvestre, elle dirige de concert avec cette dernière l’école des Ruches à Avon puis après leur séparation en 1883, Caroline Dussaut reste seule directrice. Elle meurt le 5 juillet 1887, probablement d’une overdose médicamenteuse. 

Son action pédagogique est totalement éclipsée par la charismatique Marie. 

Sa fille adoptive Gertrude Jones poursuivit son oeuvre à la tête du pensionnat

Marie-Françoise Bastit-Lesourd, 

Notice en construction 2009- juin 2016

Caroline Dussaut est la compagne de Marie pendant un quart de siècle. En s’appuyant sur les courriers que le breton Guillaume LeJean, proche de la famille Souvestre envoyait à un autre ami commun, Charles Alexandre, secrétaire d’Alphonse de Lamartine, nous pouvons proposer l’année 1859 comme étant celle de la rencontre des deux jeunes femmes.

Après des années de recherches pour  mieux cerner Caroline Dussaut je peux maintenant apporter un début d’éclairage sur cette femme.

BIOGRAPHIE 

La famille de Caroline a des origines modestes et il est probable qu’elle eut à gagner sa vie et donc se fit institutrice. Mon hypothèse est qu’elle faisait partie de ces jeunes sous-maîtresses de pension, tout comme Louise Michel qui fréquentaient, en compagnie de femmes de la bourgeoisie, les cours du soir de la rue Hautefeuille à Paris et que c’est dans ce cadre que Marie et Caroline se croisèrent.

Caroline naît à Sèvres (comme cela est indiqué sur le recensement d’Avon) le 26 juin 1833 mais ses parents sont originaires de l’Ouest.

Son père, Désiré Dussaut est marchand de bois et de charbon de terre ou de pierre et sa mère se nomme Adélaïde Séré. tous deux ont trente-trois ans et ont déjà deux enfants, une fille Horély ou Aurélie née le 8 août 1829 et un garçon, Charles né en 1831. Une nouvelle fillette, Léontine Modeste vient agrandir la famille le 15 juin 1836.  A l’époque Désiré est devenu « commis-marchand » et la famille a quitté le domicile de la rue Vaugirard à Sèvres pour le 142 rue Royale.

La famille de Pierre Désiré est originaire de la région du Grand-Lucé où ses ancêtres étaient tisserands ou teinturiers.  Son père signe l’acte de naissance en date du 19 fructidor an 8 à Courdemanche, un village à flanc de coteaux, sur la rive droite de l’Étangsort.

Adélaïde Séré ou Sérée (comme cela est parfois écrit dans les actes) est née au Mans le 5 février 1800. Elle est  la fille de Charles François Séré qui dans cette période suivant la Révolution occupe le poste de concierge à la Maison de l’Evêché où il vit avec Adélaïde Chauvin son épouse. Lors de la naissance de sa fille il appose une signature pleine d’assurance qui dénote une bonne aisance vis-à-vis de la pratique de l’écrit.

A ce jour nous ne savons pas où eut lieu le mariage des parents d’Adélaïde Dussaut.

Nous ne retrouvons la trace de la famille Dussaut qu‘en 1858 lorsque Charles le frère aîné d’Adélaïde se marie à Saint-Martin-des-Champs en Indre-et-Loire avec une jeune agricultrice, Joséphine Buron. Aucune signature Dussaut autres que celles du marié et de son père ne figure sur l’acte. Le couple Dussaut/Séré est séparé car Désiré vit à Montoire où il est agent d’assurances, profession aussi exercée par son fils, et madame Dussaut est marchande à Versailles d’où elle a envoyé son consentement.

Caroline Dussaut est enseignante et aurait passé plusieurs années en Allemagne avant de revenir en France.

Il se pourrait qu’elle fut formée à l’école de Frankfort réputée pour sa pédagogie où madame E. Lemonnier et ses amies dont madame Souvestre envoyaient chaque année deux jeunes enseignantes françaises pour se perfectionner.

Suivant les courriers que le breton Guillaume Le Jean, proche de la famille Souvestre envoyait à un autre ami commun, Charles Alexandre, secrétaire d’Alphonse de Lamartine nous pouvons proposer l’année 1859 comme étant celle de la rencontre des deux jeunes femmes. Marie Souvestre la nomme ‘Lina » dans ses courriers à Jane Strachey. Dorothy Strachey la nomme « Cara » dans son livre Olivia.

Jules Michelet dans son journal évoque la jalousie de Marie Souvestre pour son amie de Fontainebleau. Il mentionne d’autres couples de femmes de son entourage « mademoiselle Wrangel sœur du général prussien qui soigne son amoureuse Eugénie Monney qui est à Vévey chez sa mère comme mademoiselle Souvestre soigne mademoiselle Dussaut son amante » et les causeries qu’il a pu avoir avec Marie sur madame Viardot et son amoureuse. Lui aussi rapporte les fréquentes indispositions ou maladies de Caroline Dussaut ce qui par exemple lors de leur voyage vers l’Italie en 1870 les bloquera à Genève un jour ou deux. Quelques temps plus tard il reprend les propos de Caroline vantant la « douceur extrême de Marie ».

Caroline Dussaut et les Ruches

Les deux jeunes femmes ouvrent leur pensionnat à Fontainebleau puis Avon non loin de la gare de chemin de fer qui leur permettait de se rendre à Paris pour des spectacles ou des rencontres amicales.

En 1868 Marie présente sa compagne à l’historien Jules Michelet et son épouse Athénaïs Mialaret  qui en avait entendu parler mais ne la connaissaient pas. Ils vont se voir régulièrement et alors que les prussiens envahissent la France, les deux couples partent ensemble en Italie et s’installent à Florence. Ils y fréquentent intellectuels et engagés politiques de diverses nationalités.

Les élèves reviennent peu à peu après la guerre de 1870 et les deux femmes agrandissent leur établissement. L’affabilité de Lina et son charme naturel gagnaient la confiance des parents qui leur confiaient leurs filles.

Lorsque Olivia alias Dorothy Strachey conte son arrivée  aux Ruches la mésentente entre les deux enseignantes agitait déjà l’école et divisait les élèves en deux camps selon leurs affinités. Elle indique que Caroline Dussaut ne professait pas. Elle décrit les deux femmes comme n’étant pas « distinguables » à ses yeux sinon que Julie lui semblait plus vive et Cara plus aimable avec une voix « toute douceur et caresse », « des manières engageantes et pleines d’affection ».

Dorothy décrit une femme gracieuse, « jolie et languissante » dont le médaillon sur sa tombe, oeuvre du sculpteur Millet ne reflète aucunement le portrait donné par Olivia.

Les portraits des deux enseignantes me questionnent beaucoup quant à leur ressemblance.  La description par Olivia de deux femmes qui n’auraient pas été distinguables serait-elle à ce point véridique?  

DUSSAULT Caroline médaillon par Millet tombe cimetière d'Avon

DUSSAUT Caroline médaillon par Millet tombe cimetière d’Avon

Marie Souvestre jeue, détail.

Marie Souvestre jeune, détail. 

 Olivia évoque aussi  la mauvaise santé perpétuelle de Cara qui l’aurait contrainte à ne s’occuper que des petites classes et cela au gré de ses problèmes de santé qui boulversaient tout l’ordre de la maison. Elle décrit une femme capricieuse qui imposait à toute l’école ses humeurs et ses soucis. Olivia attribue par la voix de l’enseignante d’italien qui a pris place dans le coeur de Julie le côté « malade imaginaire » de Cara et quelques pages plus loin, elle décrit des scènes dramatisées:

  • Ce ne sont que sanglots et gémissements! elle prétend qu’elle va mourir et que nous faisons tout pour hâter sa mort!
  • Elle ne cessait de crier : tu ne m’aimes pas! Personne ici ne m’aime!

Cara se plaignant sans cesse et Julie patiente et prévenante répondant par la douceur et la tendresse.

Mais Olivia n’est-elle pas de parti pris pour Julie que par ailleurs nombre de témoins décrivent comme une femme bien loin de cette image de contenance d’elle-même et qu’elle même décrit aussi par ailleurs comme ayant des « manières brusques et des épigrammes acerbes »?

La rupture

Les relations entre les deux directrices se détériorent donc mais pourtant en 1880 elles prennent contact avec Bouwens, un architecte de renom qui travaille pour de riches clients afin d’agrandir l’école qui fonctionne très bien et accueille de nouvelles élèves. L’arrivée de nouvelles enseignantes vient briser leur couple. Caroline noue une relation avec madame Geisler l’enseignante de langue allemande tandis que Marie Souvestre se lie avec Paolina Samaïa, professeur d’italien qui restera à ses côtés jusqu’à la fin de sa vie.

Les actes de séparations des biens entre Caroline et Marie sont signés en 1883 et C. Dussaut reste seule à la tête de l’établissement qui reçoit toujours des jeunes filles issues des milieux dirigeants très aisés.

Nombre de jeunes femmes par lesquelles la réputation d’établissement « sulfureux » s’est diffusée sont arrivées après le départ de Marie Souvestre.

Caroline Dussaut tombe Avon par Millet

DUSSAUT Caroline médaillon par Aimé Millet photo M-F B tombe cimetière d’Avon

En 1887 Caroline meurt sans doute d’une overdose de chloral dont elle usait depuis de nombreuses années pour soulager ses maux. Son décès reste énigmatique et les registres d’état-civil ayant disparu brûlés, nous avons aussi tenté de retrouver des journaux de l’époque mais rien à ce jour pour éclaircir cette histoire.

Le devenir des RUCHES

  • Gertrude JONES DUSSAUT

Barbara Caine dans son ouvrage sur la famille Strachey écrit à plusieurs reprises que l’école des « Ruches » fut fermée en 1883, juste après le passage de Dorothy Strachey comme élève à Avon en 1882 mais en fait le pensionnat continua de fonctionner sous la direction de Caroline Dussaut et après son décès en 1887, madame Geissler professeur d’allemand fut autorisée à prendre la direction de l’école. Gertie Jones-Dussaut la fille adoptive de Caroline n’a que vingt ans à l’époque et lorsqu’elle eut acquis les diplômes nécessaires elle assura la continuité du pensionnat jusqu’à son mariage en 1902.

Les RUCHES publicité Gertrude Jones-Dussault

Les RUCHES publicité
Gertrude Jones-Dussaut  communiquée par Sylvie Mas site Millet

Le Temps 1893/07/24 (Numéro 11747)  GALLICA
TRENTE-TROISIEME ANNÉE. _N\itW

CHRONIQUE THEATRALE

Les concours du Conservatoire

Vous vous souvenez peut-être de la peinture que je vous ai faite de la maison d’éducation
que Mlle Souvestre a fondée aux environs de Londres, pour des jeunes filles riches. Je vous
avais dit que j’avais eu l’honneur d’entrer en relation avec Mlle Souvestre, alors qu’elle gouvernait à Fontainebleau une pension établie sur le même plan, dirigée par les mêmes principes et qui s’appelait les « Ruches françaises ». Je reçois en réponse à cet article, de
la directrice actuelle des Ruches qui existent encore, la lettre suivante, que la courtoisie me
fait un devoir de mettre sous les yeux de nos lecteurs

Monsieur,
En lisant la plus récente de vos chroniques théâtrales, mes yeux sont tombés sur la disgression imprévue et d’autant plus piquante dont l’établissement de Mlle Souvestre, à Londres, fait l’objet. J aurais lu avec une satisfaction sans mélange ce passage où le charme de la chronique s’allie à la précision des renseignements, si, par une méprise bien naturelle, vous n’aviez attribué à Mlle Souvestre la qualité de fondatrice des Ruches françaises. Je réclame devant votre justice pour la mémoire de ma mère adoptive, la fondatrice des Ruches françaises, Mlle Caroline Dussaut. Le plan de la maison, le choix des méthodes, l’esprit de la pédagogie mis en oeuvre, les tendances universitaires de l’établissement, l’enseignement ?t dX des langues vivantes, tout cela vient d’elle et d’elle seule. La maison était fondée et, depuis ËnfrïvîT If déjà en pleine Parité lorsque Caroline Dussaut s’associa Mlle Souvestre. et quand Mlle Souvestre la quitta pour fonder un établissement analogue en Angleterre, Mlle Dussaut continua ici son œuvre jusqu’à sa mort, puis me la confia. Je tiens essentiellement à rétablir les faits à vos yeux. Il y a encore des Ruches françaises à Fontainebleau elles prospèrent et, outre l’enseignement trois langues vivantes, qui y est fortement organisé, on y prépare au baccalauréat avec succès. Veuillez croire, monsieur, etc.

G. DUSSAULT, Directrice des Ruches.

Je n’ai pas été, vous le pensez bien, sans m’apercevoir que cette rectification n’était qu’une réclame spirituellement déguisée. Si je me suis prêté avec complaisance à cette petite supercherie, c’est que j’ai gardé le meilleur souvenir des Ruches françaises installées à Fontainebleau c’est qu’elles forment (ou tout au moins qu’elles formaient en ce temps-là) une maison d’éducation d’un goût unique pour les jeunes filles c’est qu’on y laissait jouir les élèves de toute la liberté compatible avec les bonnes mœurs c’est qu’on portait sur les langues vivantes le plus grand effort des études; c’est enfin l’enseignement tout entier était animé, pénétré d’un grand souffle de libéralisme. Je ne sais ce qui en est aujourd’hui, mais en ce temps-là, les Ruches, qui s’appelaient françaises, étaient peuplées d’étrangères. Cette éducation, qui affectait de ne point ressembler à celle de nos couvents, faisait peur aux mères de notre pays. Mlle Dussaut (on m’avait conté que c’était Mlle Souvestre, mais peu importe !), la directrice de l’établissement, pensant qu’il était inutile et même absurde de faire d’un pensionnat de demoiselles un cloître de nonnes, avait organisé chaque semaine ou chaque quinzaine des espèces de five o’clock où l’on invitait quelques jeunes gens.de la ville et même de la garnison on avait soin naturellement de les trier sur le volet. Ces petites réceptions se terminaient quelquefois par une sauterie, que présidaient les maîtresses de la maison.
Mon pauvre ami Verconsin, vous savez bien, l’auteur de tant de jolies saynètes, mort aujourd’hui, était un grand ami de Mlle Souvestre. II me contait l’effarement de certaines familles de Fontainebleau au récit de ces innovations, et les fâcheux pronostics que les dames bien pensantes ne se faisaient pas faute de porter sur les suites de ces réunions. Aucun d’eux ne s’est réalisé et jamais la directrice des Ruches n’a eu a se repentir des honnêtes libertés qu’elle accordait à ses élèves.  – Peut-être leur lâche-t-on encore plus la bride aux Ruches anglaises, où l’on n’a pour élèves que des filles du Nord, habituées, dès leur plus jeune âge, à répondre d’elles-mêmes. Cette éducation libérale était celle des couvents au dix-huitième siècle. Si vous en doutez, lisez le journal de cette jolie Polonaise, la princesse Massalska, qui devint plus tard princesse de Ligne. Vous le trouverez dans un volume de M. Lucien Péfey Histoire d’une grande dame au dix-huitième siècle. Ce sont des traditions aujourd’hui perdues. Mlle Souvestre me disait l’autre jour « Je compte parmi mes élèves des Anglaises, des Allemandes, des Suédoises, des enfants originaires de tous les pays, pas une Française. »Et comme j’objectais le prix de la pension qui est assez élevé, disant que nous ne sommes pas assez riches pour payer si cher.On est moins riche en Allemagne, me dit-elle, et plus regardant qu’en France; or j’ai tous les ans des Allemandes qui m’arrivent, je suis française de naissance, de langage et de cœur je n’ai jamais pu avoir une Française.

Gertie de son nom Gertrude Janet Elisabeth Jones est une fillette de sept huit ans lorsqu’elle est « adoptée » par Caroline Dussaut. De parents anglais et dernière d’une famille de plusieurs enfants nous ne savons pas par quel biais elle rencontre la française après le décès de sa mère. Les Indes et l’entremise de Jane Strachey pourraient être à la source de son adoption.

Gertie grandit aux Ruches avec pour compagne de jeux et d’études la petite cousine de Marie Souvestre, Berthe Papot elle même dite « fille adoptive » de Marie et toutes deux eurent à vivre la séparation de leurs mères adoptives et les conséquences pour elles-mêmes.

Gertie bénéficie d’une instruction soignée comme toutes les filles de l’école et tout particulièrement en musique. Avec son époux l’écrivain et musicien Léon Jean Baptiste Brethous-Lafargue, elle aura une fille, Fabienne Laure Caroline Evelyn, née le 29 août 1901 dont la marraine est May Lowther dite « Toupie ».

Plusieurs de ses anciennes condisciples deviennent des jeunes femmes émancipées pour l’époque, fumant, conduisant leurs voitures, pratiquant le sport, voyageant seules à travers le monde et pour certaines reconnues dans le monde de la musique ou du sport.

.

SOURCES 

AD 72 5 Mi 19  naissances an VIII pluviose 16,  vue 20 sur 120,  naissance Adélaïde Séré

AD 41- Registre 1MIEC225/R2, acte N° 11;  vue 116; union Dussaut/Buron :